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Pour le contexte et la petite histoire, sachez que ce film a été signé par un routard de la série Z Direct to Video, Phillip J. Roth (rien à voir avec l'écrivain du même nom), producteur, scenariste et réalisateur de grosses daubes burnées à base de Robots tueurs et d'Animaux enragés. On lui doit entres autres le grotesque A.P.E.X ou, en 2003, une belle ligne dans la nanardographie de Lorenzo Lamas avec Dark Waters. Une ligne contenant des requins et des poulpes géants en 3D.

Alors, au départ, il y a l'armée américaine. C'est l'armée la plus puissante du monde, la preuve : ils ont une super structure souterraine secrète composée de deux salles à peu près vide ou des ordinateurs des années 70 (un écran jaunâtre et un clavier poussiéreux comme dans tous les laboratoires secrets) qui, parce que c'est ce que font les ordinateurs ultra-perfectionnés, vocalisent absolument tout ce qui se passe sur leurs écrans.

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SCIENCE !

Grace à ces ordinateurs du futur, l'armée américaine a pu construire des robots, des rayons lasers, et d'étranges petites calculatrices à fixer sur son bras bionique, lesquelles servent de radar, d'outil de communication, de viseur, et d'outil top-fasion, trop bien pour emballer de la meuf. Bien sûr, il n'y a plus le moindre budget pour laver les armures des soldats, mais c'est pas grave. La rouille et la crasse, ça fait baroudeur.
Et bien sûr, il y a l'arme ultime de l'Amérique. Le Digital Man. On va y revenir.
Cette superstructure est dirigée avec une poigne de flan par le général Roberts, sorte de croisement entre l'inspecteur Derrick et un fromage à pâte molle. Roberts, il a des petits yeux et il engueule ses subordonnés. C'est parce qu'en fait, c'est un putain de salaud de méchant. Alors que le Capitaine West, campé par un Adam Baldwin qui a du recevoir sa déclaration d'impôts et le script du film le même jour, lui, il est brave et droit. Son air constipé et convaincu en sont un témoignage vibrant.

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Mouhahaha

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Adam Baldwin, tout en retenue, qui semble bailler aux corneilles les 3/4 du film

Un beau jour, ou peut-être une nuit (les alternance jour-nuit étant assez aléatoires dans ce film), une bande de terroristes hystériques entrent dans une structure de lancements de missiles nucléaires de l'armée américaine. D'accord, c'est un peu étonnant, vu qu'ils ne sont que quatre, et que leur Q.I additionnés semble avoisiner celui d'une banane. Mais on comprends mieux quand on s'aperçoit que la structure en question est juste une cabane dans le désert gardée par DEUX soldats (premier grand moment de bravoure du réalisateur : les soldats sont attachés et baillonnés. Les terroristes les flinguent. L'un d'entre eux agonise en agitant ses bras. La mort libératrice, sans doute ?) C'est une bonne technique de camouflage, le coup du cabanon. Qui pourrait penser qu'il s'agit d'une base de missile nucléaires ?

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Ce terroriste a une des meilleures répliques du film. "Alors, ça fait quoi de contrôler le monde ?" "C'est chouette mais faut quand même que j'aille pisser !"'
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Deux figurants même pas foutus de garder les mains dans le dos quand ils sont attachés (ou, au choix, un réalisateur même pas foutu de trouver cinquante centimètre de corde pour attacher deux figurants)
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Les deux milliards de dollars, c'était pour se payer des cours de crédibilité ?

Après un grand moment de sobriété actor-studiale, les terroristes arrivent à dérober les codes de lancement de 250 missiles nucléaires et réclament la somme de 2 milliards de dollar aux USA (ce qui est, admettez-le, modeste, par rapport à la perspective du lancement de 250 ADM). Loin de vouloir céder, le gentil Capitaine West envoie l'arme suprême des USA à la rescousse...

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LE DIGITAL MAN !

Sosie de Jacques Chirac, ce Terminator de bazar, engoncé dans une armure de plastique est totalement invulnérable. C'est plutôt une bonne chose, vu qu'il va passer tout le film à se traîner comme une limace en atomisant ses ennemis avec son énorme mitrailleuse, avant de repartir errer dans le désert pour recommencer son carnage une demi-heure plus tard. Le Digital Man est campé par Matthias Hues, bodybuilder abonné aux rôles de grosse brute insensible (comme le Digital Man est un robot sans émotion et quasiment sans dialogue, ce rôle semble taillé pour lui, ne nécessitant aucun talent d'acteur et un corps baraqué). Si, au naturel, Hues ne ressemble pas à Chirac, la coupe gominée, son côté engoncé dans une armure de playmobile et la grimace de constipation figée sur son visage de tueur métallique lui donnent (surtout de profile) un véritable air de famille avec notre ancien président, période Maire de Paris.

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T'as insulté Bernadette ? Ca va chier.

Les terroristes ne font pas long feu. Ils vident moult chargeurs et grenades sur le monstre, avant immanquablement se faire dégommer et de mourir de manière effroyablement peu crédible, dans un océan de flammes et de ketchup. Le tout au ralenti (au passage, on notera le côté multifonction du gros calibre du Digital Man : un coup, c'est la cible qui explose, un coup, le mur derrière lui et parfois, elle se contente juste de créer d'énormes incendies un peu partout). Après ce joli massacre, le D-One (son petit surnom) atomise la maquette du centre nucléaire secret, comme ça, parce qu'il déconne pas, le Digital Man. On s'aperçoit qu'en plus d'être peu gardé et minable, le centre était constitué de carton.

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Argh Argh !

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BRAOUM

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BROUAM !

Après ce moment de bravoure, le Digital récupère les codes des missiles et se fait évacuer par une navette en mauvaise 3D.

L'opération est une réussite, mais Derrick est mécontent, sans raison particulières (il accuse ses hommes d'avoir utilisé un prototype foireux, mais s'en servira lui-même dans la foulée pour récupérer les codes. Serait-il con comme une brique ?). On notera dans l'engueulade l'arrivée d'un médecin (ou mécanicien) qui, non content de voire déjà figurer un lookalike de Chirac au casting, y adjoint Philippe Gildas (Paul Gleason, pas franchement un acteur nanar, mais pas non plus abonné aux premiers rôles).
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Cet acteur ne sert à rien.

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Envoyez immédiatement une équipe pour que mon plan démoniaque soit révélé à tous !

Après quelques scènes particulièrement floues et molles, la navette qui évacue notre Terminator du RRP est détournée et ses pilotes abattus par un cyborg en roue libre. Chichi se crashe donc au milieu de nulle part, se reconfigure, et décide de balancer les missiles dont il a récupéré les codes. Le « pourquoi » restera assez obscur.
Pour arrêter Mad Chirac, l'armée décide d'envoyer une bande de bras cassés, l'équipe A2 composée d'humains et de cyborgs (aucun ne sachant vraiment s'il est humain ou cyborg, ce qui donnera lieu à pas mal de quiproquos sans intérêt). L'équipe A2, c'est cinq clowns en armure rouillées, équipés de grosses pétoires, et dont l'unique stratégie est de foncer dans le tas, en hurlant et en cramant à peu près tout ce qui passe. A l'entrainement, on apprend égaklement qu'ils sont doués pour tabasser des ninjas (!) virtuels à coup de pied.. L'équipe est multiculturelle comme il se doit : un chinois et un noir qui se font des vannes, un garçon manqué, un bellâtre et une bonnasse (moche). Tous jouent comme des pieds, avec une mention spéciale au -passez moi l'expression- bamboula de service, Jackson.

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now that's the U.S !

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Sherman Augustus, acteur dont le pinnacle de la carrière a été un rôle de détective dans Les Feux de l'Amour

Ahhh.... Jackson. Singeant Eddie Murphie (bien aidé par un doubleur qui donne du « eh mec » toutes les deux phrases), cabotinant à mort, roulant des mécaniques, fuyant vaguement face au danger avant de se sacrifier héroïquement pour son chef blanc et bellâtre (et, bien sur, continuant de faire des blagues de de fond de neuf trois sur son lit de mort).

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Eh mec ! T'as vu comme je joue bien ? Zarma !

La bataille entre la 7è compagnie cyborg et le tas de ferraille post-giscardien va se passer dans la ville de Badwater, ancien site d'essais nucléaires, habitée par des habitants qui, je cite « ont l'habitude des expériences de l'armée, donc ils ne poseront pas de question ! ». Les citoyens, éléments « comiques » du film, sont les pires ploucs du monde, idiots, baiseurs, incultes et cradingues comme il se doit.


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Now That's U.S too. A noter que le redneck de droite est joué (si on peut appeller ça jouer) par le frère de Patrick Swayze.

Desespérément à la recherche d'une antenne satellite pour expédierses missiles le Digital Man arrive mollement en ville, interrompt le seul plan nichon du chef d'oeuvre (Chase Masterson, bisseuse plutôt jolie mais dont on ne retiendra ici que le rôle particulièrement débile, et le fait qu'elle se ballade en soutien-gorge pendant tout le film) et, après quelques sommations pour récupérer une antenne satellite, se met à tirer dans le tas (et à atomiser l'antenne en question, mais il est comme ça, le Digital Man. Faut pas l'emmerder !).

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Chirac admirant la fracture sociale.

Le film prend alors des proportions dantesques. Pendant une heure, ce n'est plus que fusillades ridicules entre le Digital Man et les bras-cassés, systématiquement interrompus par les ploucs du coin, qui semblent prendre un malin plaisir à se faire flinguer. Les scènes, regorgeant de ralentis mal maîtrisés, d'acteurs grimaçants, d'explosions sans motifs, de trampolines, de mannequins en mousse bourrés d'explosifs, d'accidents de voiture d'explosives (oui ce film explose beaucoup), d'atomisations de maquettes en carton. La plupart des acteurs du casting y passent : quelques ploucs, le garçon manqué, l'asiatique de service... Un véritable bain de sang nanar, qui se paye en plus la prétention d'insérer quelques plans à la « Sergio Léone » avec duels yeux dans les yeux et musique western. Le tout si mal filmé qu'avec la musique de Benny Hill, on aurait presque pu y croire.

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BROAM !

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BADABOUM !

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IIIIIowwww BRRRRRRRR

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Ratatatatata BRAOUUUU

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Et en vedette, la balle a explosion différée. D'abord elle te transperce, puis le décor explose.

Pendant ce temps, dans la base secrète des USA, Adam Baldwin a mené sa petite enquête dans le dos de l'Inspecteur Derrick, qui est hautement mêlé à tout ce merdier. Cette partie du film représente un flottement dans l'action assez pénible, vu qu'il ne se passe absolument rien, que les dialogues frisent la dissertation sur le vide et sur l'abstraction. Un dialogue entre Badwin et son adjointe m'a semblé particulièrement intense.

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cocktail d'emotions...

« Il faut percer le code, déterminer d'ou le signal a été transmis...
_ Cela risque d'être heu... Académique (sic)
_ Ce qui signifie... ?
_ Heu... J'ai trouvé les données de transmission d'une partie de ce terminal et s'adressant à la base de lancement juste avant qu'elle soit piratée. Le code employé pour la transmission est celui d'un officier supérieur !
_ Lequel ?
_ Il me faudrait un peu de temps pour le trouver, le code a été a été encrypté.
_ Poursuivez, Je vais voir Roberts
_ Non, attendez. Réfléchissez d'abord !
_ Que voulez vous dire, Fredericks ?
_ Rien, sans preuve suffisante... »

Comment gagner trente seconde avec du néant...

Malgré les avertissements confus de son assistante, il finit par aller faire part de ses doute au général Roberts, qui s'empresse de le liquider, de liquider Philippe Gildas, et, un peu plus tard, l'assistante blonde d'Adam Baldwin. Bref.
Après avoir zigouillé son quota de redneck, le Digital Man va s'enterrer dans une ancienne base de lancement de missiles (ou une mine, je ne sais plus, j'ai déroche), ou un truc dans le genre (en gros un endroit composé d'escaliers, de couloirs vides et de tuyaux qui fument). Les rescapés de l'équipe A2 s'y engouffrent également, pour une bataille finale complètement crétine où le plan des gentils repose essentiellement sur la capacité des deux ploucs du coin à appuyer sur un détonateur à la bonne nanoseconde près. Quelques morts débiles plus loin (l'essentiel des personnages se font tuer de la même manière : après avoir épuisé les munitions de leur gatling laser, ils restent planté devant le Digital Man en vidant leur chargeur de pistolet comme si ça allait être plus efficace...), autre grand moment de bravoure.

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Ceci est un chinois en train d'exploser.

Le chef du commando, campé par Ken Olandt, acteur grimacier abonné aux rôles de troisième catégorie, se pique de vouloir lutter au corps à corps contre ce monstre d'acier. Après s'être pris la branlée du siècle, il est miraculeusement sauvé par sa copine revenue d'entre les morts, il se souvient que depuis le début, il avait sur lui un boîtier elctro magnétique capable de dézinguer notre pauvre terminator au rabais. Grands moment de FX à l'écran. Dépassé en 1995, date du sortie du film, les effets spéciaux de Digital Man ne l'auraient pas moins été en 1990, voire en 1985. En 2007, ils acquièrent du cachet, comme ces vieilles cochonneries très moches retrouvées au fond des greniers et dont rafollent les mauvais antiquaires.

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Si les gatling laser ne marchent pas, essayez les coups de pieds.

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Le Digital Man, terassé par une surimpression de Magic Light.

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Comment résumer tout un film et toute une carrière cinématique dans une seule image.

Alors que tout semble gagné, nos deux andouilles découvrent que le Digital Man était dès le départ programmé pour agir de la sorte. Hmmm... Y-aurait-il un complot incompréhensible qui aurait poussé un haut gradé de l'armée à crasher un robot nucléaire au milieu de nulle part pour le faire errer à la recherche d'une antenne de télé pour déclencher la troisième guerre mondiale ?

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I was the bad guy all along


TADAAAA
Débarquant dans son pyjama kaki, le colonel Roberts explique à tout le monde que oui, c'était bien lui le méchant. Après quelques propos obscurs sur la différence entre les soldats cyborgs et les soldats humains, Roberts est finalement vaincu (lâchement) d'un coup de fusil dans le dos asséné par...

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Eh bien non. Vous ne saurez pas. Trop facile. Sachez simplement que ce retournement de situation final est aussi con que le reste du film.

Digital Man est un nanar d'action contenant une galerie de personnages d'une connerie effarante alternant les scènes de dialogue mous de la chique et obscurs avec des scènes d'action complètement barrées ou les acteurs rivalisent de grimaces et de cabotinages, le tout sur fond d'explosions au ralenti et de moments de bravoures grotesques qui n'auraient pas fait tache en tant qu'oeuvre de jeunesse de Michael Bay. Pas un chef d'oeuvre du genre non plus, quelques longueurs regrettables, mais une bonne petite ânerie à regarder entre amis.

Tous les acteurs de Digital Man ne sont pas mauvais comme des cochons, la plupart ayant tout de même une carrière à peu près « normale » de seconds rôles dans des séries TV. Mais, dans cette production fauchée à la réalisation se payant le luxe d'être à la fois prétentieuse et inexistante, le pire de chacun se met brutalement à crever l'écran (même Adam Baldwin, dans un des rares rôles ou il joue autre chose qu'un tueur psychopathe, à l'air de mourir d'ennui), à l'exception notable du germanique Matthias Hues, qui d'ailleurs ne fait tellement rien à part être planté dans le désert avec sa grosse mitrailleuse qu'on se demande pourquoi ils ont été débaucher un bodybuiler nanar pour ce rôle. Un mannequin sur roulette aurait suffi.