Alors, voilà, contrairement à Rorschach, je ne suis pas Loyal Bon : face à l'Apocalypse, j'ai fait un compromis.
(Loyal Bon Loyal Bon Loyal Bon. Je le dirais jusqu'à ce que tout le monde admette que c'est le seul personnage de Watchmen qui est Loyal Bon. Il ne fait jamais de compromis. Jamais de compromis, jamais de compromis, jamais de compromis).

Je disais donc, j'ai fait un compromis.
Quand je fais une review, j'aime bien me pencher autant sur le texte que le paratexte. Parce que mettons que le meilleur boulanger du monde te fasse le meilleur bout de pain du monde, et te le vende 23€. Ben tu t'attends à te régaler. Si le serveur de la boulangerie te l'enfonce dans la tronche en disant "TIENS VOILA TON PAIN ENCULE DE MERDE !1!$", forcément, ça aurait l'air juste un peu moins bon.

J'aurais énormément à dire sur l'emballage et le service commercial de l'excellent pain qu'est La Langue du Silence, premier tome de la saga Au Dela de l'Oraison, le roman de Samantha Bailly (ADDO pour les intimes, hein). Mais, désireux d'éviter de lancer un pavé dans la mare, je vais, comme un pleutre que je suis, respecter mon engagement et ne commenter que ce que j'ai à commenter : le manuscrit. ca va être dur.

ADDO, j'avais lu le manuscrit à peu près en entier. C'était bien. Sur du papier et lu dans un train entre Bar-Le-Duc et Nancy, c'est encore mieux.
Pour l'histoire, je passe, c'est de la bonne fantasy. Une histoire de gamine assassinée, de fanatisme religieux et de vengeance sur fond de guerre coloniale imminente. Propre, sombre, efficace.
Pour en savoir plus, peut-etre voudriez vous lire la 4è de couverture ? lisez le roman. Sautez l'interlude de la première partie, et attaquez directement le chapitre 1.

Je me suis demandé, en lisant ce livre et en oubliant l'introduction de la première partie ce qui fait un bon roman de fantasy. 400 pages et une carte, certes. Mais c'est plus que ça. Un univers cohérent, aussi. Celui d'ADDO l'est, assurément. Un univers petit, esquissé, mais absolument cohérent. Oui, un univers cohérent. Mais ce n'est pas tout. Un style fluide, ADDO l'a aussi. La petite musique jouée par Samatha Bailly, le rythme faussement lent imposé au lecteur, les coquilles qui font rire comme dans le T2 du Sablier du Temps, et l'harmonie qui se dégage du tissu relationnel que Miss Bailly construit entre ses personnages, tout ça fait un bon roman de Fantasy.
Il y a quelque chose en plus, le petit truc décisif qui fait passer un bon roman de fantasy (mettons un Moorcock écrit sur un coin de table sous LSD en 1970) en EXCELLENT roman de fantasy. C'est, je pense, la relation presque charnelle et passionnée qui peut naitre entre un auteur et son univers. C'est une volonté de rendre cet univers presque palpable et présent pour le lecteur. Samantha Bailly, et je le sais pour la connaitre un peu, elle a déjà dormi en sous-vêtements avec moi, aime son univers. Elle se bat pour le faire vivre et le rendre aussi merveilleux à ses yeux qu'au notre. Et c'est pour ça que ça marche.

Au dela de l'Oraison fonctionne à merveille parce qu'il est bien écrit, passionnant, passionné, et qu'il mêle à merveille un ton mélancolique, une gaité un peu feinte et une ambiance naïve et sombre où le lecteur prendra un malin plaisir à voir les innocentes et (volontairement agaçantes) héroïnes aller de déboires en déboires dans leur quête de paix et de vengeance.
On aurait tort de s'arrêpeter à un supposé côté "Girly Fantasy écrite par une jeune blonde de 20 ans". ADDO est tout sauf ça. C'est un roman mature, cruel et captivant. A recommander dans les chaumières, et PUTAIN IL SORT QUAND DEJA LE TOME 2 ?

Voilà.

Heu, non, pas voilà en fait.

Je viens de me relire, et j'ai quand même un peu trop passé la brosse à reluire. Copinages et compagnie. On croirait Michel Drucker ou Karl Zero.
Faut que je dise de la merde sur le texte aussi (a défaut de mettre tout le monde mal à l'aise en endossant mon costume cintré de Grammar Nazi).
Alors, oui. Il y a un problème majeur qui fera qu'on me taxera de malhonnête à la lecture de cette review.
Le début du roman est pas top. Ca, clairement, c'est un petit pépin. C'est bien de partager un défaut avec Tolkien, remarquez. Mais clairement, les 50 premières pages d'ADDO sont déstructurées, sonnent mal voire faux et il faut tout de meme s'accrocher rude pour voir le bout du tunnel vers la motherf.... page 56 et l'arrivée du personnage d'Alexian où le roman prend un envol qu'on attendait avec impatience. Par bonheur, les 400 pages suivantes sont du pur sucre.

PUTAIN C'EST QUOI CETTE INTRO CA SERT A RIEN ON S'EN FOUT DES HISTOIRES DE COUCHE CULOTTE DE L'IODEN SERIEUSEMENT LES MECS ACHETEZ CE BOUQUIN MAIS SAUTEZ SON INCIPIT BORDEL CE ROMAN AURAIT ETE TELLEMENT ORIGINAL SANS CA C'EST COMME SI ON VOYAIT SEPHIROTH DANSER LE FRENCH CANCAN AU DEBUT DE FF7 CA SERAIT RIDICULE, CA METTRAIT TOUT LE MONDE MAL A L'AISE ET CA N'AURAIT AUCUN INTERET

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