J'aime beaucoup Beck. Le manga, Beck.
C'est un Shonen. Sauf que c'est un Shonen intelligent. Comme dans tous les shonen qui se respectent ça commence avec un looser quelconque qui est en fait très doué dans un truc, progresse, fait des tournois et vise la gloire et l'amour. En l'occurence, pas de ninja, mais du rock'n'roll. Sauf que malgré tout, Beck a ce qui manque a tous les autres pour être freakin addictif.

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Beck est un manga laid, assez xénophobe (et antijaponais aussi, remarquez), qui avance trop lentement, et qui représente un investissement de dizaines de tomes plutôt chers qui se lisent en un quart d'heure chacun. Qualitativement, c'est comme Gantz, donc, sauf qu'en plus, c'est assez laid.
L'anime qui en a été tiré, quand à lui, est carrément indigent, bande son mise à part. Oui, la musique de l'anime claque. Heureusement, parce que le chara design est foireux, l'animation inexistante (et recourrant aux économies les plus dégueulasses à base de plan fixes, de réutilisations de plans et de personnages parlant de dos. Tout le temps), et le rythme encore moins bien géré que dans le manga. La version française est quand à elle confondante de débilité, avec en particulier la voix de Maho, supposément anglophone, qui s'exprime avec un accent franchouillard consternant "You fouquingue bastarrrde go aoué". La voix de M. Saito, je préfère ne même pas en parler, imaginez un quadragénaire pervers qui parle en français avec la voix de Renge dans Air Master, et pleurez. Oui je sais, la VF cay le mal. Mon disque dur est plein, je n'ai pas envie d'acheter cet anime, et il parrait que la ministre de la culture kiffe le streaming anarchique -elle ne sait pas que c'est illégal, mais elle dit beaucoup de choses*-.

Un point sur le racisme et l'auto-dépréciation.
Beck, si ça sortait en France dessiné par un auteur français, même le Club de l'Horloge ne voudrait sans doute pas l'éditer. En gros, dans BECK, les japonais sont minables, faibles et lâche. Mais c'est rien à côté des gaijins. Pervers, moches, violeurs, tueurs, dealers -surtout les noirs !-, escrocs, les étrangers représentent SYSTEMATIQUEMENT quelque chose de négatif dans les pages de BECK. On est assez loin de la subtilité d'un Naoki Urasawa dans Monster, avec son médecin fugitif japonais perdu au fin fond de l'allemagne de l'est des nineties.
Ajoutez à ça que, bien sûr, dans Beck, les japonaises sont des prudasses avec les pieds en dedans et que les étrangères -ou les japonaises exilées- c'est des putes.
Le fait que les japonais soient montrés comme un des peuples les plus lamentables de cette galerie qui oscille entre la carricature et le sérieux un peu dérangeant neutralise un peu la vision profondément anti-occidentale de ce manga.

Alors, voilà, Beck, ça marche quand même. C'est laid, c'est douteux, ça sent la frustration nipponne à chaque page, c'est relativement prévisible (une galère, un entrainement, on surmonte la galère avec des efforts, le héros devient plus fort, puis une nouvelle galère, un entrainement, etc.) et chaque tome coûte à peu près 50 centimes la minute de lecture.
Mais pourquoi ça marche ?

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Parce que l'auteur de ce truc y croit. ca se sent. Il aime ce qu'il fait, il y a une passion totalement énorme dans Beck. Quand les personnages vibrent, l'auteur vibre. Le lecteur vibre. On entend leur musique, on est avec eux dans la salle de concert. Et à chaque fois, on se laisse avoir : Beck a une intensité presque surnaturelle.
Et l'autre truc, c'est le héros. Koyuki. Naruto, on ne va pas en débattre, pas la peine. Mais étendons au héros de Shonen de base. En gros, c'est systématiquement un mec doué, qui part de 0 et qui, à force de sang et de larmes, atteint le niveau over nine thousand. Parfois, il l'atteint même dès le premier tome (Yakitate Japan, ou le héros a déjà ses 40 et quelques recettes de la mort dans la manche), voire avant (Kensin le Vagabond est déjà quasiment immortel quinze ans avant le début du tome 1). Et finalement, on en a vite plus rien à foutre du héros, qui est un petit gars sympa qui n'a qu'a s'entrainer trois ans dans un désert avec des sabliers géants pour vaincre tous les Saïens possibles et imaginables.
Dans Beck, ça a une autre gueule. Déjà, le héros est un mec relativement médiocre de carractère. Gagne petit, renonçant facilement, pas toujours très courageux, changeant assez facilement de flirt et pas très persévérant, tombant assez souvent sans forcément se relever. Au début du manga, il a 14 ans, et on était tous comme ça à 14 ans. Même quand on était doués dans un truc (dans le cas de Koyuki, le chant), la plupart des trucs qu'on faisait étaient merdiques (d'ailleurs, Koyuki est relativement une daube à la guitare et le reste longtemps), et quant au relationnel... C'est pas la période la plus top. C'est peut-être le seul shonen ou j'ai ressenti ça : quand Koyuki a 14 ans, on sent qu'il a 14 ans. Plus les tomes et les années passent, plus il évolue normalement. Pas comme un mutant qui est capable en trois mois de passer de n00b de la jungle à destructeur d'une armée de fourmis antropophages avec sa licence de Hunter en règle. De ce point de vue, la lenteur de ce manga le rend terriblement crédible.

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Beck, c'est l'illustration parfaite de deux qualités qui manquent a bien des auteurs : arriver à pondre un héros attachant, et faire baigner son oeuvre dans une ambiance en permanence intense.
D'ailleurs, à chaque fois que le manga s'éloigne de cette ambiance de petit groupe qui monte en puissance (par exemple, pour nous raconter comment un des personnages se fait torturer par les vilains rappeurs qu'il a arnaqué aux states), c'est à la fois grotesque et sans le moindre intérêt. Mais que Koyuki se pose des questions pendant dix pages pour savoir si ça vaut le coup de jouer de la guitare ou s'il vaut mieux aller draguer, là on y croit à fond la caisse.

Yay.

* Mais si c'est du streaming illégal sur une plate-forme appartenant à TF1, est-ce que c'est vraiment illégal ?1227796916339

Un bonus : un morceau de bravoure des doubleurs en folie

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