Ca y est, le machin est passé, passera au Sénat, sera censuré par l'Europe, sera mis à la poubelle dans deux ans, aura couté 100 millions d'euros. Dans trois ans, un Hadopi 2 ou les deux ou trois majors restantes se rouleront par terre en hurlant parce que lé intairnote son méchan. Ca sera le comphlie, et rebelotte, jusqu'à ce que toute l'industrie des incunables soit passée au forceps à un nouveau modèle basé sur la circulation et la multiplication des fichiers numériques. Amen. C'était au passage un des plus grands moments de n'importe quoi jamais vu dans une assemblée élue qui ne soit ni le Mexique, ni la Corée du Sud.

Je sais, je sais, la moitié du net français est déjà constituée d'articles sur Hadopi (le reste étant 40% de Porrn et 10% de skyblogs), mais je voulais donner un point de vue économique sur ce sujet. Pas un truc auquel j'ai pensé moi-même, hein !

Il n'y a pas longtemps j'ai lu Freakonomics. Ce livre a changé ma vie, ne serait-ce que parce que ça parlait d'économie et que je l'ai lu en entier. La Freakonomie est cette branche expérimentale de l'économie qui étudie des faits socio-economiques très sérieux sous l'angle de problèmes loufoques (exemple : comment établir un algorythme pour déterminer s'il y a de la triche dans les tournois de sumo ?).

Il y avait là-dedans un chapitre consacré à la répression du crime et au concept de punition s'ouvrant sur un constat très simple. Qu'une ville ait un policier par habitant ou un policier pour dix mille habitants n'est pas du tout un facteur déterminant dans la criminalité (on le sait, la criminalité en angleterre a fortement diminué depuis que toutes les rues principales des rues sont filmées... Et s'est déplacée symétriquement dans les rues et faubourgs non surveillés). Les auteurs démontrent que la légalisation de l'avortement a eu un impact bien plus énorme que toutes les mesures sécuritaires imaginables (les régimes les plus affreux, Chine et compagnie, sont des régimes ou fleurissent crime, contrefaçon, corruption et émeutes...). Pourquoi ? Parce que les avortements touchent pour beaucoup des femmes ne pouvant pas avoir d'enfant; et que l'assistance publique produit beaucoup d'enfants délinquants (les filles-mères également). Or dans tous les pays ou on a 20 ans de recul sur l'avortement, on constate à peu près symétriquement une baisse de la délinquance, nombre de personnes à problèmes n'étant pas nées. Cette théorie d'apparence foireuse a quand même un certain bon sens.

Appliquée à Internet, elle revient à dire que pour empêcher le "crime" de se produire, il aurait fallu qu'il ne soit pas techniquement possible. Spoiler...

L'idée qui m'intéressait n'était pas celle-ci, mais une idée relative au concept de punition. L''humain étant essentiellement motivé par ses principes et les motivations qui l'affectent. Un principe, c'est ce qu'il accepte ou non de faire. Une motivation, c'est "oui mais je vais me faire chopper si je le fais" / "oui, mais je gagne beaucoup à le faire" etc. Le sentiment d'impunité est fort sur Internet (il le restera).
Une étude réelle, reprise par les auteurs de Freakonomics, parlait d'une série de crèches en Israël ou une partie des parents (8 par semaine) venaient chercher leurs enfants en retard. Des économistes, pour tester la motivation de la punition, ont fait infliger une amende de 3$ aux parents retardataires (considérant que moins, ce n'était même plus une amende et qu'au dela, c'était disproportionné). Le nombre de retard fut immédiatement multiplié par deux et demie.
Pourquoi ? Parce que la peine lavait le sentiment de culpabilité, en ne reorésentant que 60$ par mois pour les parents les plus indignes. Au lieu de punir les parents, ces garderies avaient instauré une sorte de licence globale consentie par les parents. Pour 60$ par mois, qu'on supposait réinvestis par la crèche, ils pouvaient confier leur moutards à la crèche sans se préoccuper de l'heure.
On pourrait se dire qu'une amende de 50$ aurait dissuadé les parents. Or, si demain l'heure de garde en plus passe a 50$, il est évident que les parents les plus honnêtes iront faire garder leur gamins un peu plus loin, et que les autres ne manqueront pas de fréquenter rapidos les crèches a 30$ sans amende de la mafia. C'est aussi un fait économique reconnu : quand le risque est trop grand, une alternative moins risquée apparait. Les gens ne se sont jamais autant saoulés que pendant la prohibition.
Devant l'échec de la mesure pour responsabiliser les parents, la sanction est supprimée. Bien sur, le taux d'infraction, vu les habitudes prises, est désormais bloqué à 20 retards par jour.

Les Internautes (presque tous) sont des parents retardataires. On a pensé à leur faire payer une amende légère et consentie (la licence globale) dont les bénéfices auraient été réinvestis dans la création artistique. On voit que le principe n'est pas génial (il enterine les habitudes de gratuité, remettant en cause le modèle économique actuel qui devra s'adapter encore plus vite). Cependant, ce système qui marche mal est déjà en place dans les bibliothèques (c'est le droit de prêt payé par les collectivités territoriales) et dans toutes les administrations disposant d'une photocopieuse (délicieux photocopillage). Si demain les photocopies étaient interdites, vous vous rueriez sur les manuels scolaires ?
La sanction un temps envisagé (faire payer au proraté du nolmbre de fichiers violés) serait revenue à imposer une amende de 100€ aux retardataires, tous les jours. Bien sûr, ils auraient changé de crèche.
L'Hadopi, c'est l'interdiction d'entrée dans la crèche pour les enfants. C'est une philosophie. Mais elle revient à considérer que le fait de se voir supprimer le droit à la crèche provoque l'embauche immédiate d'une gouvernante (parce que depuis que les crèches ont ouvert, les gouvernantes sont à la rue) par le sanctionner.

On en revient à ce principe de base de l'économie : on ne fait pas acheter des gens en leur tapant dessus (c'est une motivation négative). Les ventes de jus de fruit n'ont pas explosé pendant la prohibition. Les morts d'alcool frelaté, si. L'Hadopi prends le pari inverse, en espérant que la terreur fera vendre des disques. La terreur ne fait pas vendre de disque : elle se contentera de vider uTorrent et de remplir megaupload. Et, devant la facilité de contournement (et la VOLONTE de contournement, de la part d'internautes déjà déculpabilisés par quinze ans de non-sanction) de la loi, elle fera augmenter (encore) le téléchargement illégal.

Pour reprendre l'exemple de la crèche, on pourrait dire que "la seule industrie qui résiste*", le jeu vidéo, a adopté une philosophie différente. Si quelques parents arrivent à être en retard, pour 90% d'entre eux, c'est impossible. On va les chercher en bus, on les amène à l'heure devant l'école, et on leur dit "c'est 70€ ce mois-ci. Si vous êtes sages, ca sera 30€ dans deux ans, 15 ou 10 si vous allez à la crèche "PC". La console ayant toujours une grosse longueur d'avance sur la démocratisation de la piraterie (qui peut graver un blu ray, aujourd'hui ?), là ou le disque a trois trains de retard. La prochaine étape (enfin pas immédiate, dans quelques années...) c'est le cloud gaming**. Le cloud gaming est imparable, vu que le jeu est "captif" de son émetteur. Tu payes pas, t'entres pas. Bien sur, le cloud gaming sera contourné. D'abord contourné par quelques gros malins qui feront des serveurs pirates pour faire tourner des jeux, puis, au bout de quelques années, des logiciels tout simples et tout con permettant à tout un chacun de cloud gamer gratos. Mais là, les gros malin qui bossent dans la hi-tech auront trouvé autre chose pour faire cracher leur pognon aux gamers. L'Hadopi donne envie de fuir, L'Industrie du Jeu Vidéo donne envie d'acheter. Marrant que mon budget JV soit si énorme (plus de 50% de mes achats de produits culturels, je pense) alors que j'ai tout a fait les moyens de pirater ce que je veux quand je veux (a part sur ma Xbox360...).

Enfin bref, voilà.
L'Hadopi ne fait peur qu'aux neuneus (in b4 liberticide, oui c'est liberticide. Mais si demain Andorre déclare vouloir se doter de la bombe a neutron et raser les USA, ça n'en fera pas une menace pour autant), mais en ce qui me concerne, elle me laisse pantois.

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* On devrait dire "le seul domaine ou les majors classiques ne se cassent pas la gueule". 2008 : année record du nombre de spectateurs en salle en France et année record de fréquentation des concerts. Oui, oui, le budget culturel des français est stable. Les vils pirates n'enterrent pas leur coffres en bois pleins de pierres précieuses sur l'île de la Tortue. Dingue.
** Pour les non-geeks, en gros, actuellement, quand vous jouez à un jeu un minimum élaboré, il faut au minimum télécharger quelque chose, voire avoir un disque ou une cartouche à mettre dans votre console. Bref, d'une manière ou d'une autre, le jeu est "chez-vous" (ou sur votre disque dur). Le Cloud Gaming supprime ce support. En gros, connecté à Internet, c'est le serveur de l'émetteur du jeu qui fait tourner votre partie et vous envoie l'image de ce que vous êtes en train de faire. Bien sûr, ça implique des connections qui marchent TRES TRES BIEN et des serveurs en BETON de l'autre côté. On en est pas encore là.



Edit : ah si, quand même dans toute cette histoire d'Hadopi, il y aura quand même eu un truc énorme que j'avais pas vu venir, c'est le fait que le vieux Baba Cool de Forrestier traite les internautes de nazis (enfin, d'allemands, ce qui a l'air d'être un synonyme dans sa bouche). Quand j'ai lu ça, je me suis bidonné tout seul comme un con. C'est tellement énorme comme prise de position que si ça avait été prononcé par un artiste de gauche, j'aurais cru à un canular.
Sacré Maxime, va.

(j'attends encore celui qui nous dira que Boris Vian ou Georges Brassens, s'ils avaient vécu, auraient soutenu cette loi antifasciste. Si GARCIA LORCA avait vécu...)