Faisait longtemps qu'un roman ne m'avait pas mis dans une telle SUPER RAGE. Rendez-moi mes trois... Non, attendez, avant de crier ça, fendons nous d'une critique.

(NB : non vous n'aurez même pas droit à la couverture. C'est tellement agaçant que je ne mettrais pas la couverture. Je peux vous la décrire : y'a des nazis dans des robots sur le mur de l'Atlantique.)

Dans un sens, difficile d'espérer beaucoup d'un livre dont les ressorts sont les nazis et les voyages dans le temps, qui sont un peu les croûtons de pain mous flottant à la surface fromagère de la fondue narrative de la science fiction contemporaine.

Soyons lucides, les uchronies impliquant des nazis ne sont jamais réussies. Jamais. La seule exception à cette règle est Le maître du Haut Château, qui, au fond, a plus le LSD comme relai narratif que le nazisme, et qui serait considéré comme raté si ce n'était pas un roman de K. Dick. Les uchronies et la SF impliquant des nazis végètent systématiquement soit dans les mauvaises idées, soit dans le nauséabond. Et, de toutes façons, ce sont les reflets d'une paresse intellectuelle manifeste qui consiste à considérer que le seul pivot historique du XXè siècle fut la seconde guerre mondiale. C'est un tort, au fond, puisque raconter n'importe quoi sur la guerre de Crimée (in b4 XIXè siècle, je sais, merci), la crise des missiles de Cuba ou la chute du communisme passerait bien plus inaperçu en terme d'indigence narrative. Personne ne connaît vraiment tous ces trucs.

Et puis, il y a les voyages dans le temps. L'utilisation correcte du concept de voyage dans le temps, sans que ça soit ni ridicule, ni incohérent, ni complètement lame se résument à une dizaine... poignée... une heu... les doigts d'un type muni d'un seul bras ayant vendu deux de ses doigts restant à un Yakuza. En fait, à part les trois Retour Vers le Futur, les voyages dans le temps ne sont pour ainsi dire quasiment jamais bien utilisés (in B4 Alerte Rouge, qui assume pleinement et entièrement le côté complètement nul et fromager des voyages dans le temps, le pinnacle étant le troisième épisode*). Soit on verse dans l'inutile (Ocarina Of Time, ou chaispasquoi), soit dans le grotesque (Les Visiteurs. C'est sans doute le meilleur exemple de tout ce qu'il ne faut pas faire dans le domaine.) Les voyages dans le temps sont casse-gueules pour une simple et bonne raison : sans même aborder les habituels problèmes de paradoxes, de multivers et de science, le voyage dans le temps en narration implique de pouvoir écrire de manière cohérente sur deux époques. Quand le futur et le passé décrits sont de guingois, ça donne un mauvais remake du Soldat Ryan avec des nazis dans des mechas. Des nazis. Dans des mechas.

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Mais je manque à tous mes devoirs. Je ne vous ai même pas résumé le livre qui me met en SUPER RAGE.

Donc, la Brêche. Tout ce qui me semble incohérent sera ponctué par « ??? », signe de ponctuation n'existant pas, mais cher à l'auteur de ce roman qui a du trop lire de tomes de BD de Jacques Martin quand il était petit.

Dans le futur (disons 2060), les humains maîtrisent le voyage dans le temps grâce à la physique quantique (???). Les militaires s'empressent d'autoriser la plus racoleuse télévision des USA à utiliser cette technologie (???) pour envoyer des gens filmer le passé pour faire de l'audience. Bien vite, la chaîne à l'idée de parachuter deux envoyés spéciaux au coeur du débarquement, à Omaha Beach. Pour éviter le risque de paradoxe temporel, (ce qui implique qu'ils ne doivent parler à personne, ne rien toucher, ne pas péter, ne pas respirer trop fort, c'est répété cinquante fois dans le livre), les deux zigotos se déguisent en soldats (parce que c'est bien connu, un soldat à Omaha Beach, on ne risque pas de lui parler, il ne risque pas de prendre une balle à cause d'un autre, de briser le cours d'un temps manifestement hypersensible, donc ???) et filment le débarquement en direct.
Après quelques péripéties pénibles, le faible-lâche-historien et le fort-désabusé-baroudeur créent un paradoxe temporel (tellement de ??? mais je détaillerais ce n'importe quoi plus loin), ce que des nazis du futur s'empressent de leur dire dans leur oreillette
en leur révélant l'intégralité de leur plan !** (???). Alors nos deux héros prennent les troupes américaines en main (et bien sûr, n'ont aucun mal à convaincre les autres soldats qu'ils ne sont pas caméramans mais des Captain America camouflés, lol) et vont capturer Saint Laurent sur Mer. Mais en chemin, des nazis robots du futur et des mechas nazis du futur s'opposent à eux (???) puisque sans qu'on sache bien pourquoi, le futur de la guerre dépend de la prise de Saint Laurent (??? -> je reviendrais plus tard sur le flou historique qui règne dans le livre). Par bonheur, les militaires, réalisant manifestement que les nazis du futur – le futr qui n'existe pas – les ont doublés (???) envoient des robots avions du futur pour renverser la situation et sauvent la mise. Seul un allemand (un vrai, de 1944) en réchappe et écrit un livre sur les extraterrestres que l'historien avait déjà lu. Dans le futur. Alors qu'avant de voyager dans le passé, ce livre ne pouvait pas exister. Si, si. Et dites vous que ce « ??? » n'est pas la pire incohérence du livre. Nos amis reviennent dans le futur, donc, et apprennent que les militaires avaient en fait tout planifié depuis le début. Exactly as planned etc.

J'explique le plan des bidasses, ça vaut son pesant de cacahuètes.

  1. Envoyer des gens dans le passé

  2. "Oh, merde, ils ont créé un paradoxe temporel et les nazis du futur attaquent".

  3. Ah mais non, en fait, non, on envoie des avions du futur comme ça on gagne quand même.

  4. Heu... Attendez, pourquoi on a envoyé des mecs dans le passé, déjà ? On a failli détruire la Terre.

  5. Oui, mais ça risquait rien, heu...Vous savez.... Les avions.... du futur...

  6. ????

  7. Profit.

Donc, en fait, ils furent envoyé dans le passé, juste pour rien. C'était le plan génial des militaires.

Quand à la pantalonade qui sert d'épilogue à cette triste farce, je préfère la passer sous silence, tellement cela relève de la fatuité et de l'imbécillité. Et je ne dis pas ça parce qu'Amélie Nothomb l'a déjà fait. Amélie Nothomb s'en était plutôt pas mal sortie à ce petit jeu. Christophe Lambert, non.

Bon, vous me direz, des livres fromagers, j'en ai lu d'autre et des pires. Alors pourquoi tant de SUPER RAGE ?

 

Imposons nous de la discipline et un programme en dix points, voulez-vous ?

    I Style déplorable

A quel moment Fleuve Noir a-t-il renvoyé son dernier correcteur ? Ont-ils pendu le dernier attaché éditorial avec les tripes du dernier membre du comité de lecture ? Le style de Christophe Lambert est ici à la limite de l'indigence type interface de Dreamcast ou MMORPG Coréen.

Tout se retrouve concentré dans une utilisation anarchique au plus haut point de la ponctuation. C'est sans doute le paroxysme dans un roman ou les figures de style maladroite se battent en duel constant avec les mots employés pour d'autres et le flou littéraire général.

Mais la ponctuation, oh-Wow.

Avez-vous lu Masquarade de Terry Pratchett ? Le Bon Anglais y avait créé un personnage de godiche d'opéra terminant toutes ses phrases par !!!. Imaginez un narrateur qui pousserait le vice, pendant trois cent pages, à ponctuer sa prose de !?, de !!!, de ?,, et surtout, faut d'une touche «  sur sa machine à écrire, de :).

Oui. :). Deux-points-fermez-la-parenthèse. Smiley. Je suis sur que vous vous interrogez, donc je montre un exmple :

_ Blabla, dit machin à bidule (puis se tournant vers truc :) Tatata. Tu ne penses pas, Zigoto (il regarda Zigoto :)
_ Oui tu as bien raison machin, répondit Zigoto (puis, dansant sur une enclume :) je danse sur une enclume !

C'est affreux.

C'était le défaut le moins grave. J'ai lu des trucs sympas écrits avec les pieds sur des nappes en papier. J'ai même eu de formidables épiphanies en lisant les tags dans les chiottes de la Bibliothèque de la Fac d'Histoire à Nantes***.

II Une profonde cuistrerie en matière de débat historiographique.

Résumons le parcours de Mitch, l'historien-lâche-faible. Au départ, c'est un fanfaron. Il fait des reconstitutions historiques, mais en fait une fois dans la vrai guerre, il aura peur et se révélera à l'instant suprême un héros en devenir. Tellement classique, mais efficace, sans doute. Au début du roman, le discours de Mitch est le suivant :

_ Les gens en ont marre de la macro histoire (pour les profanes, c'est la Grande Histoire, celles des batailles, des Rois et de Joséphine de Beauharnais) et veulent de la micro histoire (Histoire sociologique et s'intéressant à l'individu et à son vécu plutôt qu'aux masses).

Mitch, sur un plateau de télévision, se retrouve face à de vieux historiens poussiéreux en noeud papillons (en 2060, oui, imaginez vos petits frères dans 50 ans, avec un noeud pap) qui lui soutiennent que « L'Histoire sert à ne pas répéter les erreurs du passé » et qu'il faut réétudier la macro histoire.

Mon Dieu. Et c'est supposé se passer dans le futur ?

PITIE DITES MOI QUE J'AI MAL LU ! Quand l'auteur de ce nanard viendra, j'espère, m'objecter qu'il est un génie****, pitié, qu'il me dise que j'ai mal lu.

En première minute de première année de fac d'Histoire, on apprend deux choses.

Petitun, l'Histoire ne sert pas à « ne pas répéter les erreurs du passé ». Plus aucun historien ne le prétend depuis heu... Michelet ? Voltaire ? Xénophon ? Bon sang, si l'Histoire servait à ça, quel gigantesque fail, autant arrêter tout de suite de l'enseigner. Non, aucun historien sérieux (avec au minimum un DEUG mention passable) ne prétendra jamais ça à la télé. C'est un des pires clichés liés à l'éducation. Les Historiens ne servent pas à ça. Ils servent à ramener leur science pour distraire des vieux lors de visite de châteaux, à être consultant sur des séries télés, à manger des petits fours dans des colloques, à être invités pour participer à des débats de trolling à propos de la place des noirs, ou des jaunes, ou des arabes, ou des femmes, ou de n'importe qui d'opprimé dans une société, à souligner que les hommes politiques n'ont aucune notion d'Histoire, à écrire les discours des hommes politiques, à trahir les hommes politiques, à être profs d'Histoire et à apporter une vague notion de ce qui a mené à la société présente après quoi ils passent le boulet à leurs amis sociologues et à leurs ennemis géographes, on appelle ça la transdisciplinarité.

Petideux, le débat sur la macro et la micro Histoire a été tranché avant la naissance de Christophe Lambert. Je ne m'étend pas, tant l'affirmation que l'Histoire des hommes et des mentalités est peu étudiée relève de la plus profonde ignorance. Pire, à notre époque, petit Lambert, sache que tout historien faisant de l'Histoire-Bataille est considéré comme un fat et un raté par ses élites. On étudie plus Staline et sa moustache, Hitler et sa burne et Napoléon et sa réincarnation depuis longtemps (ou alors en fin de carrière, pour faire une somme de 800 pages écrite par ses étudiants et prouver qu'on a pas dormi 42 ans sur un bureau universitaire pour ne produire que du Dioxide de Carbone). Il est depuis de bon ton, en lieu et place de ces trois tyrans notoires, d'étudier qui le calibre de la pelle du koulak et son état d'esprit quand le seul lettré de son village Abkhaze lui lisait la Pravda, qui la vie détaillée du concierge du nid d'Aigle, qui du carnet de notes du petit Roi de Rome et des conditions sociales et syndicales de ses précepteurs.

Il y a aussi une autre école, qui survit tant bien que mal, la fameuse école des Annales, qui comme tout ce qui vient d'Annales est dur à avaler (harr harr, de toutes façons si vous lisez cet article effroyablement long c'est que vous avez un temps fou à perdre, genre vous êtes chômeur. Les chômeurs ont des goûts de chiottes, je le sais, je l'ai été assez longtemps pour porter un bandana et des bottines fourrées). Les Annales, donc, qui font sensiblement la même chose mais avec des tableaux et des chiffres, et qui utilisent beaucoup trop le mot « science » dans leur démonstrations.

Bref, non, ami Lambert, tu ne dois pas parler d'Historiographie quand, manifestement, tu n'a aucune idée de ce qui se passe dans le champ de la recherche historique depuis Furret et Marrou.

 

III Une profonde méconnaissance du débarquement

Deux films ont fait beaucoup de mal à la perception par le public du jour J. Le Jour le Plus Long et Le Soldat Ryan qu'il faut bien sauver mais merde que ce titre est long. Hélas, la documentation de ce livre est très (trop) basée sur ces deux films. Et le débarquement occupe une bonne moitié du livre

Le Jour le Plus Long est un film tactiquement et historiquement à peu près exact. Cependant c'est un film US basique des sixties, avec tout ce que ça compte d'héroïsme a deux balles de manichéisme idiot et d'hypertrophie du rôle américain.

Le Soldat Ryan est lui un Spielberg : spectaculaire et approximatif.

Ce que Lambert retient de ça, c'est que le débarquement était essentiellement Américain et effroyablement sanglant. C'est le moment de préciser une chose peu sue : le débarquement du 6 juin  s'est fait pour une majorité des soldats l'arme au pied. Les combats difficiles et effroyables ont eu lieu plus tard et plus loin dans les Terres - ce qui explique par exemple que Paris ne soit libérée qu'en Aout, et Strasbourg à la fin de l'année - . Alors, bien sûr, il y a Omaha Beach, qui fut une boucherie partielle. Partielle parce que le massacre s'est concentré sur une petite potion de plage de quelques dizaines de mètres ou les allemands ont réagi à un débarquement qui, dans leur tête, devait se dérouler partout sauf ici (à cause de l'opération Fortitude, et pas parce que Hitler était débile comme on le dit souvent). Mais pendant que les nazis s'acharnaient à dézinguer des tonnes de pauvres diables à Omaha, anglais, canadiens et divers autres alliés débarquaient « tranquillement » à Utah, Sword et Juno. Et c'est heureux, car si le taux de mortalité d'Omaha avait été constant le long du débarquement, les alliés n'auraient pas pu prendre pied sans perdre des dizaines de milliers de soldats en quelques heures. Protip : c'est pour cette même raison qu'un an plus tard, les yankees préféreront le feu nucléaire à un débarquement dans le Kantô.

Attention, je ne dis pas que Lambert nie cet état de fait dans son roman.

Je dis qu'il fait peser l'essentiel du débarquement sur Omaha. Comme si le destin de la guerre s'était joué ici.

Il convient de rappeler la situation allemande de juin 44.

Les alliés sont en Italie, à Malte à Gibraltar, en Europe de l'Est. La Yougoslavie est pour ainsi dire perdue, et le Japon n'a plus aucune chance de renverser la vapeur nulle part. Les « Boches » (nb : le narrateur du roman utilise ce mot. Pas les personnages, le narrateur. Je rappelle à tout hasard que les allemands sont nos potes depuis un moment. J'adore les allemands. Même s'ils ont inventé la Techno) sont boutés hors d'Afrique, manquent d'hommes, sont décimés partout. Hitler est fou et Haï par son Etat-Major. La Waffen SS compte de plus en plus d'étrangers, faute d'allemands. Sur la fin, elle comptera des tonnes d'Indiens, d'Ouïgours, de musulmans divers et de français colloaborationnistes, de Flammands ou d'Espagnols fourvoyés, assez éloignés des gugusses blonds aryens nordiques d'antan. Bref, au moment du débarquement, l'Allemagne a déjà perdu la guerre et tout le monde le sait. La question, c'est « quand et dans quelle condition ? ». Depuis Yalta il est évident que pour les alliés, la condition est « aucune condition, on écrase Hitler et on voit après ». Cependant, suffit pas de le dire, faut le faire (et si possible avant les Russes). Ca implique un débarquement en France, qui doit, ben, vous voyez, réussir. Sinon, ça implique de passer par le Sud, et le temps de traverser l'Autriche, les Alpes, la Provence ou que sais-je, il y aura déjà une République Populaire de Monaco (il y en a eu une, paraît-il, pendant deux heures. Information à vérifier).

Pour que le débarquement réussisse, vu l'Etat de l'armée allemande, concentrée dans le Cotentin et qui le restera de toutes façons pendant des semaines (Hitler étant persuadé jusqu'à l'aveuglement que le 6 juin était une diversion), il suffit d'une tête de pont. Le reste n'est qu'une question de «quand » et pas de « est-ce que ». La tête de pont elle sera faite de toutes façons. Si Omaha cafouille, elle sera faite à Sword ou à Juno. Argument de Lambert : sans Omaha, les autres alliés sont séparés. Argument de Zali : peu importe que les allemands soient écrasés de front ou pris en tenaille à partir du moment où les canadiens et les anglais ont débarqués, les boulevards vers les lendemains qui chantent sont ouverts.

 

IV Ce qui m'amène au problème suivant

La réhabilitation, bien malgré lui, que fait l'auteur de la macro histoire.

Dénonçant globalement la considération globale et bataillesque de l'Histoire, Lambert fait pourtant dans La Brêche la démonstration par A plus B que l'Histoire est faite de moments clés, de personnages clés, d'hommes providentiels (il n'est question que de ça dans le dernier quart du livre) et que le flux et les masses ne comptent pas si on a un Norman Cota, un nazi du futur ou deux débiles d'une émission de télé réalité dans son camp. Faire peser tout le poids du débarquement sur un seul homme (Norman Cota, dont la mort cause le paradoxe dans le livre) est une absurdité profondément sarkozienne.

Notez que je ne sais absolument pas si l'auteur est Sarkozien. Sa conception de l'Histoire l'est en tout cas.

Sans un Norman Cota, les américains seraient donc incapable de prendre Omaha (homme providentiel). Sans les Américains à Saint Laurent (moment clé), les alliés seraient infoutus de gagner la guerre. Sans un homme savant du futur, les américains seraient trop con pour se rendre compte que pour détruire un robot, il suffit de lui tirer dans la tête au bazooka (quelle scène mythique de l'histoire de la littérature).
Cette croyance très typée 19è siècle que l'histoire est une sorte d'autoroute dont les seuls payages seraient quelques grands hommes et quelques grands événements est pratique, mais elle est idiote. A l'évidence, les auteurs sérieux d'uchronies, quand ils choisissent leur point de biffurcation historique font peser non pas sur les épaules d'un seul homme mais de toute une série d'événements ce qui différencie notre présent du leur. C'était assez bien rendu dans
Sliders par exemple, ou un bref résumé des événements qui avaient mené à chaque réalité permettait de mettre en relief des dynamiques, pas juste des flashs messianiques placés avec malice par la main invisible de l'Histoire.

Encore une fois, méconnaissance des enjeux actuels de l'Histoire, où les gens de bon sens cherchent à montrer des dynamiques et des facteurs socio-économiques plutôt que de faire reposer le destin des masses sur une poignée de symboles type Guy Môquet.

 

V le problème n'est pas que dans le passé, il se situe aussi dans le futur.

Connaissez-vous Xcom UFO, le mythique jeu vidéo PC qui a enchanté les vieux geeks que nous sommes ? Oui, bien sûr, vous avez une excellente culture vidéoludique, j'en suis persuadé. Connaissez-vous Terror From The Deep, sa première suite ? Peut-être moins. Et pour cause, c'était un gros navet.

La différence entre les deux jeux ? Aucune. Le deuxième était un mod du premier se passant dans les océans au lieu de se passer sur Terre. Les Pistolets Laser devenaient des « Pistolets Lasers Sous Marin » les aliens des « Aliens Sous Marin », les armures des « Protections sous-marine ». Pourquoi se fatiguer à réinventer un monde qui marche bien, hein ?

Parce qu'une promesse d'évolution peut parfois suffire, même si elle n'est pas remplie, à faire débourser quelques séquins à un naïf. C'est pareil pour le futur.

Ajouter « cyber » ou « tridi » à un objet ne le rend pas futuriste. A peu de chose près (et à un voyage dans le temps près), les personnages de La Brêche sont exactement et sur tous les points les mêmes que nous. Mêmes débats sociologiques, mêmes vêtements, même way of life. Comme si la technologie avait quasiment stagné entre 2005 et 2060. C'est la marque d'une profonde méconnaissance de l'évolution actuelle de la société technologique. Lambert place les seules avancées dans le domaine militaire et dans celui des voyages dans le temps. Pour le reste, la télévision reste la même, les maisons, médias, propos, tissus sociaux, rapports familiaux sont exactement les mêmes. Placer ce roman en 2010 n'aurait, à l'exception des voyages dans le temps, serait revenu au même. Il s'agit de cuistrerie que de prétendre situer un futur quelconque et de s'aurtoriser à n'en faire qu'un futur ou les télés seraient juste un peu plus « cyber ». Nous ne vivons déjà plus, mais alors plus du tout, comme nos lointains ancêtre de 1995. Toute notre vie a été informatisée, et la culture geek a profondément modifié notre rapport à la technique. Une énorme partie de notre vie et de ce qui nous concerne a été dématérialisé en l'espace de dix ans. Dans soixante ans, bon gré mal gré, les évolutions induites par ces changements auront encore profondément influencé et bouleversé la vie de nos petits enfants.

Autrement dit, se contenter de dire que le plastique à été remplacé par du « plastec », c'est un peu court, jeune homme.

 

V bis (je m'étais trompé dans mes numéros, j'ai la flemme de tout corriger) La géopolitique de 2060 décrite entre les lignes de ce roman pose ainsi problème.

 

Le 2060 de La Brêche est une continuité de la période 1991-1998, encroûtée dans la perspective d'un seul bloc et demie : Les USA, Les autres occidentaux, et rien. Pas une ligne sur les blocs émergeant, l'affirmation de l'omnipuissance américaine et, vaguement, de la Russie, supposée fournir des armes à l'Inde dans une guerre contre le Pakistan.

C'est peut-être affreux, allez savoir, mais le monde de 2008-2009, et le monde de 2004 où a été pondu ce roman, était déjà multipolaire, je le crains. Croire que l'Inde sera encore techno-dépendante des Russes en 2060 c'est avoir une méconnaissance à peu près complète de ce que sera vraisemblablement le sous-continent dans les décennies à venir.

Le sort réservé au Pakistan est encore pire. Le monde indo-musulman dépeint dans ce futur de pacotille est encore est toujours celui des enfants en haillons kamikazes, des femmes-ombres et des AK47 miteux. Le cliché veut donc que l'armement Indien soit rutilant (et russe) et que l'armement Pakistanais soit celui de quasi hommes des cavernes (cavernes plein d'armements de la guerre froide, il va sans dire), avec un président forcément fou furieux prêt à noyer -sans que manifestement cela gêne sa population- son propre pays sous le feu nucléaire.

Outre que c'est profondément douteux quand à la méconnaissance de l'auteur d'un Pakistan actuel à forte croissance économique -eh oui, si, si, je vous jure- et assez peu enclin à céder le pas aux islamistes les plus cinglés (demandez à ceux de la Mosquée Rouge ce qu'ils en pensent), c'est aussi une peinture de plus des pauvres paysans incapables de s'inventer, de se lancer dans la grande avanture de l'Histoire, dans l'éternel recommencement agricoles d'eux mêmes et toutes ces imbécillités à la fois clichés et insultantes que le sinistre clown qui écrit les discours de notre cuistre président couche avec malheur sur le papier.

Et sinon ? La croyance fermement ancrée que le monde de 2060 sera, encore et toujours, américain, comme l'était le débarquement. Sauf que, comme le monde actuel, le débarquement de 1944 n'était pas mono-américain. La presse de l'époque, je vous invite à la lire sur Gallica, insista bien assez sur le côté anglo-américano-canadien de l'aventure.

Je ne dis pas, encore une fois, que Lambert est la réincarnation morale de Romain Goupil, lequel n'est aux dernières nouvelles toujours pas mort, je vous assure. Je dis que par facilité, ou rapidité, le monde dépeint n'est que la reproduction d'un Nouvel Ordre Mondial que les Néolibéraux Bushiens ont achevé d'achever par leurs morbides guignolades irakiennes.

VI Le discours sur la guerre est d'ailleurs la répétition du nième cliché biblique.

Celui qui veut que, quoi qu'il arrive, David bat systématiquement Goliath. La configuration Androïde Nazi du Futur / Soldats Terrifiés tournera systématiquement du côté des petits défenseurs du plus faible. La confrontation Bazooka / Tank Nazi du Futur, Sable / Mecha Nazi du Futur, Gamin crotté / Metal Geal Indien du Futur tournera systématiquement en faveur du petit avec une arme toute naze.

Le tout bien entendu accompagné du discours habituel sur le fait que la technologie, sur le champ de bataille, ça sert à rien, parce que merde, la guerre c'est des bites et des couteaux qui se tailladent dans la boue, quoi, à l'ancienne.

Oui, mais non. C'est un cliché de plus qui reflète une méconnaissance (de plus) du déroulement des guerres modernes, ou, pourtant, le procèsde la High-Tech ne demande qu'à se faire.

Si l'armée américaine à pulvérisé la garde républicaine Irakienne en 2003, il y a une raison : leur écrasante et totale supériorité militaire et technologique. Quand votre blindage est plus épais, que vos radars vous permettent de blaster depuis la stratosphère, et que vos armures de combats s'opposent à des fanatiques en pantacourt kaki, le bilan est à peu près toujours le même : quelques morts d'un côté, une boucherie de l'autre. J'en veux pour preuve la malheureuse embuscade qui nous priva récemment de dix gamins en Afghanistan. Ce que l'on oublie de dire, c'est que les assaillants ne perdirent pas eux dix hommes, mais plusieurs dizaines, et qu'il furent au final à peu près hachés menus par nos bidasses inexpérimentées et nos hélicoptères alcooliques.

La technologie n'empêche pas les américains de perdre des hommes dès qu'ils posent un pas hors de Bagdad, c'est évident. Et on sait bien que les frapes dites chirurgicales font plutôt penser aux saignées des barbiers qu'au laser soignant la myopie. Cependant, si les américains s'étaient pointés en Irak en Buggy rafistolé, protégés par des turbans et munis de pétoires russes enrayées, le bilan actuel ne serait pas de quelques milliers de morts (j'ai perdu le compte depuis que je n'ai plus la télévision) et de quelques dizaines de milliers de blessés traumatisés à vie, il se compterait en dizaine de milliers de cercueils, comme au Viet-Nâm, ou, déjà, le bilan fut de 50 000 morts américains pour un million de Viet-Namiens, on le dit assez peu.

Ce que je veux dire, c'est que la croyance que des civils armés de briques peuvent démonter des armées en marche est fausse et idiote. La guerre moderne ne marche pas comme ça. Elle marche... Eh bien comme dans ce fameux Irak : on laisse entrer les gros Metal Gear qui font peur, puis on harcèle les unités légères, on se fait sauter à tous les coins de rues, on zigouille du flic, on s'insurge au fond des cahutes montagneuses. Ce que n'a pas compris l'auteur de La Brêche qui semble croire encore au mythe du franc-tireur capable d'arrêter des Nazis Cyborgs avec des chaussettes pleines d'explosifs *****. Dans Command and Conquer Generals, idéologiquement crétin ("nous sommes les gardes rouges, tching tchong"), au moins, les concepteurs avaient bien compris le truc, les armes de base de la GLA étant des émeutiers, des kamikazes et des voitures blindées d'explosifs.

VII Ce qui m'amène à une question essentielle : les nazis du futur sont-ils de plats imbéciles ?

En parlant d'armement, revenons sur le point central du récit, qui finit par opposer dans un passé perturbé des nazis et des américains du futur. Les nazis sont manifestement les premiers à pouvoir, et ce pendant des heures et des heures, envoyer de l'armement dans le passé pour gagner la guerre. Pourquoi envoient-ils des Mechas ? Pourquoi des Robots ? Pourquoi les envoient-ils en Normandie ?

Il aurait été tellement simplissime, en lieu et place de cette tentative stratégique absolument vide de sens que de vouloir protéger les abords du café Gondrée, d'envoyer à Washington un quelconque androïde kamikaze équipé d'une bombe atomique. Hop, voilà, badaboum, fin de la guerre et je demande par avance des droits d'auteur aux scénariste du prochain Fallout. Mais bon, non, les nazis du futur profitent de leurs heures d'avance pour envoyer des robots dans des granges. Hurr Durr Rommel.

Cependant, vu qu'ils expliquent l'intégralité de leur plan aux deux seules personnes capables de les faire échouer, oui, je dois en déduire que ce sont de parfaits imbéciles.

VIII Cependant, les américains du futur ne valent pas mieux.

J'ai déjà évoqué le problème des militaires laissant absolument sans motif valable des crétins voyager à la télé devant toute la population américaine, au mépris total du risque connu de détruire leur univers une bonne fois pour toute.

Ceci dit, il n'y a pas que les militaires qui soient manifestement un peu attardés. A aucun moment une quelconque opposition politique crédible ne semble s'élever contre ce qui est manifestement un projet risquant de faire gagner la guerre de quelconques nazis du futur. Ca semble parfaitement normal à tout un pays, et ne susciter aucun problème international. Comme si la télévision avait force de loi et de tyrannie. Je ne ferais pas de théorie du complot de supermarché ici : la télévision n'a loin de la pas le pouvoir qu'on lui prête. Elle peut peut-être, à grand renfort de Papy Voise, faire gagner quelques voix et faire élire un Chirac (et encore, on pourrait débattre longtemps du Poison d'Avril), mais grand dieu, pas se permettre d'anéantir la galaxie. Aucune société ayant un micropoil de lucidité ne permettrait ça. Ca serait comme un mec qui balancerait des bombes au Francium sur le Laz0r du LCH. Evidemment que ça ferait énormément d'audience. Et Bien sûr que personne ne laissera jamais faire ça. Si demain un pays déclait qu'il allait lancer une bombe atomique sur un pays au hasard et le filmer en direct, l'audience serait de 99% à coup sûr.

Ce n'est pas pour cela que ça peut arriver.

 

IX Qu'est-ce qui m'agace, au fond ?

Ce qui m'énerve dans ce roman ou l'incroyance est plutôt pendue au plus haut réverbère du village que suspendue dans l'esprit du lecteur, c'est l'omniprésente prétention de l'auteur à vouloir prétendre sans filet avoir décrit un débarquement « réaliste » (comprenez sanguinaire et émaillé de détails authentiques piqués dans des manuels de L3) et à croire qu'il le fait bien.

Il ne manque pas de bonnes idées, ce livre.

Il manque juste de cohérence, d'intérêt, de réalisme, de documentation, de style et d'humilité.

La note finale de l'auteur qui nous déballe une maigre bibliographie nous informe par exemple que la bataille finale de sa farce est digne de la Guerre des Mondes.

Faut-il n'avoir pas lu ce chef d'oeuvre pour s'en réclamer ainsi ? Quelle fatuité ! La Guerre des Mondes était l'exact inverse de La Brêche. Dans la Guerre des Mondes, il était montré que la technologie pouvait complètement réduire en poussière des villes et des des pays, et être à peine stoppée (temporairement, au prix de pertes terribles) par les plus hauts fleurons de la société industrielle. C'est finalement la biologie qui sauve la Terre, dans La Guerre des Mondes. Pas la bravoure Swartzenego-Stalonnienne de deux pieds nickelés. Le héros de la Guerre des Mondes, roman profondément intimiste, se cache, panique, fuit, se bat pour ne pas être vaporisé, et ne sera qu'un observateur de la déchéance des Martiens qui ont attrapé un mauvais rhume. Même l'ennuyeux Spielberg n'a pas cru bon de modifier ce détail dans sa molle et prétentieuse adaptation du roman.

Les travaux sérieux sur l'année 1944 et sur le Jour J ne manquent pas. Ils sont écrits en petits caractères dans un style roboratif et poussiéreux en diable. Mais, diantre, ils valent un peu mieux que la Grande Vadrouille de Freddy et Jason qu'est le bain de sang du Soldat Ryan et que l'héroïsme quasi réalistico-soviétique des fresque magistrales des années 60.

Le cinéma ne peut pas apprendre l'Histoire. Il l'évoque, il y sensibilise, il la magnifie, la travaille, lui rend hommage, mais ne peut pas, hélas, la montrer dans l'ennui de sa réalité. Et c'est un amateur de films Historiques qui vous l'affirme. Il faut se méfier comme la peste de tout ce qui prétend montrer l'Histoire telle qu'elle fut.

 

X La Brêche est donc un nanar.

Le premier que je lis de ce Christophe Lambert dont je ne connais rien à part le fait qu'il porte le même nom que l'acteur qui jouait Vercingétorix, qui est un monument inégalé du happening humoristique cinématographique******. J'avais un pote assez crétin qui s'appelait Christophe Lambert quand j'étais au primaire, aussi. A croire que c'est prédestiné, comme nom.

J'adore les nanars, hein. J'adore les nanars fauchés avec des ninjas en pyjamas et des nazis zombies. J'adore aussi les nanars volontaires et assumés, type Napoléon Dynamite ou Captain Orgazmo.

Ce que je ne peux pas supporter, c'est la postule BHLienne en diable qui consiste à fabriquer son propre piédestal en jetant un regard satisfait sur son oeuvre.

Quand c'est un pâté de sable balayé par la première vague qui pointe, c'est un peu léger comme posture.

Je citerais un peu de Blair avant de lancer ma supplique finale :

 Toi qui fixeras de ton pinceau leste

Mon profil audacieux d'Aigle Impérial

Inspire toi des traits du petit chien modeste

Sur les paquets de céréales

 Toi l'artiste qui découpera dans la Pierre

Ma silhouette hardie de Dieu Antique

Prends modèle sur le petit chien débonnaire

Sur les paquets de Chocapic.

 Enfin bref, ce que je voulais dire au début de ce message, c'est :

 RENDEZ MOI MES TROIS EUROS CINQUANTE !

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* Je connais par coeur la scène d'intro du premier Red Alert, au fait « Che me demande s'il va pleufoir... » « Herr Hitler ? » etc. Ca n'a rien à voir avec mon propos, mais je tenais à dire qu'après dix ans sans avoir touché à ce jeu, je me souviens encore de cette cinématique. J'en suis très fier.

** Sérieusement, les mecs. Non. Arrêtez de faire ça, dans quelque fiction que ce soit. Il n'y a que les débiles qui expliquent leur plan à leurs ennemis. Sun Tzu n'a pas cru bon de le préciser dans l'art de la guerre, je sais, mais c'est parce que ce fait ne mérite même pas de figurer dans l'édition Pour les Nuls. Pitié, arrêtez, on est plus dans la première série Batman avec Adam West. On est au XXIè siècle.

*** Merci à jamais à celui qui a taggé au Tipex, en caractères gothiques « cessez de saccager les toilettes, bandes de sacripans », un de mes plus francs fous rires nantais.

**** Ca fait beaucoup d'étoiles, hein ? J'espère que Christophe Lambert lira ce message un jour. Pour qu'il le fasse, il faudrait sans doute qu'il tape quelque chose comme « Christophe Lambert Critique Brêche » sur Google, et s'il le fait c'est que c'est un sacré kéké. C'est les gros kékés qui essayent de savoir ce que des inconnus pensent d'eux.

***** Oui, comme dans le Soldat Ryan, on y revient encore et toujours. Oui, je vous jure. Dans le soldat Ryan, on voit des américains détruire des panzers avec des chaussettes. On voit aussi des combats au couteau contre des allemands cruels et fous, et des canons antichar tirer des obus en l'air. Et j'en passe.

****** "- Le druide : Le bien n’engendre pas la force, le mal non plus. Mais le mal appartient à ce monde des conflits humains dont on est tous prisonniers. C’est là le véritable piège.
- Vercingetorix : Tes propos incompréhensibles ne m’aident pas.
- Le druide : Je crois."