20 février 2007
Les chroniques Kaulatiennes, Chapitre 2 (2/3)
Alleï. La suite du roman d'héroïc fantasy qui va révolutionner etc. haha.
Résumé des épisodes prcédents : Faruto Faruto, demi-elfe, ancien usurpateur, est libéré de prison et se retrouve largué en plein désert. Rejoint par Kard, son ancien compagnon, il parvient à trouver des gens. Ce sont deux géants simplets, mais il ne faut pas en déduire que cete histoire est remplie d'imbéciles. Non mais.
C’était un
village minuscule, presque un hameau, fait tout en pierres blanches, pour les
bâtiments comme pour le sol, dallé de pavés abîmés, manifestement très anciens.
Il ne devait pas y avoir plus d’une quinzaine de foyers dans le village. Les
maisons étaient basses, carrées, toutes semblables, et ramassées autour d’une
place où s’affairaient deux ou trois personnes, et au bout de l’unique rue, on
pouvait voir une petite jetée sur lequel
deux hommes étaient en train de pêcher. Vers l’ouest, un grand gaillard
réparait une barque. Quelques petits autres bateaux étaient échoués. Des filets
traînaient sur le sable.
Arrivés au
sommet de la dune, les deux géants se mirent à la dévaler dans l’autre sens en
criant « Kora, Kora, Kora ! ». Ils s’arrêtèrent devant la
première maison du village et se mirent à sauter en appelant cette fameuse
Kora.
Une jeune
fille sortit quelques instants plus tard, au moment où Faruto et Kard
arrivaient. Le demi-elfe écarquilla les yeux en la voyant émerger de sa maison.
Elle était quasiment nue, à l’exception du même pagne que les deux géants, elle
était incroyablement belle. C’était une fille d’environ vingt ans, rousse aux
yeux bleus, la peau naturellement blanche mais foncée par le soleil. Elle avait
un sourire enjôleur et un regard félin, mais dégageait une impression de candeur
certaine. Elle ne sembla pas vraiment surprise en voyant les deux voyageurs.
Elle n’éprouva pas non plus le besoin de cacher sa poitrine ou d’aller se
changer.
« Ben,
vous avez ramené des copains ? demanda Kora à l’intention des deux géants.
_ Eux
retrouver Bébé Kora, fit fièrement Colga comme si c’était un fait à porter à sa
gloire.
_ Bébé… Oh,
votre petite poupée ? C’est bien, vous avez bien fait de les ramener. Hey,
les étrangers, vous vous êtes perdus ? »
Faruto
était étonné du flegme de la jeune femme. Elle parlait un wistallien
impeccable, sans faire les mêmes fautes que les géants. Faruto s’était attendu
à un sabir étrange, mais après tout, ils étaient sur le territoire de Kaulas et
de l’ancienne Agnarie. C’était toujours la langue officielle, même au fin fond
du désert.
_ Eh bien…
Je viens du bagne de Tantar. On m’a libéré il y a quelques jours.
_ Ha !
Et moi je suis Reine d’Agnarie ! s’esclaffa Kora avec un rire franc. Non,
sans rire, si vous voulez retrouver les caravanes commerciales, nous
pouvons vous prêter un bateau…
_ Mais non,
je viens vraiment de là-bas !
_ Vous êtes
un rigolo, vous ! Depuis vingt ans que j’suis dans ce village, personne a
jamais réussi ! Les gens sont jetés hors de Tantar presque nus et
sans eau ! »
Elle
parlait sans raffinement, mais avec franchise. Faruto sourit, puis Bolga prit
la parole.
« Eux
venir vraiment du désert !
_ Regardez »
fit Faruto en exhibant son avant-bras ou était encore tatoué son matricule »
qui commençait à s’effacer et à pâlir de plus en plus.
Kora
regarda de près le numéro tatoué sur le bras du demi elfe.
« C’est
quoi ce truc ?
_ Un
matricule du bagne. Il s’efface petit à petit, dans quelques mois je n’aurais
plus rien. Mais il est authentique !
_ Je vous
ai dit que personne était jamais revenu vivant de là-bas ! Qu’est-ce que
je sais de ce qui est authentique là-bas ! »
La jeune
fille se gratta l’arrière de la tête puis haussa les épaules.
« Bon,
c’est pas important. Vous avez aidé Bolga et Colga, alors nous vous devons
l’hospitalité. De toutes façons, nous on est des braves gens à Port Loa !
Les gars, faites leur visiter le village, d’acc ? Je vais préparer du thé. Enfin à moins que vous préfériez
du basty ou de la menthe ?
_ Ca m’est
égal, fit Faruto. C’est bien aimable à vous.
_ On va
visiter le village ! » s’écrièrent les deux géants en levant les bras,
extatiques.
Elle rentra
dans sa maison et rabattit le rideau qui servait de porte. Bolga et Colga
emmenèrent les deux voyageurs sur la place du village, quelques mètres plus
loin. Quelques curieux regardèrent les nouveaux habitants quelques instants, avant
de s’en retourner à leurs occupations. Ils avaient tous déjà vu des étrangers,
même si la plupart du temps ils ne venaient pas du désert et n’avaient pas des
accoutrements aussi étranges que celui de Kard. Bolga désigna un petit
monticule de terre au centre de la place.
« Ca
être tombe de Roi Arak creusée par Bolga et Colga ! cria le géant avec un
touchant élan de fierté.
_ Le Roi
Arak ? répéta Faruto. Ca me dit quelque chose…
_ Roi Arak
venir il y a deux ans, ou dix. » il montrait cinq doigts « Lui avoir faim et soif, nous donner à
manger, et puis lui mourir et nous faire tombe ! Il avait château avant.
Dans l’Agnarie.
_ Bien sûr,
s’exclama-t-il. Arak. C’était ce souverain fantoche que les rois Baudde avaient
placé dans le nord du pays pour contrer les indépendantistes. Un pauvre type
qui avait été exilé par Léna. Tout le monde le croyait mort à la guerre.
Etonnant qu’il soit mort ici.
_ Pas tant
que cela, fit une voix de vieillard derrière eux. »
Ils se
retournèrent. Un vieil elfe leur souriait. Faruto s’aperçut que c’était le
premier non-humain qu’il croisait à Port Loa.
« Beaucoup
d’entre nous ont été envoyés dans ce hameau par Léna Galgam durant la Guerre de
sécession en Agnarie ! Avant cette guerre, il n’y avait presque rien ici,
à part Kora et son clan… Et puis, il y a quinze ans, quand Léna Galgam et
ses rebelles ont commencé à avoir de l’influence, elle a commencé à exiler des
gens. Des loyalistes, des espions, des modérés. Des fédéralistes aussi, qui
voulaient un Nord autonome plutôt qu’indépendant… Nous avons abouti ici. Arak
est arrivé quelques années plus tard… Même lui, il était le bienvenu dans notre
petite communauté. D’ailleurs il n’a jamais fait d’histoires… Il paraît qu’il
est haï en Agnarie, qu’il a été trahi de toutes parts, mais ici, il a été
humble. »
Faruto
interrompit ce long discours pour s’enquérir de détails plus concrets.
« Dites-moi,
Kora dirige ce village ?
_ Kora
super chef ! » cria Colga.
Le vieil
elfe opina.
« C’est
juste… Si on peut parler de chef. A vrai dire, quand son père était encore
vivant, nous le considérions tous comme le chef du village. Il avait toujours
mené son clan, et nous a en quelque sort adoptés. Sa fille a logiquement pris
sa suite… Mais vous savez, ce n’est qu’une fonction symbolique, nous n’avons
aucunement besoin de chef dans cette petite communauté utopique.
_
Utopique ? Dans ce désert ?
_ Oui. Nous
avons du poisson de l’eau, quelques cultures, la guerre et les pillages ne sont
pas arrivés jusqu’ici… Notre travail est récompensé et nous nous entendons
bien… C’est une belle harmonie. »
Le
demi-elfe eut un petit rire.
« Et
vous ne vous ennuyez pas ?
_ J’ai
passé l’âge de m’ennuyer, fit le vieil elfe en riant. Mais tout le monde à
assez de travail pour ne pas s’ennuyer.
_ Je
suppose que c’est effectivement une belle forme d’utopie.
_ Ici pas
Utopie, corrigea Colga. Ici Port Loa. »
Il eut un
regard aimable pour géant, puis il regarda la mer.
« Voilà
donc la côte Nord… Nous sommes en hiver. Hors de Tantar, l’eau doit être
glaciale.
_ Nous ne
nous aventurons pas très loin. Il fait toujours chaud par ici.
_ Vraiment
une étrange région. Insolite, dans la tempérée Agnarie.
_ Nous ne
sommes plus en Agnarien mais à Kaulas, d’après les colporteurs. fit le vieil
elfe.
_ Ah, bien
sûr, se reprit Faruto qui se demandait si cela changeait quelque chose.
_ Si j’en
juge par votre accent, vous venez de très loin… Continent Noir, n’est-ce
pas ?
_ Oui.
Amria. »
Le terme de
Continent Noir ne lui plaisait pas plus que cela. Même si dans la bouche du
vieillard, courbé sur sa canne et sans malveillance, cela n’avait rien de
péjoratif. L’elfe fit quelques pas autour de la place. Faruto
l’accompagna, lentement, alors que Kard restait en retrait, devant le monticule
d’Arak. Les géants s’étaient mis à se chamailler gentiment.
« Vous
voulez retourner là-bas ?
_ Je n’ai
nulle part où aller à part Amria.
_ Pourquoi
ne restez-vous pas ici ? »
L’Amrien
resta interdit. Il secoua la tête.
« Je
n’ai pas ma place dans une utopie.
_ Nous y
avons tous notre place, vous comme Arak.
_ Laissez
tomber, je porte la poisse.
L’elfe se
mit à rire, puis montra une belle rangée de dents à Faruto.
« Vous
ne devriez pas être sur les nerfs comme ça vous savez ! Vous perdrez vos
dents, sinon. Regardez comme elles sont belles, les miennes…
_ J’y
songerai. Mais croyez-moi, il ne vaut mieux pas que je reste ici trop
longtemps.
_ Thé
sûrement servi, coupa Bolga qui accourait vers eux.
_ Oui,
allons-y. »
La voix de
Faruto était un peu éteinte. La tension avait repris dans son ventre. Une
sourde crainte…
Prenant
congé du vieillard, ils repartirent vers la maison de Kora. Ce dernier les
apostropha néanmoins, et il pointa Kard de sa canne.
« Je
vous connais ? J’ai la furieuse impression de vous avoir déjà vu…
_ …
_ Il est
muet, intervint Faruto. Ne vous en faites pas, il est très aimable ! »
Le vieil
elfe fit un pas en arrière, puis un éclair de terreur passa sur son visage. Il
se retourna et partit en grommelant
« Je
dois me faire des idées.
_ Prendre
thé ! » rappela Bolga.
A part ça : après mûre réflexion, en ce jour du 26 gueule 134 (cal. pat.) j'ai décidé de présenter ma candidature à l'élection présidentielle de la République Nucléaire Populaire Caucasienne du Bolivazof de 2007 dont le premier tour se tiendra le mardi 3 palotins 134 (cal. pat.)*. Cela ne sera pas facile, puisque le Prince-Président Alexandre Kr III est à la fois dictateur, légsilateur et candidat officiel, et que se présenter à une élection sans être membre ou avalisé membre de la famille Kr est passible d'escamotage du fondement. Néanmoins je m'associe aux nombreux autres candidats d'opposition à cette neuvième réélection d'Alexandre Kr. J'entend notamment travailler en bonne intelligence avec le PAN (Parti Anarchiste Ninja) et la CACA (Confédération Animiste et Communiste Associée), principales forces d'opposition du Bolivazof.

"Bolivazof, je périrai pour et par tes Centrales ! Bismillov !"
Mais qu'est-ce que je raconte...
* Le lecteur attentif aura remarqué que dans le cal.pat. l'élection présidentielle en France comme au Bolivazof se tiendra le jour de la Saint Trolls (vulg dimanche 22 avril). Je n'invente rien.
03 février 2007
Les chroniques Kaulatiennes, Chapitre 2 (1/3)
Dans les épisodes précédents : Eh ben y'a Faruto qui est sorti eu'd prison et pouf y découv' que son maître l'a abandonné, et ça pue du cul. Alors il marche dans le désert avec son vieil ami Kard et voilà.
Chapitre deux
Port Loa
« Vous
me parlez d’endroit perdu, sans objet, passé ni avenir. Je dis qu’il s’agit de
calomnie, et pour cet endroit je parle d’authenticité »
Sergueï Garlemon, Défense
du Creux Vassalien.
« Beaucoup
de portes sont fermées dans ce palais, avait dit le jeune Faruto au magicien
androgyne.
_ Oui, ne
touche à rien s’il te plaît » avait-il répondu avec un sourire.
Le jeune
Faruto regardait fixement une des deux portes fermées sur le côté du couloir ou
ils patientaient. Ces portes n’avaient rien de spéciales. Elles étaient assez
massives, noires, impeccables. Comme toutes les autres dans le palais.
Pourtant, Faruto ne pouvait en détacher son regard. Il avait regardé le
magicien.
_ C’est
quoi, derrière les portes ?il y a quelque chose là-dedans. Quelque
chose qu’on a pas le droit de voir.
_ Ce sont
les appartements de l’Impératrice-Prophète. On ne doit pas y entrer. Personne
ne peut y entrer.
_
L’Impératrice ? C’est elle votre maîtresse ?
_ Non. Ma
maîtresse se nomme Natto. L’Impératrice-Prophète est… Différente de nous.
_ Elle est
méchante ?
_ Non, elle
n’est pas méchante… Mais des gens ont peur d’elle. Beaucoup de gens.
_ Parce
qu’elle est forte ?
_ Non, non,
elle est très faible…Il s’agit de la Petite Epouse de notre Empereur. Elle sait
aller hors du temps, elle peut lire dans le monde… Les gens ont peur d’elle.
_ Là d’où
je viens, nous n’avions pas peur des gens différents des autres. Mais les gens
forts nous faisaient peur.
Le magicien
ne répondit pas. Il semblait troublé, bien qu’il soit resté à tout moment
neutre et impassible. Soudain, un cri déchirant s’éleva de derrière les portes
closes. Un cri de douleur et de terreur. Le jeune Faruto agrippa la cape du
magicien et se mit à trembler. Il n’avait que trop entendu ce genre de
hurlements.
Les portes
s’ouvrirent lentement, quelques minutes après que les cris aient retenti.
Derrière, dans les appartements de l’Impératrice, tout était noir. Un grand
homme émergea de l’ombre. Il semblait remettre en place un masque. Un masque
souriant. Il salua le magicien et partit sans un mot. Faruto reconnut l’odeur
qu’il dégageait. Cet homme puait le sang et la graisse humaine.
Les portes
se refermèrent. Des pleurs s’élevèrent lentement derrière.
_ Lui, il
n’a pas peur d’elle, dit avec un air triste le magicien.
_ J’ai peur
de lui, répondit Faruto. C’est parce qu’il est différent, lui aussi ?
_ Non. Tu
as peur de lui parce que c’est ce qu’il veut.
Faruto se
réveilla en sursaut. Un mauvais rêve, une fois de plus. Il avait eu le
sentiment de s’être revu, enfant. Mais tout était brouillé dans son esprit. Il
ne se rappelait cette époque, n’avait en souvenir que des choses désagréables
et floues.
Il avait
une impression atroce de danger. Pourtant, rien n’avait changé. Le feu de camp,
le sable à perte de vue, Kard immobile… Tout était parfaitement normal. Le
monde ne changeait pas, où à peine. Mais ce sentiment d’être pris au ventre par
une sourde menace… C’était familier. Cela ne lui plaisait guère.
Il
frissonna et regarda le ciel. Le soleil commençait à se lever. Il prit sa
gourde et but à pleines gorgées (Kard avait apporté de quoi boire des
semaines). Il commençait à se rendre compte de son bonheur d’être vivant. Il
s’en sortait plutôt bien. Abandonné de tous sauf de son meilleur ami, mais il
s’en sortait vivant. Il se releva et regarda son compagnon.
« Kard,
je prévois plein de bonnes choses pour cette journée. »
Le magicien
s’étira sous sa tunique, puis il se leva d’un bond. Il ramassa son sac et
commença à avancer, comme à son habitude. Faruto fit de même, entretenant une
conversation pour deux. Son ami l’écoutait sans réaction, mais avec attention,
le demi-elfe le savait.
Au bout de
quelques heures de marche, ils découvrirent un objet insolite, à demi enterré
dans le sable. Croyant à un nième scorpion, Faruto enfonça sa botte dans la
petite boule noire qui sortait du sable, mais la consistance de l’objet était
toute autre. Il se baissa et tira du sable une poupée de paille peinte en très
mauvais état. Elle représentait une petite fille, même si la composition était
très grossière et l’ensemble en très mauvais état… Comme un très vieux jouet
d’enfant conservé par nostalgie. Bizarre. Cela ne pouvait pas être un vestige
ancien : Tantar n’était plus habité depuis des millénaires. Faruto ramassa
et examina la poupée. Au dos étaient inscrites, dans une mauvaise écriture déjà
à demi effacée, les lettres B et C, dans une écriture de style
pseudo-wistallien.
« Sûrement
les initiales du propriétaire… Ca a du appartenir à un marmot perdu dans le
désert. Nous ne devons plus être très loin de la civilisation,
j’imagine. »
Il empocha
la poupée, puis ils poursuivirent leur route. A peine une demi-heure plus tard,
Faruto crut entendre un cri étouffé par le vent, vers l’Est. Il scruta
l’horizon. Le cri provenait d’un nuage de sable, un peu plus loin.
« T’as
entendu, ça ? »
Kard hocha
la tête. Il fouilla sous sa tunique et sa main gantée finit par en sortir un
œil de verre. Un son étouffé fut marmonné, presque inaudible, par le magicien,
puis il envoya la sphère en l’air. L’œil devint brillant et retomba au sol, la
pupille tournée vers la direction du cri. Un œil de savoir. Faruto allait
toujours de surprises en surprises : cette magie faisait appel à d’autres
plans, et pas seulement aux particules en suspension. C’était une science
occulte extrêmement périlleuse que Kard semblait manier comme si cela était
parfaitement normal.
« Ca
veut dire qu’il y a quelqu’un là-bas ? s’enquit Faruto »
Hochement
de tête positif. Ils se mirent en marche vers cette direction. Quelques
instants plus tard, devant eux, une forme massive émergea du nuage de sable en
crachant. C’était une créature volumineuse, humanoïde, semblant gratter le
sable d’un air désespéré. Il criait, mais pas sur un ton agressif. On aurait
dit un…
« Un
gamin qui a perdu sa poupée… »
Le géant
sauta à quatre pattes et se mit à creuser comme un chien fou. Kard haussa les
épaules. Ils s’approchèrent de la créature.
« Bébé
Kora ! Bébé Kora ! Bébé Kora ! s’écriait le géant sans faire
attention à eux.
_ Dis-moi,
l’ami, fit Faruto, ne serait-ce pas ceci que tu cherches ? »
Il sortit
la poupée de sa poche. La créature se retourna lentement, les yeux emplis de
larme. Il avait les yeux rouges d’avoir versés des larmes et d’avoir été
frottés. Vêtue d’un pagne noir, le géant avait un visage humain, chauve, avec
de volumineux sourcils verts. Il se redressa, et s’avéra encore plus grand que
ne l’avait cru Faruto. Il le dépassait de deux bonnes têtes. Il prit vivement
la poupée des mains de Faruto et la berça entre ses paumes avant de la serrer
comme si c’était un trésor précieux.
« Bébé
Kora ! Etranger a ramené Bébé Kora !
_ Tu
l’avais perdu assez loin d’ici. Dans le désert, loin par là-bas. »
Le géant
regarda la direction d’où ils venaient d’un air bovin. Après quelques instants,
il se mit à taper du pied, soulevant des petits nuages de sable emportés par le
vent.
« Bolga
méchant ! Colga se disputer avec lui, et lui aller jeter Bébé Kora dans
désert très très loin ! Mais lui triste aussi, après, alors aider Colga à
chercher, mais en dessous.
_ En
dessous ? »
Un peu plus
loin, le sable se souleva. Un second géant, exacte réplique du précédent mis à
part les sourcils, qui étaient d’une couleur proche du bleu, venait d’émerger
du sol. Il cracha une pleine bouchée de sable et regarda la poupée contre le
premier géant. Il se précipita vers lui, bousculant Faruto, et prit Colga par
les épaules.
_ Oh !
Colga retrouver Bébé Kora ?
_ Pas
Colga. Etranger retrouver pour nous ! »
Bolga se
retourna vers les deux voyageurs et les serra dans ses bras, tous deux en même
temps. Faruto et Kard furent pris quelques secondes dans un étau infernal.
Après cette étreinte douloureuse, Bolga les gratifia d’une explication de son
cru.
« Bolga
méchant ! Colga se disputer avec lui, alors Bolga colère, et lui aller
jeter Bébé Kora dans désert ! Comme pas vouloir Bébé Kora toute seule, lui
triste aussi et aller aider Colga, mais en dessous. »
Faruto
sourit. Le cœur que mettaient ces deux géants à retrouver cette poupée était
émouvant. Et ils semblaient sympathiques, la sympathie de créatures restées
enfant malgré des corps de titans. Bolga pointa un doigt vers Faruto.
« Moi
Bolga ! Toi quoi ?
_ Faruto
Faruto, et voici Kard.
_ Pourquoi
deux fois Faruto ?
_ C’est
comme ça, répondit Faruto. C’est mon nom. »
Faruto ne
savait pas vraiment pourquoi il était Faruto-le-Double. A Amria, personne ne
lui posait la question.
« Moi
Colga une fois ! fit l’autre. Nous content vous retrouver Bébé Kora. Toute
seule dans le désert, elle triste ! »
Les deux
géants expliquèrent tant bien que mal, en s’interrompant l’un l’autre et en se
répétant beaucoup, qu’ils habitaient dans un petit village à quelques
kilomètres au nord, au bord de la mer. Faruto était étonné d’être déjà arrivé
au littoral, en seulement quelques jours de voyage. Mais bien vite, il sentit
l’odeur très particulière de la mer, mêlée à celle du sable empesé de vent.
Ils les remmenèrent à leur village, qui se trouvait à environ une heure de marche. Il se trouvait derrière une énorme dune, après laquelle se trouvait l’étendue infinie de la mer, qui semblait couper le désert sans prévenir, subitement, et sur une longueur inimaginable. Le littoral. La frontière nord de l’Empire de Kaulas s’étendait devant leurs yeux. L’impitoyable désert aride mourrait dans une mer tiède, qui devenait glaciale à peine quelques kilomètres au large, hors de la zone climatique de Tantar.

Qoui de meiux que d'arccchoer un aiovn a son palfon ?
Humour de MSN part 26/~
(it's so suikodenish !)
Louve Sombrelune says: (naooon, Grémio TT__TT)
Zali/Chiottes says: O RLY ?
Louve Sombrelune says: maheuuuu... T_T, L'est mourru Gremio
Zali/Chiottes says: Ouais, il a fait trop de spore.
30 janvier 2007
Les chroniques Kaulatiennes, Chapitre 1 (2/2)
Faruto
avait une très grande confiance en lui, et pensait pouvoir s’en tirer assez
facilement. Il savait très bien qu’il ne pouvait pas traverser ce désert, du
moins pas à moitié nu avec une couverture encombrante et seulement trois litres
d’eau, mais il lui suffisait d’avancer le plus possible en survivant le plus
longtemps possible, et on lui viendrait en aide. Il en était convaincu.
Son ancien
maître lui avait promis de venir l’aider, si son coup d’état échouait. Il lui
avait dit « je viendrais te chercher, où que tu sois. » Et puis il y
avait Kard. Son complice, celui qui lui avait lancé le sort de modification,
son ami de toujours. Il était toujours libre. Faruto savait très bien qu’il
serait là quand il le fallait. Il avait toujours été là.
Il se mit
donc en marche, plein d’optimisme. Trois heures plus tard, il se rendit compte
que le soleil tapait vraiment très dur. Plus qu’il ne l’avait imaginé. Il se
fit un vêtement de sa couverture pour se protéger des impitoyables morsures de
l’astre solaire, mais déchanta bien vite : elle était totalement
inadaptée, bien trop chaude. Elle semblait faite d’un tissu qui absorbait la
chaleur comme un buvard. En deux minutes, Faruto manqua d’étouffer, et dut se
débarrasser de cette cape de fortune, qu’il reprit sous son bras. Elle lui
serait au moins utile pour la nuit.
Il marcha
ainsi toute la journée harassé par la chaleur. Ses cheveux lui collaient dans
le dos, et chacun de ses poils devint une plaque urticante. Il vit tomber le
soir comme une bénédiction. La température baissa alors rapidement, diminuant
de quarante degrés en une heure. Le demi elfe décida de s’arrêter de marcher et
d’utiliser sa couverture chauffante… Qui ne chauffait plus grand-chose.
Il
s’avérait que cette draperie semblait maudite : elle s’adaptait à la
température ambiante ! Et le vent qui soufflait continuellement soulevait
un sable de plus en plus froid…
Cette nuit
là, Faruto lutta pour ne pas dormir. L’eau de sa gourde gela, puis dégela. Le
matin était revenu, ainsi que la canicule. A partir de neuf heures, Tantar
redevint une fournaise.
Le deuxième
jour de marche fut bien plus pénible encore que le premier. Au milieu de la
journée, alors que le demi elfe luttait contre la déshydratation, le sommeil et
les brûlures il fut attaqué par un gigantesque scorpion noir presque aussi gros
que lui.
Il dut pour
s’en débarrasser utiliser un de ses sorts les plus puissants, ce qui l’épuisa
complètement. Il était un piètre magicien offensif, et regretta amèrement ce
sort utilisé de façon inconsidérée. Dans le duo qu’il constituait avec Kard, il
était l’épée, et lui la magie. Il n’avait plus l’habitude de se servir d’autre
chose que de sa simple force physique pour se battre. Mais face à ce monstre,
il n’avait pas eu le choix. Le soir, il était proche de sombrer dans
l’inconscience, dans un état d’épuisement extrême, mais ne pouvait toujours pas
se permettre de dormir. Le sommeil, c’était la mort.
Il marcha
dans le froid pendant des heures, luttant contre le sommeil. Il ne se rendit
pas compte, le lendemain, que le soleil s’était relevé, et ne pensa pas à se
protéger de temps à autres avec sa maudite couverture. Il s’effondra au milieu
de la journée. Il se traîna encore quelques mètres, puis regarda autour de lui.
Du sable à perte de vue. Au dessus de lui, des oiseaux aux allures
dangereusement charognardes tournaient en hurlant.
Il ferma
finalement les yeux, incapable de résister plus longtemps à l’appel du sommeil.
Il s’écroula en marchant. Ses genoux s’enfoncèrent dans le sable et il bascula
face contre terre.
Il n’oublia pas, avant de s’endormir,
de dire adieu à la vie qu’il aimait tant. Et il maudit intérieurement son
maître de l’avoir laissé ici. Il avait promis…
« Ce n’est pas vraiment mon
habitude de ramasser les clochards dans les rues, dit d’un ton égal le magicien
androgyne au Jeune Faruto , mais ma chère maîtresse prône les bonnes actions,
et… Et puis je sens quelque chose de très spécial en toi ! C’est
important, de ne pas laisser dépérir les jeunes talents.
_ Je suis spécial ? répéta d’une
voix blanche le jeune Faruto en levant des yeux creusés par la faim vers son
sauveur. »
Le jeune vagabond quitta le porche ou
il se trouvait. Il tituba en descendant les marches de la maison abandonnée, et
commença à suivre l’androgyne. Il avait du mal à se tenir à la hauteur de sa
cape rouge. L’androgyne faisait de longs pas.
« Eh bien, répondit-t-il,
toujours inexpressif… Je n’en sais vraiment rien. C’est juste une impression…
Quand je t’ai vu, je me suis dit : je ne peux pas le laisser mourir de
faim. C’est étrange non ? Il y a des millions de misérables, et c’est sur
toi que je tombe… Tu as de la chance.
_ J’ai de la chance ?
_ Sans doute… Sans moi tu serais
mort. Mais ne me sois pas reconnaissant, remercie plutôt ma maîtresse ! Si
elle ne m’avait pas dit de faire attention à ce genre de talents, j’aurais
simplement passé mon chemin.
_ C’est quoi la mort ?
_ Hum… »
Le magicien avait prit un air
étrange. Comme s’il y réfléchissait au plus profond de lui. Il finit par
hausser les épaules.
_ Je ne sais pas ! Je suppose
qu’on s’en fait l’idée qu’on nous en donne ! Moi, je pense qu’on se
transforme en protéines, mais ce n’est pas très poétique ! J’essaye de
mener la meilleur vie possible pour ne pas regretter au moment de ma mort de
basculer dans le néant.
_ Dans le néant…
_ Je crois que c’est pour éviter ça
que les hommes ont créé des religions…
_ Des religions ?
_ Des croyances en des puissances
supérieures. Dans mon cas, je n’en ai pas besoin. J’ai ma maîtresse. »
Et moi ?
Le sol était doux et chaud. Plus
faim, plus soif. Une sensation de flotter dans une masse cotonneuse. Une envie
de dormir d’une grande douceur.
« C’est ça la mort, alors ? »
demanda Faruto.
Personne ne lui répondit. Il se
redressa légèrement et ouvrit les yeux. Il faisait nuit, de nouveau. Il était
enroulé dans une couverture, une vraie cette fois-ci, auprès d’un feu de camp,
et derrière, une ombre qui lui évoqua immédiatement son maître. Il avait
donc fini par le secourir ; il ne l’avait pas abandonné !
« Maître ! »
Pas de réponse. Faruto s’assit et se
rendit compte alors de son erreur. C’était bel et bien une de ses
connaissances, mais en aucun cas son maître. Il s’agissait de son ancien
camarade, Kard.
Il était comme à son habitude
entièrement enveloppé dans une gigantesque robe rouge brodée de signes
cabalistiques, et coiffé d’un casque écarlate intégral aux allures étranges,
carré et d’une matière rigide et solide sans être métallique, le tout ne
laissant pas apparaître la moindre parcelle de peau.
Il n’avait pas l’air plus causant
qu’auparavant. Il n’avait jamais dit le moindre mot à Faruto, ni à personne à
sa connaissance. Mais le demi-elfe le considérait tout de même comme son
meilleur ami. Il ne savait pas bien pourquoi il s’était attaché à ce magicien
silencieux, mais ils formaient un très bon tandem, et il s’était toujours senti
en confiance avec lui, sans avoir jamais eu besoin de parler.
Il se rapprocha de son ami et lui
tendit la main, qui resta suspendue dans le vide. Derrière son casque opaque,
nul ne savait ce qui se passait.
« Toujours
aussi aimable, hein Kard ? »
Pas la
moindre réponse, ni même de mouvement ne vint rompre le crépitement du feu.
« Alors
comme ça, tu m’as secouru ? »
Le magicien
haussa les épaules.
« Et
le maître ? »
Un
hochement de tête négatif vint en retour. Faruto le craignait déjà depuis un
moment. Son maître l’avait bel et bien laissé tomber. Il avait du finalement juger
que ce n’était pas la peine de s’embarrasser d’un lieutenant qui avait échoué
si vite dans sa mission. Mais Faruto n’avait nulle part où aller sans son
maître… Il n’aurait pas eu de mal à s’intégrer à une quelconque communauté,
comme il l’avait d’ailleurs si bien fait à Tantar, mais il se rendait compte
qu’il ne connaissait qu’à peine la société du Continent d’Erpos, ne parlait des
langues locales que le Wistallien international et un vague sabir Confélègue,
n’avait pas d’argent, pas de statut social… Bref, il n’était pas grand-chose
sur ces terres. De plus, il avait failli renverser le pouvoir Agnarien, aussi
il ne serait pas très bien vu en Kaulas ou en Agnarie. Certes, il était libre,
mais cela ne faisait pas de lui un citoyen dans ces royaumes… Que lui
restait-il ? Le Wistallah ? A l’autre bout du continent ?
Faruto
poussa un soupir.
« Tu
n’as vraiment aucune nouvelle du maître ? »
Kard sortit
un rouleau des plis de sa tunique. Un ruban indiquant le nom de Faruto
l’entourait. Le demi elfe, reconnaissant l’écriture penchée caractéristique de
son maître l’ôta et déplia la lettre, avant de la lire à haute voix pour tenir
Kard informé.
« Mon cher Faruto. J’ai appris que tu t’es
fait bêtement capturer. C’est dommage. S’ils ne te tuent pas, eh bien je te
souhaite de me revenir un de ces jours. Je t’attends. Mais en vertu de la
situation, je ne peux pas t’aider, tu devras te débrouiller avec Kard. Au fait,
je t’ai remplacé par Zarbel, qui est plus efficace que toi.
Aloïs Gornveal. »
Faruto
relut en silence pour être sur d’avoir bien compris.
« Non
mais… Ce n’est pas possible ! Kard, dis-moi que c’est une
plaisanterie ! »
Kard ne
broncha pas…. Mais ce n’était pas le genre du maître de plaisanter, et Faruto
le savait. Il avait dégradé Faruto et l’avait laissé se débrouiller seul. Il
était livré à lui-même. Le demi-elfe jeta la lettre au sol et cria de rage. Il
avait l’impression de voir toute sa vie s’écrouler. Il n’avait plus nulle part
où aller.
« Et
je fais quoi, moi, maintenant ? Je vais où ? Je n’ai nulle part à
part les Terres du Conseil ! »
Kard
désigna le nord, puis, du pied, dessina une carte à jouer dans le sable. Le
symbole d’Aloïs.
« Retourner
voir le maître ? Je crois que son message a été assez clair, il m’a jeté…
Si je reviens, je servirais à quoi ? La Terrecarte n’a besoin que de deux
Grands Lieutenants. Je sais trop bien le sort qui est réservé aux
déchus. »
Le mage
rouge balaya la carte à jouer d’un coup sec. Ce message-là était tout aussi
clair.
« Me
venger ? »
Un
hochement de tête positif confirma l’idée. Faruto n’était pas enthousiaste à
cette idée.
« Et
me venger comment ? Je n’ai pas la moitié de la puissance du petit orteil
du maître ! C’est simplement impossible. Et je ne sais même pas si j’ai
envie de me venger. Le maître a eu raison de se débarrasser de moi. Après tout,
j’ai échoué. Il est bien aimable de t’avoir permis de revenir… »
Kard haussa
les épaules. Faruto poussa un soupir. Que pouvait-il faire, au juste ?
« Peut-être…
Peut-être que je retournerais là-bas… Je ne sais pas… »
Le mage
rouge eut un léger mouvement et son casque s’illumina très légèrement. Faruto
devina un sourire. Il retourna s’enrouler dans sa couverture. Avant de dormir,
il repensa au rêve qu’il avait fait.
« Kard…
Il s’est passé quelque chose pendant que j’étais évanoui… J’ai rêvé de mon
passé.
_ …
_ C’était….
C’était étrange. Je me demande vraiment pourquoi, aussi loin que je cherche,
j’arrive pas à me rappeler de ce qui s’est passé avant ce jour où on m’a
découvert. Et pourquoi tout ce qui s’est passé après est si flou, jusqu’à ce
que je te rencontre… J’ai l’impression de ne pas avoir eu de jeunesse.
_ … »
Faruto s’endormit quelques instant après. Kard se retourna, jeta une branche dans le feu et murmura :
« Pas étonnant… »
J'ai mis plein de trucs à jour sur mon site, mais rassurez-vous : il est toujours aussi moche.
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24 janvier 2007
Les chroniques Kaulatiennes, Chapitre 1 (1/2)
Chapitre premier
Faruto
« Et
en vérité je vous le dit, une pourriture informe viendra du sol, grouillante et
nombreuse, et ravagera tout sur son passage, et il sera impossible de la
contrer, et nombreux seront ceux qui mourront en se dressant contre elle. Mais
à la fin, on coupera la tête à cette pourriture informe. Et vous le saurez, je
vous le promets, que deux têtes repousseront. Quand vous aurez coupé ces deux
têtes, et que d’autres viendront après elle, vous réaliserez alors que ce n’est
pas la tête qui pourrit vos âmes, vos terres, vos vies, mais que des racines
profondes faisaient pousser ces têtes. En vérité, je vous le répète : tout
est perdu. Le monde est une lande stérile.»
Scribe Gamaraxel VIII, Prophéties
Initiales du Dieu du Nord
« Marcher dans le
désert, mais il n’y a que vous qui trouviez ça drôle, cher ami ! »
Belle la Poétesse, Celestins,
Acte V, Scène II
Année 4052, Ere de la Source, An 3
Ap. Kaulas
Trois ans. Cela n’est pas assez long pour
changer toutes les vieilles habitudes d’une nation. L’Agnarie n’était plus, du
moins pas dans sa forme ancienne. Une longue révolution, entre l’année 4037 et
l’année 4050, avait déchiré le pays. Une aventurière du nom de Léna Galgam
avait profité de la corruption du pouvoir de la dynastie Baudde pour fomenter
un vaste mouvement de révolte dans le nord du pays ; Elle avait pour cela
utilisé la figure d’un enfant du nom de Varl Jénéal, un vague prétendant au
trône dont le père avait été exilé dans les sauvages Barbaries quelques années
plus tôt. Se servant de lui comme d’un pantin, et usant d’alliances contre
nature et de magie noire, elle parvint à se tailler la part du lion dans le
nord de l’Agnarie. Mais la guerre avait eu ses tragédies, et le commun des
mortels ignorait les tenants et les aboutissants du conflit. Tout ce que
l’homme du peuple en retira, c’est qu’au plus fort de la guerre civile,
l’Agnarie millénaire, royaume fier, ancien et réputé pour sa puissance, fut
envahi simultanément par le Wistallah, les Barbaries et le Ki-Zok, qui
cherchaient à se partager les restes de la dynastie. Ce combat, qui tourna
bientôt au pugilat mondial sur le sol Agnarien, ne put prendre fin que grâce à
l’action de Sédall Durpince Junior, un des premiers lieutenants de Léna qui la
trahit finalement, et d’Alfa Duprince Junior, son frère et ennemi juré, seul
survivant de la haute aristocratie après la disparition mystérieuse de Baudde
VIII et Baudde IX, les deux principaux prétendants à la couronne. Au Nord, Léna
et Varl disparurent également, et fort peu nombreux sont ceux qui surent ce
qu’ils devinrent. Alors que le Wistallah occupait l’Ouest du pays, bataillant
avec le Ki-Zok pour le pillage des forteresses, et que les Barbaries occupaient
les complexes miniers et gaziers de l’est, Alfa et Sédall mirent leurs haines
familiales de côté et parvinrent à négocier la paix avec les autres puissances.
Au prix de terribles concessions territoriales et d’un lourd tribut humain,
l’Agnarie recouvrit un territoire indépendant, amputé de plusieurs régions
fertile.
Alfa et
Sédall, peu après la guerre, se rencontrèrent. Il était évident que l’Agnarie
ne pouvait plus être ce pays immense et décentralisé qu’il avait été. Les
fonctionnaires avaient presque tous disparu pendant la guerre, l’appareil
d’état était ruiné et corrompu. Et les habitants du nord, libérés pendant
presque quinze ans des contraintes de l’état féodal Agnarien, refusaient de
réintégrer le royaume. Il fut donc convenu qu’Alfa occuperait la rive sud de la
Vesta, le grand fleuve Agnarien, et que ce territoire resterait l’Agnarie
Millénaire. Le nord de la Vesta, sur un territoire s’étendant du Wistallah aux
Barbaries, deviendrait un nouveau pays. L’Empire de Kaulas, du nom d’un ancien
héros elfe duquel Léna Galgam s’était réclamée. Au sud, l’état Agnarien
continua donc d’exister, ruiné et sans ressource, mais tentant de se purger
petit à petit de siècles de décadence et d’un système féodal archaïque sous
l’égide d’une nouvelle dynastie, celle d’Alfa Ier. Sédall, quand à lui, eut la
lourde charge de devenir le premier Empereur de Kaulas. C’était un état jeune,
qui souhaitait dans ses fondements donner un certain pouvoir à la population.
Mais il restait très instable, en mauvais termes avec ses voisins et n’avait encore
qu’une agriculture et une production industrielle faible, à cause des dégâts
énormes causés par la guerre (la plupart des combats ayant eu lieu au nord de
la Vesta). De plus, l’agitation politique interne était une menace quotidienne.
Il y avait de nombreux partisans de l’Agnarie, des fédéralistes qui
souhaitaient éclater l’Empire au profit de seigneurs de guerre, des opposants à
la démocratisation, et, à l’inverse, des agitateurs qui réclamaient
l’instauration d’une démocratie complète et immédiate.
Le régime,
sans atteindre la brutalité de Léna, qui fut une véritable dame de fer, ni
l’arbitraire des dernières années de la régence de Baudde VIII, restait
relativement répressif pour les opposants et ceux qui avaient été enfermés
pendant la guerre civile. La peine de mort ayant été suspendue par l’Empereur,
les prisons se retrouvaient pleines de pensionnaires qui attendaient un
jugement ou une amnistie, dans un contexte de saturation totale des tribunaux
qui fonctionnaient encore avec peine. Mais il semblait que les choses
s’arrangeaient petit à petit, à mesure que de nouveaux magistrats sortaient des
écoles mises en place par la jeune administration Impériale. Néanmoins, un des
énorme travers de l’ancien état Agnarien était encore conservé par l’Empire :
le Bagne de Tantar.
Le Bagne de
Tantar n’était pas à proprement parler une prison dure ou un lieu de torture. D’ailleurs,
aucun condamné à mort n’avait jamais foulé le sol de cette prison. Les détenus,
tous des condamnés politiques ou des délinquants d’opinion qu’on voulait voir
disparaître le plus longtemps possible, y étaient très bien traités, en
semi-liberté dans la prison, bien nourris et bénéficiant de soins. De plus, ils
n’étaient officiellement pas soumis à de très longues peines.
Néanmoins,
la plupart d’entre eux avaient fini leur peine et avaient choisi de rester ici
jusqu’à leur mort. La raison en était simple : on ne revenait pas du Bagne
de Tantar. Du moins personne n’en avait jamais été capable. Pour comprendre
cela, il faut préciser que la prison ne se situait pas n’importe où : elle
se trouve au beau milieu du désert de Tantar, considéré comme la région la plus
hostile du continent. Une vaste zone circulaire d’un rayon de trois cent
kilomètres, balayée par des vents brûlants, au nord est de l’Empire. Cette
région désertique, qui formait une partie de la frontière avec les Barbaries,
était un mystère pour les érudits, qui ne s’expliquaient pas la présence de telles
conditions climatiques dans une région qui aurait du être froide et sèche. On
glosait énormément sur la nature magique de l’endroit. Mais quelle qu’en soit
la raison, il y avait là un désert infranchissable à pied. D’autant plus qu’en
dehors des conditions thermiques abominables et de la quasi absence d’eau, il
fallait compter avec les nombreux animaux sauvages qui pullulaient à tous les
coins du désert.
A la fin de
la peine d’un détenu de Tantar, un choix lui était offert : rentrer chez
lui par ses propres moyens avec trois litres d’eau et une couverture, ou bien
rester au bagne jusqu’à sa mort. L’immense majorité d’entre eux choisissaient
la seconde solution, conscient qu’ils n’avaient d’autre choix que de rester
jusqu’à la fin dans cette immense garderie. Mais Faruto n’était pas de ceux-là.
Faruto
Faruto, anciennement connu sous le nom de Faruto le Double, demi-elfe. 26 ans.
Condamné pour une tentative de coup d’état à trois ans de prison. Vers la fin
de la guerre civile, Faruto avait fomenté une révolte à Badda Gloria, la
capitale dynastique Agnarienne. Utilisant un puissant sortilège de mimétique, il
s’était accaparé les traits caractéristiques de la famille royale Agnarienne, se
faisant passer pour un demi-frère de la branche royale, et avait fomenté un
coup d’état rapide qui n’avait duré qu’une seule journée, mais avait mis la
capitale à feu et à sang, entraînant une violente bataille urbaine entre les
troupes loyalistes et celles qui prirent cette usurpateur comme un prétexte
pour renverser Baudde VIII et son frère Baudde IX, qui tirait en coulisse les
ficelles du pouvoir. Faruto avait été capturé par l’inspecteur Jon Ombre
Charlie, un des héros de la guerre côté Agnarien, et envoyé à Tantar après un
rapide procès où il n’y eut ni avocats, ni jury. Bien que condamné par
l’Agnarie, ce fut Kaulas qui accepta de s’occuper du prisonnier, en vertu d’une
clause des traités de paix de la fin de la guer
Après la
naissance officielle du nouveau pays, qui se voulait opposé aux valeurs
Agnariennes, il aurait pu être libéré et reconduit à la civilisation (comme ce
fut le cas de quelques prisonniers politiques), ou éventuellement rejugé en
bénéficiant d’un procès ou l’accusation n’avait pas valeur de preuve.
Néanmoins, il ne fut pas du lot des libérés, car on le soupçonnait fortement de
n’avoir pas agi seul d’être un agent du lointain Continent dit Noir, Amria.
L’immense Conseil des Dix, regroupant presque tous les royaumes d’Amria, avait
réfuté avoir été impliqué dans la guerre, et Faruto n’avait jamais rien avoué.
Mais les autorités n’étaient pas dupes et refusaient de libérer un probable
agent double d’une puissance étrangère.
Mais Faruto
était un obstiné de nature, beaucoup plus que ne l’avaient imaginé ses juges, et
il ne voulait pas passer le reste de sa vie dans ce bagne. Il avait donc choisi
de partir à la fin de sa peine de prison, quitte à le payer de sa vie.
La lourde
porte en ferraille du Bagne de Tantar s’ouvrit dans un grincement horrible,
repoussant le sable et la poussière que le vent accumulait en hurlant sur les
hauts murs du fort. Un petit orc à l’air malsain en sortit en reniflant, et
regarda machinalement à droite et à gauche, comme si quelqu’un allait tenter de
pénétrer le Bagne. Sûrement un réflexe acquis inconsciemment au fil du temps
pour avoir l’impression d’être moins isolé. Mais à perte de vue, il n’y avait
que le ciel d’azur, le soleil de plomb, et le sol désolé, parfois rehaussé
d’une dune.
Il fit un petit
pas en avant puis posa la besace qu’il portait en bandoulière. Il se retourna
vers la prison et fit un signe. A l’intérieur, dans le poste de garde qui
commandait l’accès aux portes, on entendit un bruit de chaînes sur le sol.
Faruto sortit de la cabane les pieds déliés mais les poings toujours enchaînés,
usage rituel pour faire sortir un prisonnier, ce qui était au demeurant ridicule
vu que nul ne s’était jamais échappé du bagne durant sa peine.
Faruto mit
ses mains devant son front pour se protéger de l’intense lumière et de la
violente chaleur du désert. Dans la prison, il y avait de l’ombre et de la
fraîcheur, tout était organisé pour que la présence du désert ne se fasse pas
trop sentir. Ici, il n’y avait plus que le soleil et la chaleur. Le sol était
brûlant.
L’orc regarda
le demi-elfe et retroussa ses babines vertes, découvrant des dents pointues et
noires. Ses cheveux étaient très longs, bien qu’il soit arrivé ici les cheveux
rasés après son procès. Il n’avait jamais vu une tignasse pousser aussi vite.
S’il laissait un peu cette chevelure à l’abandon, ce n’était pas le cas de sa barbe,
toujours finement taillée en bouc, ce qui lui donnait un air de petit noble
Wistallien. Il avait un regard bleu assez intense qui lui valait une réputation
de séducteur chez les femmes de la prison, bien qu’il n’ait pas réellement
cherché à plaire durant son séjour. Il était musclé, mais agile. Comme il
n’était vêtu que d’un pagne, aussi l’orc put admirer à loisir combien il ne
s’était pas négligé pendant ces trois années. Un véritable athlète. Il songea
qu’il était dommage que cet elfe aille mourir dans le désert. Il était plus
utile à la prison, aux cultures, à la manutention. Il aurait même, à terme, put
passer chez les gardes, qui étaient presque tous des anciens prisonniers de la
communauté.
« Vous
êtes sûr que vous partez ? demanda à tout hasard le gardien. Z’avez signé,
mais si vous voulez que je déchire le papier de libération….
_ Eh bien,
ma peine n’est elle pas finie ? répondit avec un large sourire le demi
elfe.
_ Ouais. Et
c’est pas une raison pour aller crever dans le désert. On a du boulot pour vous
ici. Vous êtes pas bien avec nous ? Y’a a boire, à manger, du boulot. Pas
de ça dans le désert.
_ Je ne
mourrais pas, enfin ! J’en ai vu d’autres…
_ C’est ça.
Et moi, ce que j’ai jamais vu, c’est quelqu’un qui sort de là et qui atteint
l’autre bout. Mais c’est comme je dis : faites comme vous voulez.
_ Heureux
de vous l’entendre dire, gardien.
_ Bon, je
vous détache, et je vous donne vos affaires. »
Il ôta les
menottes du demi elfe, puis sortit la couverture et l’outre d’eau de la besace
et les tendit à Faruto.
« Voici
trois litrons et de quoi vous enrouler. Cadeau de l’Empire de Kaulas. Vous
voici donc officiellement rendu à la vie civile.
_ Et mes
vêtements ? Ceux que j’avais en arrivant ?
_
Confisqués. C’est le règlement… Tout a été utilisé pour faire de la draperie.
_ Je ne
peux pas au moins emmener le sac ? » Faruto désignait la besace d’où
l’orc avait sorti
« Non. Vous
devez les porter.
_ Bon…. Je
suppose que c’est le règlement aussi hein ? grogna le libéré. Très bien,
alors je m’en vais. »
Il lui
tendit une main amicale, dont la main griffue du goblinoïde se saisit en
reniflant.
« Au
revoir. Soyez prudent. »
L’orc
rentra et ferma la lourde porte derrière lui. Faruto était maintenant seul dans
le désert de Tantar. Devant lui, le sable à perte de vue. Derrière lui, un
pénitencier qui lui resterait à jamais fermé.
« On
est parti ! » cria-t-il pour se motiver.
BONUS : Ma gueule, une fois de temps en temps.
SPEAK RUSSIAN INSTANTLY !
20 janvier 2007
Les chroniques Kaulatiennes, prologue, part 2
2
Année 4051, Ere de la Source, An 2
Ap.Kaulas
Le Ki-Zok
est généralement considéré, et à juste titre, comme le pays le plus mystérieux
du monde. Connu aussi sous le nom de « Pays des Sorciers », il est
couvert à 95% d’une jungle dense, une forêt vierge gigantesque de la taille
d’un petit continent. Un désert littoral, au nord, le Sahar’
de l’Ancien Monde, le sépare du continent d’Erpos.
Ce pays a
un régime oligarchique et ploutocratique où le droit de diriger s’acquiert avec
l’âge et la fortune qui découle des indemnités du Conseil des Gérontes. Chaque
année, de très vieux sorciers entrent au Conseil et élisent un nouveau recteur
principal qui possédera le pouvoir exécutif, ce qui ne va pas sans causer une
forte instabilité gouvernementale. Le Ki-Zok a ainsi un système politique en
place depuis des siècles auquel sont attachés les quelques trois millions
d’habitants de première classe officiellement recensés (plus d’un million dans le
district de Tarna, la ville principale). Les citoyens de deuxième classe (non
citoyens car hors du cens), de troisième classe (tribus hors charte des
citoyens) et de quatrième classe (esclaves et étrangers) ne sont que rarement
recensés. J’estime leur nombre entre vingt et trente millions.
Les valeurs
auquel ce pays est attaché sont principalement la préservation de la nature, le
culte des ancêtres et la pratique de la magie. Néanmoins ils n’ont pas le
conservatisme des mages des autres nations, et le Ki-Zok produit les plus
brillants chercheurs du monde, dans la physique magique, mais également dans la
mécanique, l’armement et tous les domaines de la science fondamentale.
L’armée du
Ki-Zok est la plus puissante de tout le continent d’Afric. Ses armements ont la
puissance de feu des armes de l’Ancien Monde. Le Ki-Zok possède de puissants
canons, sait usiner des fusils et des véhicules mus par la vapeur. Le pays a toujours ainsi été à l’abri des
incursions des autres peuples d’Afric (Nomades et pirates Zataki, Trolls,
Hommes Corbeaux et Lutins Bleus principalement, mais aussi les Cités-Etat de
Tréllie et autres empires locaux…). Leur hégémonie est incontestable et
incontestée, tant qu’ils restent dans le cadre de leurs frontières. En effet,
l’intervention de la marine et des machines de guerre terrestres dans la Guerre
de Sécession d’Agnarie prolongea le conflit durant des années et les armes des
sorciers causèrent de nombreux morts inutiles. Lors des négociations de paix à
la Conférence de Château Ambre, le Ki-Zok fut accusé par les autres
belligérants d’avoir volontairement retardé les efforts de paix à leur seul
profit. Toutes les concessions demandées leurs furent refusées, et le Wistallah
veilla à ce que la marine du Ki-Zok se retire de l’Archipel de Riuchu et des
côtes sud de l’Agnarie. Aussi, le Pays des Sorcier est-il depuis trois ans
toujours respecté et reconnu, mais prié de ne plus dépasser le cadre de ses
frontières.
Si le
Ki-Zok a obtempéré aux injonctions Wistaliennes, c’est que sur le plan
strictement militaire, ce conflit fut un désastre complet pour le Ki-Zok.
Parvenu aux portes de Château-Ambre, leurs machines de guerre furent mise en
déroute par les unités auxiliaires de l’armée Wistalienne, elle-même venue
s’accaparer les richesses du nord de l’Agnarie. Suite
à cette humiliation, les Gérontes décrétèrent une fermeture de toute relation
du pays avec l’extérieur pour une période de dix ans reconductible. Si une
seule centaine d’hommes furent perdus dans l’attaque, la défaite fut néanmoins ressentie
comme une humiliation sans précédent par la population aristocratique de Tarna
qui ne voulut plus voir le Ki-Zok se mêler de quoi que ce fut hors de ses
frontières.
Aussi, du
point de vue officiel, plus personne n’est rentré au Ki-Zok dans les trois
années ayant suivi la défaite de Château Ambre. Néanmoins,
la totalité des frontières (sauf bien entendu les frontières maritimes) du pays
étant composée d’une jungle impénétrable, il fut évidemment impossible
d’empêcher des groupes de quelques individus d’entrer sur le territoire
national.
Aussi, il
fut facile pour un vétéran de l’armée tel que moi, présumé mort dans l’attaque,
de revenir au pays et de m’installer au plus profond de la jungle en compagnie
de cette jeune fille à laquelle j’étais censé apprendre la notion de bien et de
mal… Telle était la dernière volonté de mon ancien
supérieur, le capitaine Lin’Grund. Pourtant, il serait fâcheux que le
gouvernement découvre la jeune fille en question, car elle est entièrement
responsable de notre défaite. Je suis Haj’Maar le tuteur de Miyu Makalo,
héroïne nationale Wistallienne »
« Que
faites-vous, maître ? » demanda Miyu en se penchant sur la feuille
que griffonnait le sorcier.
Le sorcier
leva sa tête et toisa son élève avec surprise. Il gratta sa barbiche blonde.
« Eh
bien, je projette d’écrire un ouvrage sur ma vie, mais ce n’est pas très
concluant. Je n’ai pas ce qu’on pourrait appeler la patte littéraire.
« Votre
vie ? Pourquoi donc ?
_C’est une
coutume du Ki-Zok, un sorcier doit écrire l’œuvre de sa vie pour pouvoir
prétendre à la sagesse.
_ C’est
idiot, fit Miyu en levant ses yeux au ciel. Et puis vous êtes censé être
mort ! »
Haj’Maar se
retourna vers Miyu et se cramponna à sa tunique en réalisant que son élève
avait quitté ses exercices.
« Dis moi
plutôt, Miyu, pourquoi n’es tu plus en train de t’entraîner ?
_ J’ai fini
mes deux mille pompes, et j’ai un coup de mou. »
Le sorcier
soupira. Il avait uniquement donné cet exercice à Miyu afin d’être en paix
toute la matinée, et voilà qu’à peine deux heures lui avaient suffi. Elle avait
des capacités physique et une puissance magique qui dépassait de très loin les
forces de Haj’Maar, et il le savait très bien. Non pas qu’au plan magique, il
n’eut rien à apprendre à Miyu, loin de là. Il connaissait des centaines de
sorts divers et variés. Néanmoins, chaque fois qu’il apprenait un sort à Miyu,
il ne fallait pas trois heures à la jeune fille pour dépasser son propre
niveau.
Ce que
Haj’Maar avait à apprendre à Miyu était plus psychologique que physique. Il
devait lui apprendre à agir avec discernement, modération et raison. Il devait
dompter son caractère sauvage et lui apprendre la sagesse. Miyu avait pu à elle
seule détruire le corps expéditionnaire du Ki-Zok, en utilisant des sortilèges
oubliés et interdits. Il lui fallait un tuteur pour maîtriser un pouvoir inné
si incommensurable.
Pour cela,
il avait fallu trouver un endroit totalement coupé de la civilisation et de ses
travers. Or, rien ne l’était plus à la connaissance du sorcier que cette
monumentale forêt vierge. Miyu et Haj’Maar vivait donc seuls depuis trois longues
années, ce qui commençait de plus en plus à rebuter la jeune fille.
Le sorcier
regarda son élève. Elle avait vraiment grandi depuis leur rencontre
mouvementée. Sa peau mate s’était encore assombrie au soleil du Ki-Zok. Ses
longues boucles noires lui tombaient jusqu’au milieu du dos, et ses yeux verts
avaient gagnés en intensité. Sa silhouette générale était gracieuse et
harmonieuse, même si ses formes n’étaient pas particulièrement attirantes (elle
se plaignait souvent de son manque de poitrine, ce à quoi le sorcier répondait
que cela la gênerait quand elle devrait combattre), elle était devenue une
femme à part entière. Une belle femme.
Haj’Maar
n’était pas attiré par les femmes, aussi il n’avait jamais rien tenté vis à vis
de Miyu. Néanmoins, il se demandait souvent si un autre que lui eut eu une
attitude si correcte.
Miyu
s’assit sur la chaise en bambou qu’elle avait construite de ses mains, puis
jeta un regard ennuyé à son tuteur.
« Dites…
J’ai envie de voir des gens.
_ Tu sais
très bien que cela n’est pas possible, soupira Haj’Maar. Bientôt, peut-être… Quand
ta formation sera achevée
_ Bah…
Vous, vous ne pouvez pas comprendre. J’ai dix-huit ans demain, et cela fait
trois ans que je n’ai rencontré personne d’autre que des animaux. Je n’ai même
jamais pu dire au revoir à ma tribu. »
Haj’Maar
repoussa sa chaise et se leva pour regarder par la fenêtre.
_ Tu aurais
aimé aller sur la tombe de ton père ? »
Elle baissa
les yeux.
« Non.
Dans ma tribu, cela serait revenu à accepter l’Hommage. Et à prendre sa place.
Ca, je ne le voulais pas. Mais j’aurais bien aimé avoir le temps de l’expliquer
aux autres.
_ Je
comprends. Et un jour viendra où tu pourras voyager à ta guise. Mais, Miyu, tu
n’es pas une jeune fille normale. Tu as détruit une armée en quelques gestes et
quelques mots. Tu as calciné tout un champ de bataille. Tu le sais, non ?
Mon ancien supérieur que je respectais plus que tout m’a dit de te prendre en
charge. Sa dernière volonté. Aussi, tu ne dépends que de moi jusqu’à ce que je
décide que tu sois assez mure pour maîtriser tes pouvoirs et affronter le
monde. »
Miyu baissa
la tête. Elle savait pertinemment ce qu’elle avait fait, et le regrettait
amèrement. Il est vrai qu’à cette époque, elle ne se rendait pas vraiment compte
de la notion même de vie ou de mort. Certes, la guerre faisait rage, mais elle
avait tué le sourire aux lèvres des milliers d’orcs mercenaire et une centaine
de sorciers. A cette époque, Miyu était une machine de guerre. Elle devait
redevenir une simple fille. Cela faisait aussi parti de la tâche d’Haj’Maar. Le
fait que l’humanité commençait à lui manquer était un bon signe. Aussi, le
vétéran décida de faire un geste pour elle.
« Bon,
écoute-moi Miyu. Le mois prochain, nous nous rendrons au village d’Azegom au
Nord. Il est peuplé de dragoms sauvages qui commercent souvent avec des Humains
et des Elfes. Tu pourras rencontrer des gens. Des dragoms dans le village, mais
d’autres gens dans leur comptoir également. Considère cela comme un cadeau
d’anniversaire.
Un grand
sourire fendit le sourire de Miyu et elle sauta au cou de son maître.
« Maître !
Merci !
_ Du
calme ! dit-il en la repoussant doucement. Bon, nous avons encore une
longue journée devant nous. Aujourd’hui, nous allons méditer sur la notion d’équité.
Je me baserais sur les écrits de…
_ Ohé !
fit soudain une voix au dehors de leur cabane. Il y a quelqu’un ? »
Miyu et
Haj’Maar sursautèrent. La première voix humaine depuis trois ans. Une voix
assez grave, masculine.
Miyu passa
la tête par la fenêtre. Devant la maison, se tenant à l’entrée de leur
clairière, entre deux arbres tordus, il y avait un cavalier et sa monture. Il
semblait sorti de la jungle comme une fleur, ne semblant souffrir ni de la
chaleur, ni de la transpiration. C’était un grand homme entièrement vêtu d’un costume
bleu auquel était attaché une cape rouge. Il avait des gants blancs sur
lesquels des trèfles étaient brodés. Son visage était barré par une cicatrice
blanche qui semblait couper son visage en deux. Il avait un air grave et
fatigué. En apercevant Miyu, il repoussa ses cheveux blonds en arrière et lui
lança un sourire charmeur.
« Bonjour ! »
Il utilisait un Wistallien simple, mais correct. Utilisant spontanément le
langage international, il devait être un voyageur aguerri. « Comment
allez-vous ? Parlez-vous Wistallien ?
_ C’est…
C’est ma langue natale, répondit Miyu, toujours sous le choc. Je viens du
Pazol, dans la zone tribale. »
Haj’Maar,
qui était sorti de la maison, alla à la rencontre du visiteur et lui tendit sa main.
Le cavalier mit pied à terre et lui rendit son salut d’une poigne de fer.
« Bonjour
monsieur, fit le sorcier en Wistallien parfait. J’ai du mal à croire que vous
vous soyez égaré pour aboutir dans notre retraite.
_ Ma
présence ici n’est en effet pas le fruit d’un hasard complet. Mais laissez-moi
me présenter. Mon nom est Zarbel Zarbel, mais tout le monde me nomme Zarbel le
Double.
_ Je me
nomme Haj’Maar et voici mon élève, Miyu.
_ Miyu,
Miyu… Ce nom sonne comme celui d’une célébrité disparue, observa le cavalier.
_ Simple
homonyme, dit brutalement Haj’Maar. Je suis maître de magie, et Miyu est mon
élève.
Miyu fit
une mine boudeuse. Zarbel gratta alors sa barbe naissante.
« Bah,
peu importe. J’ai pour ordre de faire évacuer tous les humanoïdes habitants
dans ce secteur de la forêt.
_ Pardon ? »
fit un Haj’Maar estomaqué, croyant à une plaisanterie.
Zarbel le Double
sortit un parchemin signé de l’état Ki-Zokien tout ce qu’il y avait d’officiel
ordonnant l’évacuation de toute une partie de la forêt. Haj’Maar haussa les
épaules en voyant le sceau des Gérontes.
« C’est
ridicule… Ici ce domaine appartenait à mon père, ce secteur de la forêt est
vierge de toute construction et de toute ressource et ce depuis des
générations. Les Gérontes n’y ont jamais porté le moindre soupçon d’intérêt. Pourquoi
devrais-je brutalement partir ?
_ Je ne
fais qu’exécuter les ordres. Pour tout vous dire, je ne sais même pas dans quel
but ce secteur est réquisitionné. »
Haj’Maar
relut le parchemin. Il finit par prendre une moue dubitative et par hausser les
épaules.
« Bon…
Je veux bien m’entretenir avec vous et essayer de trouver une solution, mais je
n’ai aucune intention de partir. Miyu ? Va nous chercher de l’eau et nous
cueillir du basty. Nous allons faire une décoction pour monsieur Zarbel. D’accord ? »
Miyu hocha
la tête et s’éloigna vers les profondeurs de la forêt. Elle se retourna vers
Zarbel
« Je
n’en ai pas pour longtemps ! Vous aimez le basty ? C’est une plante
aromatique.
_ Ca me va
parfaitement. Prenez tout votre temps.
_ Entrons,
dit Haj’Maar. Nous serons bien plus à l’aise pour parler.
_
Volontiers. »
Miyu marcha
en chantonnant vers le chemin qui menait au petit ruisseau qui les alimentait
en eau potable. Elle était rayonnante : et d’une, son maître aller
l’emmener dans un village peuplé de vrais gens civilisés. Et de deux, ils
avaient un visiteur, un homme charmant et bien par-dessus le marché. Bon, il
apportait avec lui des nouvelles étranges, mais tout allait s’arranger !
Haj’Maar était diplomate, et cet avis d’expulsion n’était sûrement pas très sérieux.
Au pire, ils devraient s’acquitter d’une taxe. Les Gérontes étaient sensibles
au son de l’argent.
Elle arriva
au ruisseau et entendit un petit couinement derrière elle. Elle se retourna et
vit un petit animal à l’aspect d’un tout petit renard à la fourrure jaune
poussin. Ses oreilles étaient proéminentes, presque plus grosses que sa tête.
Elle ouvrit ses paumes, et il s’y précipita. Il n’était pas plus gros qu’un
rat.
« Hikki !
Ca faisait longtemps ! »
Ce petit
renard était le seul véritable ami de Miyu dans la jungle. Ce n’était pas
réellement Miyu qui l’avait adopté, mais plutôt l’animal qui semblait s’être
attaché de lui-même à la jeune fille, qui l’avait nourri et cajolé dès leurs
premiers mois dans la jungle. L’animal, Miyu avait pu à de nombreuses reprises
le constater, semblait être excessivement sensible à la magie.
Hikki
grimpa en piaillant sur le bras de Miyu et se nicha dans son cou. La jeune
fille se mit à rire.
« Arrête
Hikki, ça chatouille !
_
Piou ? »
Ses deux
grandes pupilles noires plongèrent dans le regard de la jeune fille. Il se
faisait assez facilement comprendre d’elle.
« Ah,
tu ne sais pas ? On a un visiteur aujourd’hui ! C’est pour ça que je
vais au ruisseau ! »
Le petit
renard sautilla sur l’épaule de la jeune fille, comme s’il était content pour
elle. Ils ne se comprenaient pas au sens littéral du texte, mais arrivaient
très bien à communiquer. Haj’Maar disait ces animaux doués d’une grande
intelligence, et Hikki en était la preuve incontestable.
Ils
marchèrent jusqu’au ruisseau. Comme Miyu continuait de chantonnait, le petit
animal se mit à piailler sur le même rythme. Quand ils arrivèrent au petit
cours d’eau, elle eut une idée. Elle prit Hikki sur le dos de sa main et lui
fit un sourire.
« Hikki,
tu saurais cueillir du basty ? ( elle traça la forme de la plante avec sa
main et répéta en articulant « Ba-sty »)
_
Piou !
_ Tu peux
m’en ramener trois feuilles ? Tu comprends, trois ?
_
Piou ! »
Hikki
partit en courant, enthousiaste. Miyu sortit sa gourde et commença à la
remplir. Puis elle resta à rêver en regardant l’eau suivre son fil. Elle se dit
qu’au fond, cette vie était relativement agréable. Elle plongea sa main
gracieuse dans l’eau et regarda l’eau la contourner puis l’engloutir. Un
poisson la frôla.
Enfin, elle
vit un petit bosquet s’écarter, et Hikki revenir en traînant trois feuilles de
basty derrière lui. Il avait l’air fier. Il les posa devant Miyu et se mit à
battre de la queue. Miyu l’applaudit.
« Bravo,
Hikki ! Tu as mérité un salaire ! »
Elle sortit
un petit bout de lard de la bourse qui pendait à sa ceinture faite de lianes et
le lança à son petit compagnon qui l’attrapa au vol et le mâchonna rapidement.
« Bon,
allez, je te ramène à la maison ! Tu manges avec nous ce soir !
_
Pia ! » s’enthousiasma Hikki, content d’avoir une amie si généreuse.
L’animal se
nicha dans le creux du cou de Miyu qui se releva. Elle pointa la direction de
la maison.
« En
avant !
_
Piou ! »
Une
explosion assourdissante retentit alors dans cette même direction. De nombreux
animaux s’enfuirent dans la direction opposée, et le petit renard se mit à
trembler.
« Bon
sang ! cria Miyu. Maître ! Monsieur Zarbel ! »
Elle se mit
à courir le plus vite qu’elle le pouvait, ne prenant pas garde aux branches qui
l’écorchaient. Elle vit bientôt les volutes de fumée qui montait vers le ciel
et s’élargissaient, signe d’une terrible incendie. Une odeur âcre commença à
emplir l’air. Elle arriva bientôt dans la petite clairière. Au milieu, il y
avait leur cabane, proie de flammes bleues et d’où s’écoulait du une matière
rougeâtre ressemblant à de la lave. Un sort de feu de très haut niveau.
« Maître !
cria Miyu. Maître Haj’Maar ! »
Elle incanta rapidement un sort de glace et éteint l’incendie d’un coup, laissant libre cours à ses incroyables talents naturels. La fumée noire devint blanche avant de disparaître peu à peu. L’odeur de brûlé se mêla à une acidité de l’air provoquée par l’agitation des particules magiques. Miyu eut un haut le cœur, mais, tenant bon, elle se rua vers la cabane et appela son maître. E