Le Comeback du Dentifrice

Il est TOUJOURS plus facile de faire sortir le dentifrice du tube que de l'y faire rentrer. Humeurs, Dessins, Méchancetés et Trucs.

13 janvier 2008

PROJET EMGOH CHAPITRE ARTE (SEPT lololol)



Je sais qu'il y a pas le lexique. Il sera dans la version PDF.




EMGOH 1-7 v2_sincronisai_par_Narutradsub visitée notre cite.

Une Maid en Highscool I : Symposium Geek en Retenue

wall of text narratif. Autrement dit : chapitre

La tendance n'était plus au geek chic depuis des siècles. La technologie avait fini par ennuyer le plus gros de la population. Le marché de la haute technologie (jeux vidéo, musique numérique ou horribles lapins-agendas) était retourné à une confidentialité qu'il n'avait pas connu depuis le début de la fin du Xxè siècle.

Internet, par exemple, était devenu un simple protocole de communication publicitaire et avait plus ou moins remplacé la poste. Mais il n'y avait que des attardés pour passer toute une nuit à draguer sur un chat. De même en ce qui concernait le marché des téléphones portables. L'Humanité avait depuis longtemps renoncé à regarder la télé interactive sur un appareil phono-GPS qui pouvait téléphoner en envoyant des sandwichs par MMS. On en était revenu à un appareil simple, le navi, un téléphone permettant de naviguer sur un WEB simplifié.

Mais ce déclin technologique (qui avait profité au culte des sports de compétition1 et à l'alcoolisme chez les jeunes2) avait aussi fait perdre tout bon sens aux informaticiens. Le réseau navi, Internet, le téléphone et la télévision, de même que les feux de signalisation et un sacré paquet de matériel militaire étaient branchés sur le même canal de communication géant, histoire de ne pas avoir à payer trop d'informaticiens.

En pratique, chaque petit morceau de ce canal pouvait tomber en panne sans grosse conséquence : un petit caillou ne bouche pas un tuyau de quarante milliards de kilomètres de diamètre. Par contre, pour une technologie plus évoluée, une simple onde de perturbation pouvait bloquer absolument tous ces service informatiques en une seconde.

C'est ce que fit accidentellement la Vahiné3 Kosrae. Peu après son service, qui consistait à surveiller en somnolant que les androïdes de cuisine faisaient bien la vaisselle, elle sentit un brin d'ennui s'immiscer en elle. Une fois revenue dans sa cabine, elle se rendit compte que la réception des programmes télévisés de sa planète natale étaient perturbés par des vents solaires. Elle s'adonna donc au zapping des fréquences locales, juste histoire de voir ce que pouvaient bien regarder les autochtones. Il y eut une étincelle, un grésillement, et toute la Terre fut plongée dans le noir pour une bonne dizaine d'heures.

La vahiné n'alla pas s'en vanter, de peur qu'on lui fasse payer les dizaines de millions de milliards de dégâts, entres autres constitués de surgelés foutus, de voitures accidentées, d'électricité coupée dans les centres de soins, de matériel militaire autodétruit dans des hangars, et, pire que tout, d'altercations violentes entre terriens privés de télévision.

La Terre subit donc une nuit d'obscurité et de chaos.


*


Lilly avait passé une mauvaise nuit. Pas de courant, et pas moyen de joindre la soi-disant nouvelle demeure d'Ezop sur son Navi. Elle avait du rentrer à pied, pour découvrir des flaques dans sa maison. De l'eau, mais aussi des produits d'origine inconnues qui semblaient avoir coulé des appareils électriques. Il y avait du sang aussi, et avait eu le déplaisir de voir qu'il appartenait à deux clochards qui avaient fracassé la porte de sa maison pour se taper dessus à coup de bâtons. Elle les traîna dehors puis passa la soirée à se demander pourquoi tout clochait.

Le lendemain, les programmes télé et radio avaient cédé la place à des communiqués militaires où des généraux manifestement désorientés lisaient en tremblant des communiqués affirmant que la lutte n'était pas perdue. L'adolescente crut comprendre que le monde était secoué par un problème politique et que ce derniers s'était matérialisé par une une attaque violente, injuste et subversive contre le réseau électronique mondial, ou quelque chose comme ça. Ce qui expliquait sans doute ses petits soucis avec le téléphone. Mais puisque tout était réparé (y compris l'heure, qui indiquait qu'il était bientôt temps de partie à l'école), elle réessaya de joindre le Streetcred Palace.

Après quelques secondes, elle obtint quelqu'un au bout du fil, et regretta bientôt son appel.


Pôrômanthe, qui somnolait dans une sorte de panier rangé dans la petite pièce de service qui jouxtait le grand hall bondit sur le téléphone et le décrocha de ses petites pattes étranges. Difficile de décrire le tableau autrement.

« Ah pôrô. Enfin vous me rappelez. Je l'aurais attendu cette terrine de Pôrô ! Impossible de trouver de la bonne nourriture dans ce monde ! Bien, alors mon adresse actuelle est...

_ Heu... Ezop ? La voix à l'autre bout du fil semblait inquiète.

_ Oh. Désolé, pôrô. C'est pour l'autre. Bon. Attendez, je vous passe quelqu'un, ok, pôrô ?

_ Huh ? Heu... Attendez, écoutez, je crois que je me suis plantée. Je..

_ Non, non, restez, sinon je vais certainement me faire disputer. Attendez ! »

Pôrômanthe sautilla de l'autre côté du hall. Il y avait au bout d'un couloir une chambre de bonne, près des cuisines, dans laquelle dormait Poofy, en sous-vêtements de satin, allongée lascivement sur son lit pour faire plaisir au lecteur prompt à se faire de seyantes représentations mentales.

La boule de poils asticota un peu la servante. Elle se frotta les yeux et se tourna vers lui, le regard dans le vague.

« Oh tiens, salut Pôrômanthe, dit-elle de sa voix de gamine. Attends, laisse moi exister un peu mieux.

_ Quoi ? Pôrô ?

_ Hum... Désolée, je ne sais pas pourquoi j'ai dit ça. »

Elle se redressa et, alors qu'elle s'asseyait, sembla devenir un peu plus visible, comme si on avait augmenté le contraste trop faible d'une image. Comme si on venait de mettre la main dans une marionnette. L'animal eut un léger frisson dans l'échine.

A bien y repenser, depuis que lui et Tiffany étaient au Point d'Impact, les choses semblaient toutes un peu irréelles. Le temps, déjà. Le temps s'était déréglé. Il faudrait tirer ça au clair, mais il y avait plus urgent.

« Il y a quelqu'un au téléphone, pôrô. Pour Ezop. Je sais pas quoi faire.

_ Tu sais ce que tu peux faire avec un téléphone si t'es à court d'idées ? Dit-elle d'une police de caractère particulièrement effrayante.

_ Heu... Tout va bien ? »

Elle tourna lentement son visage vers lui, et le tourna d'ailleurs assez pour défier les lois de la physique tant les vertèbres de son cou auraient du se mettre en théorie à tapisser les murs. Elle jeta un regard sans pupilles au malheureux animal.

« C'est donc toi qu'ils ont sélectionné pour m'assassiner, cette fois-ci ? »

Pôrômanthe aurait bien essayé d'objecter quelque chose, mais il était trop occuper à reculer lentement vers la sortie. Poofy, qui avait manifestement fait du tricot la veille, s'empara d'une paire d'aiguilles qui traînait sur la table basse.

« Ca fera l'affaire.... »

L'animal essaya de détaler, mais elle l'envoya dans un coin de la pièce d'un violent coup de pied dans ce qui était peut-être des côtes. Il reprit ses esprits quelques instants plus tard, persuadé qu'il allait sentir la douce caresse de deux aiguilles à tricoter déchirant ses entrailles, mais quand il ouvrit les yeux, il réalisa que la jeune Poofy avait laissé tomber les aiguilles et avait entrepris de s'habiller en sifflotant.

« Tiens, Pôrômanthe, tu es réveillé ! Tu ne devrais pas dormir à l'envers comme ça dans un coin. Il vaudrait mieux que tu dormes dans ton panier ! Et puis frappes avant d'entrer, j'étais encore à moitié toute nue ^_^''4

_ Tu... As essayé de me tuer là, non ? » Gémit-il.

Elle regarda les aiguilles avec un sourire.

« Ah bon ? Mais non. Je tricotais. » Elle eut un petit rire aigu. « Tu es un peu paranoïaque, face de rat »

Cette fille me pôrôse le poil, songea-t-il. Il faut que j'évacue toute conversation au plus vite avant de finir par pôrôser sous moi.

« heu... Quelqu'un, au téléphone, pour Ezop.

_ Ah mais il doit dormir, je m'occupe de tout ! »

Un instant, Pôrômanthe se demanda combien de jours avaient bien pu passer depuis la nuit dernière. Il se remit sur ses pattes, et regarda le calendrier de Poofy. Deux jours. Alors que le cadran du téléphone indiquait quelques heures...

Il suivit Poofy, toujours en tenue légère, dans le hall. Ils croisière Chätõ, qui s'offusqua et laissa choir un service à thé qu'il trimballait pour le cas ou il aurait été confronté à ce genre de situations. La jeune servante s'éclipsa dans le local téléphonique mais Pôrômanthe resta avec le vieillard.

« Hey, vieux !

_ Oh, monsieur Pôrômanthe, je vous en prie, dit le majordome en ramassant le gâchis du service à thé.

_ Dites, vieux, on est quel jour, au juste ?

_ Lundi, je suppose. Lundi matin. Pourquoi ?

_ Ezop avait école hier. On était le matin il y a pas longtemps. Moins de vingt-quatre heures, je veux dire. Vous expliquez ça comment ? »

Chätõ sembla pensif une seconde.

« Hum. Vous mettez le doigt sur un vrai problème. Je n'aime pas vraiment parler de ça vous savez ?

_ Oui, mais...

_ Ecoutez, ça a toujours été comme ça, même avant. Ici, le temps est différent. Tout se règle pour que les choses importantes commencent le matin, si possible en début de semaine. C'est comme ça. Je ne sais pas pourquoi.

_ Je pense savoir, moi. Mais... Mais ça n'a pas d'incidence, je veux dire sur l'extérieur ? Pôrô.

_ Heu... Je ne sors pas beaucoup, monsieur m'en excusera. »

En réalité, Pôrômanthe ignorait que les paradoxes temporels n'ont en pratique aucune conséquence. Il y a assez d'univers parallèles pour ne pas s'embarrasser de plusieurs univers au même endroit. Les erreurs dans le temps se réparaient d'elle-même quand les éléments non concordants entraient en contact. Les quelques heures qu'avaient passé Lilly à joindre Ezop étaient équivalentes au temps qu'il avait fallu au Streetcred Palace pour se caler au lundi matin suivant? Et dans l'affaire, tout le monde avait gagné ou perdu quelques heures, qui seraient certainement compensées plus tard (ou plus tôt). Il faut d'ailleurs préciser que les gens qui ont la chance de vivre sur une anomalie temporelle souffrent d'un affreux jet-lag permanent5.

Pendant ce temps au standard, la conversation avait pris une tournure au moins aussi anormale qu'une discussion sur l'écoulement du temps entre un majordome et une mascotte extraterrestre.

LILLY : Ah, enfin, quelqu'un ! Ezop ? C'est toi ?

POOFY : Oui, vous êtes bien chez Ezop Kzyazky ! Qui est à l'appareil ?

LILLY : Je suis sa meilleure amie. Il est là ? Vous êtes qui ?

???? : Est-ce que je te demande de venir m'étaler de la merde sur les niochons, pétasse ? Alors d'où tu me demande qui j'suis ? D'où ???

POOFY : Oh, je comprends, vous avez fait un faux numéro, au revoir.

LILLY : Quoi ? Non, eh...

*tuuut tuut*

Lilly se dit alors qu'il était plus que temps de tuer réveiller Ezop.


L'avocat de l'adjoint au maire était commis d'office, comme on lui avait conseillé (pas besoin de dépenser des fortunes pour une affaire sans gravité qui serait vite réglée). Il était hirsute, portait des baskets et se curait le nez, ce qui n'était pas forcément rédhibitoire pour un humain moyen mais inquiétant pour un avocat.

L'affaire passait en comparution immédiate, dans un petit tribunal adminsitratif. Le désordre y était plus que complet : la nuit de coupure avait fait exploser un générateur et deux chaudières. On pataugeait dans l'obscurité.

On convoqua l'avocat et l'accusé dans une petite salle, presque un bureau. Il y avait là un greffier avec un oeil bandé par un énorme pansement, un juge gras et rouge au visage affecté d'un affreux rictus, et un gigantesque avocat à l'air retors, qui se frottait les mains.

« Oh nan, marmonna le commis d'office.

_ Q... Quoi ? Bredouilla l'adjoint. Un p... Problème ?

_ L'avocat d'en face, c'est Panzerlawyer. Il a jamais perdu une affaire... Mais heu... Vous inquiétez pas, moi non plus. »

Techniquement ce n'était pas un mensonge, vu que la seule autre plaidoirie du jeune avocat s'était faite face à un tueur en série qui avait choisi de se faire défendre par un ficus.

Le juge ouvrit un dossier et le parcourut rapidement.

« Hmm... Hmm.... Je ne suis pas spécialiste de ce genre de cas. Basse-trahison c'est peut-être un peu fort.

_ Ouais, peut-être répondit l'avocat commis d'office. Comme mon client à reconnu le machin, j'avais pensé à renvoyer ça devant un truc à l'amiable, on s'en sortirait avec un congé sans solde ou j'sais pas quoi.

_ Ca... Ca m'irait tout à fait, s'empressa de dire l'adjoint.

_ Bon bon, grogna le juge. J'ai hâte de passer à la suite, alors disons qu'on fera comme ça. Faut remettre en ordre ce tribunal. Rien à ajouter, maître Panzerlawyer ?

_ Oh, rien. Si ce n'est que d'après ce papier, vous n'aurez pas de treizième mois cet année pour la simple et bonne raison que le budget de réparation des tribunaux administratifs a été amputé par le 43è service comptable du 38è arrondissement de Paris. C'était dans le journal officiel ce matin, vous voyez ? Ils disent que c'est pour couvrir les frais d'un ordre donné par le client de Monsieur.

_ Quoi ? Tonna le juge. Mais le faux que vous avez signé a été annulé !

_ Heu... Je ne sais pas, avoua l'adjoint.

_ Vous... A cause de vous on va devoir travailler dans ce taudis je ne sais pas combien de temps, je requalifie l'accusation en Haute Trahison ! »

Le juge, cependant, ne songea pas à demander l'accusation de l'ordre de mobilisation de la Maréchaussée.


Qu'est-ce qu'une revanche sur la vie et comment la gâcher ?

La revanche sur la vie, c'est ce moment très particulier où tout un chacun forme l'espoir d'écraser de son infinie supériorité temporaire ou définitive ceux qui, depuis toujours, on rendu nécessaire ce moment de prendre une revanche sur la vie. Cela peut avoir des formes pathétiques (mettons par exemple un type qui gagnerait au loto et se précipiterait chez son patron pour danser déguisé en poulet) ou des formes grandioses (gracier un dictateur après avoir repris le pouvoir et restauré une démocratie, tiens.). En tout cas, c'est un moment où l'on se sent toujours extrêmement bien.

Comment gâcher tout cela ? Essentiellement en faisant le malin.

Ezop avait, je cite, voulu « Leur montrer à tous ces connards qui est le king du bling-bling maintenant ». Cela se traduisit par un débarquement en fanfare au lycée. Le premier à sortir de la gigantesque limousine fut Pôrômanthe, qui déroula non sans peine un gigantesque tapis rouge. Puis Ezop jaillit hors du véhicule presque plus long que le parking. Il avait revêtu des lunettes de soleil en or, un manteau de fourrure et des bagues à tous les doigts. Il avait au bras Tiffany et Poofy à qui il avait demandé de revêtir des tenues moulantes. Les t-shirts se terminaient au dessus du nombril et les shorts au dessus des cuisses. Il avait retrouvé dans les caves du palais un antique Ghetto Blaster, qui, tenu par un Chätõ en larmes dans la voiture, diffusait très fort de la musique rap violente vieille de plusieurs siècles.

C'était, bien entendu, légèrement « too much ». Surtout qu'à peine passé la grille de l'établissement, Ezop se prit les pieds dans son long manteau et tomba à plat ventre en hurlant « Ah flûte de crotte de bique », sous le regard à la fois consterné et curieux des élèves. Les badauds furent néanmoins rapidement chassés par Poofy, qui leur hurla des choses vertes et idécentes. Devant le vacarme, un surveillant en imperméable se précipita bientôt vers l'entrée du lycée, chassant ce qui restait du public lycéen. Son crâne chauve rougeoyant, il se mit à hurler sur Ezop.

« Eh toi, où tu te crois ? T'es en terminale ?

_ Heu... Oui m'sieur, fit Ezop en se relevant piteusement.

_ Et je suis supposé te coller en retenue jusqu'au bac pour quel motif au juste ? Ton accoutrement, ton retard inadmissible ou le fait que tu viennes au lycée au bras de putains ?

_ Heu je tiens à préciser que ce ne sont pas des...

_ Heu... N'aggrave pas ton cas, murmura Tiffany.

_ Et si c'est pas des putains, c'est quoi alors ? »

La phrase du surveillant mourut un peu quand il croisa le regard froid de Poofy qui lui faisait un doigt d'honneur.

« Tu peux répéter lentement qui c'est les putains, l'ami ? »

Tiffany essaya une nouvelle fois de calmer le jeu.

« Hum, nous sommes des étudiantes venues d'un pays lointain, le... » elle regarda le sol, les affiches, les bâtiments et tout ce qui pouvait lui donner de l'inspiration. « le... L'entrédézélev. C'est proche du... De la République Populaire de Kolejlyçé. Pour visiter cet établissement »

C'est vraiment amusant comme un vieux chauve frustré peut avaler n'importe quoi quand c'est dit de manière enjouée par une fille en mini short. Il décida de leur faire découvrir les locaux, et prit bien soin de coller Ezop toute la journée.


Qu'est-ce qu'une salle de permanence sinon un double hommage anal non réclamé ? D'une part, stagner des heures sur un banc à ne rien faire dans une salle munie du pire équipement de l'établissement surveillé par un type qui ne fait certainement pas par vocation, ça fait mal au train. Mais savoir que les salles de permanence sont -manifestement- taillée dans des locaux dont l'alignement ésotérique fait ralentir le temps, c'est vraiment fort de café. La bastonnade fait mal, mais passe vite. La permanence use longtemps, et fait se consumer d'ennui. Devinez lequel des deux a été supprimé par l'institution scolaire ?6

Le pauvre Ezop s'affala vers le fond de la grande salle où se mêlaient quelques étudiants sérieux (ils existent) et des dizaines de lycéens emprisonnés contre leur volonté dans l'austère hangar de retenue aux tables défoncées.7 Il posa sa tête sur la table, la joue adhérant bien vite à un chewing-gum poisseux, et plaça ses mains dans les poches latérales de son pantalon baggy.

Il trouva un papier plié en deux dans la poche droite. Une écriture un peu étrange, très féminine et très calligraphiée disait :

« désolé pour tout ça, on se reverra après les cours ! Passe une bonne journée,

Bisous, Tiffany. »

Il en trouva un certain réconfort, mais en gamin capricieux, ce réconfort fut tout obscurci par la perspective de devoir rester immobilisé pendant des heures. Et à sa décharge, il fut également obscurci par la présence deux rangs à l'arrière de Kevin Steven, le figurant fâcheux déjà croisé au début de ces passionnantes péripéties. Ce n'était pas tant la présence de l'imbécile qui chagrinait Ezop que le fait qu'il ait commencé à lui jeter des boulettes de plomb en papier8 dans le cou. Il s'efforçait d'ignorer.

A peu près une heure plus tard, ce fut au tour d'Amédée l'Ringard d'être amené dans la salle de retenue. Le Roi des Ratés était escorté par quelqu'un qui ressemblait à un enseignant, avec plus de sueur. Il le força à s'asseoir et repartit bien vite.

« Ouais eh ben un jour il faudra bien que vous compreniez ! »

Il se retourna vers Ezop.

« Tu sais qu'ils ont essayé de nous faire diviser par zéro ? J'ai pris cette fichue option maths en pensant que je pourrais enrichir ma culture et calculer les prochaines apparitions d'Elvis Presley. Mais tout ce qu'on fait c'est de nous apprendre des choses qui peuvent détruire l'univers. Tu te rends compte ?

_ Pas... Vraiment. »

Ezop avait cherché quelque chose à répondre de plus percutant, mais Amédée le dépassait en bizarrerie.

« Eh ben... C'est pas grave. On mange du chocolat virtuel ?

_ Quoi ? »

Amédée se mit à se lécher les babines et à se frotter le ventre de ses doigts tordus.

« Hmmm, Hmmm du chocolat virtuel. J'imagine toujours que je mange du chocolat quand j'ai faim. Tu ne trouves pas ça super cool ?

_ Plus personne n'a jamais dit super cool depuis un bon millénaire. Et ton truc, c'est genre, mais carrément trop ringard. »

Toujours en proie à un violent complexe d'infériorité vis à vis de l'humanoïde qui assumait totalement ce qu'il était, Ezop entreprit de le provoquer sur le terrain de sa réussite personnelle.

« Eh, Amédée, on raconte que t'as pas beaucoup d'expérience avec les filles, pas vrai ?

_ Hum, on a déjà parlé de ça, pas vrai ?

_ Ouais, ta soi-disant copine en Islande.

_ Si par hasard elle existe, tu devrais peut-être te demander ce qu'elle fume pour rester avec un mec pas super cool comme toi. T'es bien certain que c'est une fille d'ailleurs ? »

Amédée plissa ses fentes oculaires. Voilà un bon moment d'Ezop le cherchait. Il était d'un naturel patient et pacifiste, mais aussi très attaché à ce qui s'apparentait à ses relations sociales. Aussi décida-t-il de répondre à toute attaque à venir.

« Anatomiquement certain. Pourquoi ça ?

_ Parce que maintenant, je te dépasse largement dans ce domaine, monsieur je sors avec une morue en erasmus.

_ Parce que tu es sorti avec quelqu'un d'autre que Tania Chang et ses deux motards de chocs, dans ta vie ? » Lança le ringard de sa voix éraillée.

Touché, pensa Ezop en français. Il ne savait pas que les nouvelles seraient allées si vite. Ceci dit, il avait des cartes dans son jeu.

« Très spirituel. Si tu sais cela, peut-être seras-tu surpris d'apprendre que ce matin je suis venu au bras de filles qui, sans trop m'avancer, sont plus ou moins mes petites amies. »

Ezop était plutôt honnête, il considérait que l'expression « plus ou moins » pouvait tout à fait s'accepter dans le sens « moins » plutôt que « plus ». Amédée plissa les yeux.

« Ah oui, mon ami Jean-Brun m'a signalé que ce matin, tu étais arrivé au bras de deux filles. L'une d'entre elles a tabassé un surveillant et lui a taillé un message de haine dans la peau du poum, et l'autre était habillée comme une catin et semble avoir posé énormément de questions sur le fonctionnement de l'école. »

Comment il peut savoir tout ça ? Pesta Ezop en dedans. Il va être difficile à bluffer.

« Oui eh bien sache que ces deux superbes filles me sont toutes dévouées, ce sont les servantes dans le magnifique château dont je viens d'hériter.

_ Ah oui, oui. Effectivement, tu es là à me parler en retenue tandis que Kevin te lance des boulettes. Vraiment, c'est l'orgie.

_ N'empêche que je suis carrément plus heureux que toi. »

Ezop venait de faire la rencontre de la phrase kamikaze. Une phrase kamikaze qui s'était d'ailleurs fait sauter toute seule comme une grande en plein désert sémiologique.

« T'as pas l'air très heureux, si tu veux mon avis.

_ Si ! Plus que toi ! »

Les restes de la phrase venaient de ramper jusqu'à ce bout de plastic qui avait refusé d'exploser. Elle put ainsi se vaporiser pour de bon. Amédée retourna sa chaise vers Ezop et pointa l'index vers Kevin.

« Bon déjà, toi, arrête de lui lancer ces morceaux de métal en papier !

_ Va t fr foutr lol, cria Kevin qui arrêta néanmoins, tant il était vrai qu'Amédée n'était pas n'importe qui.

_ Ezop, quand à toi, écoute moi. Je t'avais prévenu hier/l'autre jour9. Tania voulait objectivement se jouer de toi. Mais toi tu n'as rien voulu voir parce que tu as préféré te précipiter dans ce matérialisme sexué qui tapisse notre triste époque. Pourtant je sais que tu fais plus ou moins parti de ces nostalgique des temps passés où les gens comme nous étions chics, et formions le coeur de la société de l'information. Je sais de source sûre que tu collectionnes les jeux de cuisine. Tu sais que tu n'es pas seul. Nous sommes nombreux comme toi. Un jour, si tu voulais, tu pourrais m'aider à remettre au goût du jour cette société des algorithmes colorés ! »

Voir cette créature bizarre tenter de le recruter fit frissonner l'échine d'Ezop.

« Tu me proposes quoi, essaya-t-il de dire sans se laisser désarçonner, de devenir ton disciple, ou bien quoi ? »

Amédée lissa son embryon de moustache dispersée au dessus d'un flan de peau qui était sa lèvre supérieure.

« Eh, et pourquoi pas ? Tu sais que tu pourrais devenir une star de l'underground comme moi, si je t'apprenais à assumer et développer tes talents. On pourrait former un duo qui changerait le monde en lui refaisant découvrir ce qu'ils appellent la sous-culture ! Mon club de macramé va bientôt partir en pèlerinage dans cet archipel oublié qui continue à vivre comme nous le faisons. Si tout se passe bien, nous pourrions importer plus que leurs produits : leur façon de voir la vie. Avec des 1 et des 0 de toute les couleurs ! »

L'espace d'un instant, Ezop hésita. Avec sa fortune et l'anticharisme rayonnant d'Amédée, ils pourraient lancer la mode, et devenir tendance par la force des choses. Amédée, de plus, était heureux dans sa nullité. Il était de notoriété publique qu'il était totalement épanoui et parfaitement bien dans sa peau. S'il s'associait à lui, d'ici quelques mois, des nerds feraient certainement l'animation de webrings10 à sa gloire.

Puis une image lui passa subrepticement en tête. Elle voyait se juxtaposer les visages de Tiffany Cash et de Grazibelle-chan. Un sentiment d'horreur s'empara du jeune geek. Combien faudrait-il côtoyer de Grazibelle avant d'accéder aux Tiffany et aux Tania ? Il ne se voyait pas avec un type portant un sac sur la tête et une femme taupe faire du macramé pour accéder à la notoriété.

« D... Désolé, mais c'est hors de question.

_ Quoi ? Mais qui refuserait cette formidable aventure juste pour un château et deux nénettes avec des gros seins ?

_ Heu... Tout le monde, non ?

_ Hum, je pensais que tu avais un peu plus d'envergure intellectuelle. Tant pis, je laisse tomber. Tu regretteras de ne pas avoir accepté, un jour ! »

Il se drapa dans une cape imaginaire et se mima, assis, en train de quitter la salle. Ezop soupira et retomba à plat ventre sur sa table. Il sentit au bout de quelques secondes la pluie de boulettes reprendre.

Bientôt, les néons de la salle de retenue explosèrent à cause d'une surtension provoquée par une centrale qui se remettait en route. Ezop resta pensif, bombardé dans le noir par du métal en papier.

*

Les officiers du Madol au Fromage étaient formels, et Pampa Huzzah était dores et déjà en train de fêter la nouvelle avec de l'alcool de kumquat. La Vahiné Kosrae venait d'être promue Ukuleliste (plus haut grade civil à bord d'un vaisseau de la flotte. Les Ukulelistes jouaient de la musique douce pour aider les Vahinés à faire leurs tâches basses sans stress), puisque sa bourde avait causé un énorme dégât des eaux au Point d'Impact. Les occupants ne le savaient pas encore, mais la cave venait d'être noyée par un court circuit qui avait fait sauter une partie de la tuyauterie. Toutes les analyses concordaient : il était évident que leur objectif était laissé sans aucune protection face aux évènements extérieurs.

Devant le mess des officiers, Pampa Huzzah tint un discours optimiste :

« J'ai dores et déjà transmis à notre espion la bonne nouvelle. D'ici quelques heures, le Point d'Impact aura sauté, et l'Ancienne Maison sera à notre merci ! »

Ce qu'ignorait encore Pampa Huzzah, c'est que s'il y avait une anomalie temporelle dans le Streetcred Palace, ce n'était pas pour rien. La taupe de Microfulgur, bien que située à quelques dizaines de mètres à vol d'oiseau pouvait techniquement mettre des jours et des jours à arriver à destination. Du moins jusqu'au prochain cycle de péripéties. Lundi matin...11

1C'est plus ou moins du jeu vidéo non interactif, en fait...

2Ca s'explique très bien : les gens qui se rencontrent via le web ont en général des trucs à se dire (même idiots). Des gens rencontrés dans la vie n'ont comme point commun avec vous que d'habiter dans le même secteur. Pour meubler les blancs en ayant l'air cool, il reste les concours d'alcool. Regardez comment ça se passe dans les écoles d'ingénieurs.

3Personnel de Service dans la langue Microfulgurienne. Désigne les jeunes filles volontaires pour tenir les vaisseaux en ordre pendant que les soldats vaquent à leurs occupation. C'est le grade le plus bas de l'armée de Microfulgur.

4Le narrateur se désolidarise absolument de la ponctuation fantaisiste utilisée par Poofy.

5Sans parler de leur tendance à rendre en retard des dissertations qu'on  ne leur a pas encore demandé.

6Dans le cas très particulier des lycéens confrontés à des parents, c'est aussi une épreuve. Annoncer qu'on a été collé provoque souvent une autre punition. Annoncer qu'on a reçu cinquante coups de bâtons administrés par un répétiteur scrupuleux est bien assez harch comme ça. Et même parfois ça attise la pitié !

7Il convient d'ailleurs de surenchérir à ce sujet, afin que le lecteur aie l'impression que ce passage en retenue constitue un rebondissement quelconque dans la dense intrigue du savoureux Projet EMGOH.

8Voir chapitre précédents

9Amédée ne prononça pas la même chose que ce qu'entendit Ezop, puisque le temps avait été décalé dans le Streetcred Palace. Si ce qui précédait la note 5 vous a échappé, eh bien vous avez un exemple concret, hallas.

10N'oubliez pas que la technologie a régressé...

11Cassetête-kun vous parle de la loi sur les Incohérences Explicatives : en fait, faire le trajet ne prendrait que quelques minutes. Mais ces quelques minutes auraient, pour les occupants, représenté tout le temps nécessaire à être amenés au prochain lundi matin. Six jours, en l'occurrence. Ce phénomène explique que dans toute fiction, le héros a le temps d'accomplir des dizaines de quêtes secondaires tandis que la chute d'un météore sur Terre est imminente. Alors que le méchant n'a que le temps de dire à ses sbires où se placer dans le donjon.

Cependant, il ne faut pas pour autant croire que pour le camp qui profite de la faille temporelle, il y ait un battement supplémentaire. En fait, ils ne font que bénéficier du vrai temps, alors que les éléments négligés par la faille temporelle sont relégués dans les affres des « trucs qui existent pas pour le moment ». Dans le cas très improbable où un « truc qui existe pas » (par exemple, tiens, la Taupe de Microfulgur) entre en contact avec un sujet favorisé par l'erreur temporelle, alors il ne sortira strictement rien de cette rencontre. L'un des deux, de toutes façons n'aura pas le souvenir qu'elle se soit produite et l'autre corrigera instinctivement ses souvenirs pour que cette rencontre devienne en pratique une non-rencontre. Dans le cas encore plus improbable où ces deux sujets se rencontreraient, mais pas le même jour, alors il est probable que l'univers soit anéanti.

Mais aucune raison de s'inquiéter, puisque l'Univers se divise lui même en partie affectée et non affectée par l'erreur. En vertu du paragraphe 2, il sera donc obligé de considérer que cette erreur n'a pas eue lieue.

Oh et puis merde, si jamais par hasard la Taupe et Ezop venaient à se parler dans le chapitre suivant, il n'y aurait pas besoin d'en faire tout un fromage, puisque personne ne s'en souviendrait par la suite. Si vous avez repéré une incohérence dans les dates d'EMGOH, blâmez l'incompétence chronographique de l'univers. C'est de sa faute si Ezop et Tiffany vont énormément circuler dans un univers apparemment statique.

 

Posté par Zali_Falcam à 19:56 - Projet EMGOH - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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