!!Emgoh 103_le_vrai_hdtv

Imma changin mah life.

Episode interdit en Ossétie du Sud !

Ezop traînait sous un escalier, coincé entre du matériel utilitaire du genre serpillère mouillée1. Il était à un de ces moments de vie – du genre moment de vie post-humiliation ultime – où le temps était venu de faire un léger mais douloureux bilan.

Amis corrects : 0

Petite amie : lol

Popularité : 1/0%

Passions : coûteuses et inutiles.

Physique : laid. Intégrité défendu par une fille plus jeune que lui.

Taux de reconnaissance dans le Hall of Fame Galactique : la requête « Ezop Kzyazky » sur le Livre de l'Univers renvoir à « 0 article trouvés »

Bilan : s'il était plus courageux, il aurait déjà sauté du haut de quelque chose de très très haut, avec certainement quelques plaisantins pour le pousser dans le dos afin d'être certain qu'il prendrait bien le vent.

Il s'endormit là, les fesses dans l'eau croupie, sous son escalier, et tomba dans un affreux sommeil sans rêves, juste plein de... De saumatritude.


*


Microfulgur avait soumis en quelques dizaines d'années l'essentiel de l'Univers. Il ne restait plus que quelques centaines de millions de civilisations évoluées à conquérir, et on pourrait enfin dire que ce plan du Zverse serait uni.

L'Empereur de l'Univers avait dores et déjà séparé en huit secteurs la galaxie, chacune dirigées par un Chef de Rayon, qui régnaient chacun sur leur Continent du planétoïde de Palikorr. Sur cette planète entièrement mécanique étaient prise les décisions concernant toute la civilisation humaine.

Ca faisait une somme, et autant dire que pour rencontrer les huit Chefs de Rayon et l'Empereur en même temps, il fallait que ça soit pour quelque chose de plutôt très important, ou avoir fait une sacré bêtise. D'ailleurs on n'avait pas réuni telle assemblée depuis qu'un idiot avait essayé d'utiliser un ordinateur quantique pour diviser par zéro, et manqué de faire disparaître absolument tout ce qui n'était pas constitué d'antimatière. Pampa Huzzah n'était heureusement pas dans ce cas, il était juste convoqué pour une mission un tantinet cruciale.

Il s'était attendu à se retrouver uniquement devant Joe l'indien, le Chef de Rayon en charge du secteur ou se trouvait la voie lactée. Mais non, ils étaient tous là, à l'attendre dans une gigantesque salle oblongue surmontée d'un écran de quelques centaines de pouces ou la silhouette de l'Empereur se découpait sur fond de musique douce.

Il y avait Laure Lerose de la Muguet Jolie, le Chef de Rayon numéro un, en habit de mousquetaire rose fluo, lissant sa fine moustache.

Puis venait Raoul Villain, le numéro deux, un ancien humain qui avait fui la Terre après avoir tué... Jaurès (air connu). Devenu immortel après sa cybernétisation il avait décidé de tenter sa chance comme administrateur d'un huitième du cosmos.2

On trouvait là également Un_Canard, qui était un canard. Le troisième Chef de Rayon n'était pas le plus populaire, ceci dit pas le plus haï non plus. Quel avis voulez vous avoir sur votre maître galactique quand il s'agit dans le même temps de l'animal le plus bizarre et le plus rigolo de la création ?

Joe l'Indien, le quatrième, était un gigantesque indien nommé Joe. Il n'était pas terrien, pas du tout, a vrai dire il avait trop de tentacules pour être ne serait-ce que confondu avec un humain. Et sa toque de plumes était un organe externe qui suintait des biles. Mais Joe l'Indien maintenait qu'il était un indien du grand nord, et personne ne serait allé le contredire sous peine de se faire engluer par de la bile. Personne ne veut être englué par de la bile.

Fille du Vent était la cinquième. Une belle âme, en vérité. Elle était intelligente, fine et subtile, et s'il ne s'était pas s'agi d'une intelligence artificielle matérialisée par une sorte de cerveau dans du formol, elle aurait sans doute été fort courtisée.

Titanesque boule de poils cyclope qui occupait à elle seule plusieurs bancs de la table, la Blogosphère était la sixième représentante des Chef de Rayon. On pouvait pour résumer sa personnalité dire qu'elle avait mauvaise réponse à tout.

Une sorte de gaz éthéré trônait à la septième place. Tout le monde faisait bien attention à ne pas regarder dans cette direction, puisque Cette Chose Bizarre avait la triste réputation de faire disparaître au sens littéral tout ce qui le regardait un peu trop longtemps.

Enfin, un sac en papier sur la tête, le frêle huitième Chef de Rayon était en bout de table. Il s'appelait Anousse Anonymousse, et nul ne savait vraiment ce qui pouvait se cacher sous la chape  de son sac en papier.

Pampa Huzzah et Aloha Zÿõ, sa fidèle assistante, s'agenouillèrent en entrant dans la pièce.

“Seigneur Empereur. Seigneurs Chefs de Rayon. Pampa Huzzah vous dit Aloha !”

Aloha Zyo, qui portait le prénom sacré des seigneurs de l'univers à cause de parents très pieux, salua aussi. La silhouette de l'Empereur tonna sur l'écran géant :

“Debout mes amis. Pampa ! Je vous ai demandé de venir ici car nous allons vous confier une mission de la plus haute importance. Vous êtes un homme extrêmement talentueux et votre palmarès est grand.

_ Je vous remercie, Empereur. Je ne veux que vous servir !

_ Bien, bien. Chacun des huits chefs de Rayons s'est impliqué personnellement dans cette mission symbolique, même si tu seras sous la tutelle directe de Joe l'Indien. Mesdames, Mesieurs et autres, je vous laisse la parole.”

Laure Lerose de la Muguet Jolie se leva, faisant flotter ses vêtements bouffants bariolés. Lissant sa moustache de sa main gantée, il sortit un parchemin de sous son pourpoint.

“Hum. Eh bien très cher, j'ai évalué la situation militaire. L'Ancienne Demeure en est encore à un age militaire fort reculé, mon ami. Les autochtones passent leur temps à guerroyer. Militairement, mais aussi socialement, dans les rapports familiaux ou scolaires : tout est basé sur une structure de conflit et de pénibilité. Morbleu ! En théorie, avec le nombre de millénaires qu'ils ont eu pour se développer, ils devraient avoir des armadas cosmiques, mais paradoxalement, mon bon, voyez-vous; ils sont trop occupés à se disputer pour développer des armes efficaces. En d'autres termes, l'Ancienne Demeure n'a pratiquement aucune force à nous opposer, cornegidouille.”

Pampa Huzzah prit note. Les rapports chiffrés et détaillés seraient ajoutés à sa base de donnée par la suite.

“Je m'y connais en ce qui concerne la filouterie des humains, dit le cyborg Raoul Villain. Je pense que s'ils déclinent votre offre de soumission, ils vont tenter une contre attaque par le biais d'assassins ou de commandos. Il faudra être particulièrement vigilant à ne pas se mettre en position d'être exposé à une attaque de ce genre. Quelques mesures de sécurité, quelques alarmes pour les intrusions assureront une défense totale contre leurs attaques.

_ Coin, dit Un_Canard, voulant signifier par là bien des choses3.

_ Joe l'Indien dire que habitants de l'Ancienne Demeure souvent mépriser mon peuple. Réduire à clichés comme hache de guerre et calumet de la paix. Ca prouver eux totalement naïf, malgré troisième millénaire fort bien entamé. Utiliser naïveté des habitants avec espionnage et infiltration pour mener campagne sans scalper trop de papooses, serait bonne idée.

_ J'ai pris la liberté de contacter des agents dormants que nous avons dans l'Ancienne Demeure, dit Fille du Vent. Il sera très facile, en cas de conflit armé, de détruire le Point d'Impact en utilisant nos espions. Encore une fois dans l'optique de mener la reprise de l'Ancienne Demeure sans causer de pertes inutiles.

_ LA BLOGOSPHERE SENS BEAUCOUP DE BLOGS SENTIMENTAUX NIAIS SUR L'ANCIENNE DEMEURE. LES HUMAINS SONT SENSIBLES. ON PEUT UTILISER LEURS HORMONES. PAR CONTRE, IL Y A BEAUCOUP DE TROLLS. IL FAUDRA PREVOIR DES FLECHES ENFLAMMEES.

Pampa Huzzah ne tint pas compte de la dernière partie de la remarque. Il était de coutume que la Blogosphère interprête mal une partie des données qu'elle avait à analyser.

“Vainquez”, conseilla quelque part dans l'air la voix de Cette Chose Bizarre.

Ce n'était pas un conseil, ni une analyse de terrain, mais tout le monde s'abstint de le faire remarquer. Parce qu'alors il aurait fallu parler à Cette Chose Bizarre, et nul ne souhaiter tester sa chance.

“Je suis un spécialiste des nombres et des foules, dit Anousse Anonymousse. Les humains sont très à l'étroit sur la Terre, Mars et la Lune, c'est évident. Et plus ils deviennent nombreux, plus ils sont idiots. Vous ne rencontrerez donc qu'une faible résistance spirituelle des foules. Si les autorités résistent, utilisez le peuple comme une arme pour se ranger derrière nos arguments.

_ Bien compris. Je vais accomplir ma mission avec brio. Puis-je me retirer ?

_ Fais, dit l'Empereur. Prends ton vaisseau, tes hommes, arme le de bons vivres et d'autant de munition que tu voudras. Tu as carte blanche, tant que tu n'abîmes pas l'Ancienne Demeure plus que de raison. Va. Si tu triomphe, il y aura de la promotion pour tout le monde.”

Pampa Huzzah et Aloha Zÿõ se retirèrent, l'un en rêvant d'un badge de Cybergénéral, l'autre en songeant à la solde que lui apporterait le grade de Pom Pom Assistante.


*


Bob, le maire de Paris, rêvassait dans son uniforme bleu. Riens à signaler, le siège était tout dégagé. Et Paris vivait sa petite vie, tranquille, sans qu'on ait vraiment besoin de lui.

Il prit une part de gâteau qu'on lui avait apporté.

“Hmmm. This is delicious cake, se dit-il à lui même. Must try it !”

Bob était suédois. Il parlait en anglais. Il était maire de Paris. Un profil bizarre pour un poste sans aucune importance.


*

Dans un état de demi chaos, Ezop se trainait dans les rues aux abords du lycée, soutenu par Lilly. Elle l'avait trouvé en train de faire son épve sous un escalier, et avait entrepris de le ramener chez lui en lui faisant un sermon sur l'importance de se prendre en main.

L'adolescent écoutait à peine. Elle lui faisait ce genre de lecture depuis qu'ils étaient enfants. Quand ils entraient en conflit et dieu sait que cela était arrivé souvent dans le contexte étroit du bac à sable, Ezop avait toujours préféré courir s'endormir en pleurant dans des endroits invraisemblables plutôt que d'affronter la conversation au risque d'insulter Lilly. Il avait bon fond, et ne voulait pas laisser ses mots dépasser ses pensées. Et quand il sentait que le sermon de Lilly poussait un peu trop loin sa patience, il se contentait d'une phrase piteuse pour y mettre fin.

“C'est bon je vais mieux, Lilly. Merci de tes conseils. J'vais aller à la maison regarder la télé.

_ Hum t'es certain que ça va mieux ? Demanda-t-elle.

_ Ca va j'me suis un peu fâché pour rien, maisc'est bon maintenant, ça va. Tu peux me laisser rentrer, t'es pas ma mère.

_ Mais si je suis ta mère, dit-elle d'une voix énervante en lui tapant dans le dos. Ca tu le comprendras quand tu auras un peu muri. Allez, disons qu'on en parle plus.

_ On en parle plus” soupira Ezop dont la personnalité n'était, comme nous l'avons déjà évoqué, peu conflictuelle.

Parce qu'au plus profond de lui, il avait vraiment envie d'en parler encore. Pas d'entendre un sermon, mais de parler de lui. Faire le point. Ce point si douloureux d'une vie qui se résumait à des nuits blanches à simuler une plaque chauffante et à regarder de mauvaises séries de SF sur des chaînes désertées par la majeure partie de la population, y compris parmi des gens bizarres.

Ils attendaient le bus, qui allait attérir prochainement. Un gémissement finit quand même par échapper aux cordes vocales du jeune homme.

“Faudrait vraiment qu'une bonne fée se penche sur mon cas, et arrange tout de A à Z dans ma vie.

_ Peut-être que je te suffit pour ça ? Rétorqua Lilly un peu décontenancée. Tu devrais m'écourter un peu quand je te dis d'essayer d'être un peu plus... Normal. Tu te ferais des amis sains !

_ Ouais, je sais” dit-il d'une voix terne.

Ce qu'il savait aussi c'était qu'il n'en avait strictement aucune envie. Le monde était assez plein de Kevins affreusement normaux. Lui voulait être aimé pour ce qu'il était. Comme Amédée. Amédée l'Ringard étairt aimé, et jamais à la moindre seconde de son existence il ne s'était renié. Quelque part au fond de lui, Ezop savait que vouloir devenir comme Amédée était tout sauf glorieux. Mais au moins, il n'aurait pas l'impression de se trahir !

Ils descendirent du bus4 et Lilly raccompagna Ezop jusque devant chez lui, tenant à s'assurer qu'il n'allait pas craquer. Elle le prit par les épaules.

“Allez, crois un peu en toi. Je suis sur que si tu t'en donnais un peu la peine tu deviendrais un type absolument formidable !”

Elle planta un bisou sur une de ses joues et partir à grande enjambées, un peu trop vite pour être honnête. Sentimentalement aveugle comme un garçon, Ezop resta planté là, perdu dans ses réflexions.

Ouais eh ben n'empêche qu'un Ange Gardien ne serait vraiment pas de trop ! Songea-t-il, pas assez touché par la grace du Dieu de la Subtilité pour remarquer qu'une fille assez jolie qu'il connaissait par coeur venait de l'embrasser avant de se sauver comme une midinette secouée par la sève hormonale printanière.

Il rentra chez lui, s'enroula dans une couette sentant le désagréable et familière odeur de ses propres humeurs sudoriques et s'abrutit devant la télévision.


*


Le Madol au Fromage, magnifique forteresse volante de Pampa Huzzah, voyageait de manière royale dans les cieux. Il circulait sur un axe très fréquenté, mais avait obtenu un code de circulation prioritaire. Autrement dit, tout le monde prenait bien soin de le laisser passer avec moult salutations et vivas sur les canaux de communication. Et étrangement la plupart des vaisseaux qu'ils croisaient étaient absolument ravi de devoir se détourner ou attendre quelques heures à la reprise du traffic. Pour la simple et bonne raison qu'il s'agissait d'un vaisseau haut placé dans la hiérarchie de l'Empire de Microfulgur, et que l'Empire de Microfulgur qui régnait sur l'essentiel de l'Univers était incroyablement populaire.

Les peuples les plus avancés technologiquement, ceux qui avaient maîtrisé les sciences les plus obscures et les plus techniques comme la physique quantique, la création des pulsars artificiels, la contredanse Haïtienne ou les affres du système SECAM s'étaient massivement pliés à la discipline des Microfulguriens. L'Univers quasi-entier avait été soumis en un temps absolument record, grace au génie politique de son maître absolu, terré au coeur du planetoïde de Palikorr...

Et l'Univers était heureux.

*

Matinée d'Ezop.

Emerger de sous ses draps en gémissant au son tonitruant du réveil funeste. Difficultés. Humeurs mentales et corporelles du matin, tout évoque l'oeuf pourri. Ramper jusqu’à la douche. Oublier sa serviette, mouiller le salon pour la trouver. Se brosser les dents et se fracasser une gencive supérieure en y allant trop fort. Se modre un afte. Se cogner le petit orteil dans le meuble en fer, souffle coupé. Impossible de se décoller le pansement du doigt. Prendre son petit déjeuner. Faire tomber la tartine dans le bol, et le bol sur le sol de la cuisine. Marcher du pied sur la tache grasse. S’habiller. Mauvaise jambe dans le mauvais trou du pantalon. Mettre ses chaussettes et se rendre compte qu’on a une céréale collée entre deux doigts de pieds. Trop tard, déjà écrasée : miettes. Rater le premier bus. Obligé d’attendre le second, bondé et sentant le tabac exotique des lycéens flemmards. Tête dans le sac : se tromper d’arrêt. Marcher, jusqu’au lycée, et accessoirement dans une crotte de chien. Elle est fraîche : encore verte. Arriver au lycée. Bousculé par deux personnes qui font comme s’il n’y avait personne en lieu et place d'Ezop. Eclaboussé par une voiture qui a bien vu qu’il y avait quelqu’un à éclabousser, en lieu et place d'Ezop. Grimper les escaliers. Se tromper de salle de classe, déclancher l’hilarité d’étudiants cruels. Trouver la bonne salle, se faire renvoyer chercher un billet de retard. Surveillant peu coopératif, occupé à savourer un tête à tête passionné avec une tasse de café. Revenir en cours.

Dix heures sonnent. Récréation. La journée semble avoir suivi un cours interminable, mais le soleil n'a pas fini sa course ascendante : dix heures seulement.

Ezop alors, était assis sur un rocher, et laissait saigner lentement son coeur et son âme vide d'amour et d'espoir. Pour lui, la vie avait désormais cet affreux gout d'ironie amère que peut ressentir un cul de jatte perdu sans sa charette sur un rocher au bord de mer, les moignons irrités par les embruns salés de l'Arctique. Il ne réalisa qu'au bout de quelques instants qu'une petite main passait devant ses yeux pour attirer son attention.

“Quoi ?

_ Je disais que tu as une mine vraiment horrible, Zozo, dit Lilly. Mais enfin, tu t'es vu ces temps-ci ? On dirait que tu essayes de... De te transformer en zombie !”

Elle n'était pas très imaginative pour les métaphores.

“Ah, des zombies, je sais pas, non, j'étais chez moi.”

Et Ezop n'était même plus en état de les décoder.

Hum... C'était une image. Ca ne va vraiment pas, toi. Mais dis-moi, c'est à cause d'hier ? C'est ça ?”

Elle était subtile et avisée. Ezop la regarda piteusement.

Souvent, elle se préoccupait de lui. Mais elle ne réalisait souvent qu'avec de gros contretemps qu'elle était une des causes de ses soucis, et qu'il souffrait du fait même d'être couvé de manière si dégradante. Il avait de la fierté, quelque part. Cette fierté qui le retenait d'avaler des sceaux de vers vivants pour concurrencer Amédée l'Ringard sur son terrain. Il ne voulait pas réellement devenir un monstre, et tenait absolument, au fond, à entretenir une relation normale avec Lilly. Pour l'heure, il s'y trouvait en position inférieure : c'était plus que déplaisant. Il se sentait protégé comme on protège un chiot malade. Il était coincé dans un état ou il n'était ni sociable, ni suceptible de se photographier avec sa webcam, stylos dans le nez et caleçon sur la tête pour en faire des wallpapers.

En fait, pour tout dire, il avait vraiment honte de lui. Lilly l'accompagna aux toilettes : il avait besoin de se passer un peu d'eau sur le visage.

“Dis, Lilly, pourquoi j'ai pas un Ange Gardien qui arrangerait un peu toute ma vie ?

_ Un ange ? Depuis quand tu es croyant ?

_ C'est pas la question d'être croyant... Tu sais, un Ange Gardien sorti d'un miroir, un être étrange venu du futur pour veiller à ce que je rate pas ma vie, ou une jeune fille nubile en kimono qui me dirait que je suis l'héritier d'un gros château. Tu vois ce que je veux dire ?

_ Pas du tout, répondit lentement Lilly, un peu effrayée.

_ Je me contenterais d'une vague tante qui m'offirirai un établissement thermal. Et paf, à chaque fois que ma vie commençerait à aller de travers, elle serait là et les choses se remettraient dans l'ordre et ça irait bien pour moi.”

Lilly avait les bras ballant et le fixait d'un air un peu vide et un peu consterné.

“Je me demande ou tu as été pêcher ces idées de pervers mégalomane, articula-t-elle doucement, en pensant les mots pour ne pas être trop blessante.

_ Je sais pas trop... Ca me vient comme ça... C'est que des exemples...

_ Ben en tout cas, ça n'arrive jamais dans la réalité, des trucs pareils.

_ Et t'as mieux à proposer pour améliorer ma vie de merde hein ?”

Formule colérique et peu pensée. Bien sur qu'elle avait. Elle n'avait même que ça.

“Reviens un peu à la réalité, et puis... Prends toi un peu en main ! Et n'oublie pas que je suis là, aussi, moi...”

L'information avait été volontairement repoussée en fin de proposition. Pas question que cette donnée de vulnérabilité sentimentale se mette à s'exposer en tête de phrase comme si elle était assumée et portée en fière bannière !

Ezop ne répondit pas et entra dans les toilettes des garçons. Lilly la sermonait de l'aurtre côté de la porte mais il n'écoutait que d'une reille distraite. Se passant de l'eau sur le visage, au dessus d'un lavabo en bois5, il se trouva une mine abominable, qui devant sembler repoussante à la lfille sexy qui se reflettait dans un coin du miroir.

Réalisant l'anomalie, il se retourna. Réalisant l'anomalie encore plus anomalique, il se re-retourna vers le miroir. Il y avait quelqu'un DANS le miroir.

“Salut ? Dit-elle d'une voix mélodieuse.

_ Oh. Ca y est, je débloque.”

Ezop, paniqué, se voyait déjà attaché sur la chaise d'un délicat psychiatre chauve au regard fuyant, prêt à lui griller les neurones à coup de séismes électriques.

“_ Tu as deux minutes ? Je peux te parler ?

_ Je... J'parle jamais à mes hallucinations. Ce que je vois là, ça me plait pas du tout. Partez de ma tête, pitié !

_ Oh, oui, la rationalité humaine, se reprit la jeune fille. Je suis réelle tu sais, regarde !”

Elle passa une main au travers du miroir. Un long avant bras ganté de blanc et de dentelle.

“Les hallucinations disent toute ça !”

Ezop se plaqua contre les portes des cabinets, derrière lui. Voyant que la jeune fille continuait à jaillr du miroir, il quitta la pièce, blanc comme un fantôme après un don du sang, et se retrouva face à Lilly. La fille du miroir poussa un soupir.

“Ca ne sera pas aussi facile que je le pensais.

_ Pôrô ? On débarque maintenant ? Demanda en couinant la boule de poils déjà entraperçue par le lecteur attentif.

_ Non, désolé Pôrômanthe, il va falloir attendre encore un peu.

_ Mais j'en ai pôrômarre de me ballader dans ces canaux de réalité quantiques !”


*


Un adjoint en sueur entra dans le bureau de Bob, le maire de Paris. Il agitait une feuille de papier électronique et semblait être pressé par une sorte d'urgence. Et de désespoir p

“Bob ! Bob ! Nous avons un problème...

_ O RLY.”

L'adjoint eut un temps d'arrêt. Il savait en venant dans le bureau ce qui allait se passer. Bob, dans son bel uniforme bleu, était une énigme vivante, personne ne comprenait rien à ce qu'il disait. Personne n'arrivait à communiquer avec ce type. Et il était maire de Paris. Et par dessus tout, il était responsbale des Forces de Défense de la Planète Terre.

“Lol, wut ? Demanda finalement le maire en réajustant son képi flambant neuf.

_ Heu... Quelque chose se dirige rapidement vers la Terre, Bob.”

Bob sourit. Et ne répondit rien. L'adjoint secoua encore un peu sa feuille, se tamponna le front, et voyant que ses effets d'accentuation de panique n'avaient pas grand effet, il referma la porte du bureau.


*


Lilly regardait son ami, plaqué contre la porte des sanisettes, haletant.

“Heu... Un souci, Zozo ? T'es blanc comme de la lessive.”

Rien ne semblait pouvoir améliorer sa capacité à manier la métaphore.

“Hum, souffla Ezop. Je crois bien que j'ai un besoin assez heu... impérieux (il sortait le grand jeu sémiologique des circonstances nodales de l'avancée du scenanrio) d'avoir une copine.”

Lilly regarda les toilettes, puis son ami d'enfance.

“Une copine ? Ca t'es venu en te passant de l'eau sur le visage ?”

Oh que oui. Oh que oui ça lui était venu dans les toilettes. Parce que le stade où l'on commençait à avoir des hallucinantions de jeunes filles nubiles dans les lieux réservés au caca était juste celui qui précéder le fait de s'abonner à une revue en ligne consacré à des omakes de Dating Sims singapouriens, avant de passer une vie de reclus dans une mezzanine puante à élever des gerboises pour en faire dieu sait quoi. Et d'être retrouvé aux environs de quarante-cinq ans, mort dans sa graisse et sa sueur, trouvé par hasard par un avocat enquêtant à la demande du voisinage sur la délicate question du “mec qui habite au grenier et qui attire des rats gros comme mon caniche”.

Il n'y avait qu'une alternative saine et supposément abordable sans avoir à pratiquer de sport : se dénicher une copine. Il partait du principe que si même Amédée l'Ringard avait une copine (nous demanderons au lecteur attentif de retenir cette information pour un chapitre ultérieur6), n'importe qui (et par là il voulait dire lui) était capable d'assainir sa vie par ce biais.

Il allait changer sa vie.

Quelle aurait été la suite logique des évènements, par exemple si Ezop avait été doué de bon sens ? Il aurait certainement pris Lilly par les épaules, lui accrochant les pupilles de son regard de braise tiède, et lui aurait dit quelque chose comme [Cartland]Toi et moi... Depuis notre plus tendre enfance... Toujours là pour moi... Possible (comblez les blancs avec de la nunucherie standard)[/Carland)]. Mais Ezop était plus pétri de défaite que de bon sens. Son education sentimentale avait eu plus à voir avec de mauvais mangas plein de fan service rampant et de RPG remplis de prêtresse niaise aux gros seins qu'avec les romans pesants de langueur de Flaubert. Il n'accomplit donc pas le desin heureux qu'attendait vaguement de lui un quelconque bon génie universel qui le plaçait en ce moment entre Lilly et des toilettes vide de tout gêneurs : il choisit Tania Chang.

Il démbula tel un robot dans les couloirs du métro jusqu'aux machines à café. L'endroit certainement le plus vivable de la titanesque cité dans la cité qu'était Puma VII. Il y avait là une enfilade interminable de distributeurs de soda et de divers produit à base de caféine auxquels faisaient face de confortables banquettes de cuir, dons de mécènes persuadés que leurs rejetons bourgeois ne pouvaient décemment pas passer leurs pauses assis sur du bois. Ezop savait qu'elle serit fatalement là. Elle était là, la plupart du temps, avec sa (basse) cour agglutinée autour de ses formes parfaites. De niaises poulettes et de virils coqs à la cervelle vide, agrégat mou autour de la fille la plus parfaite et la plus populaire de tout le vaste domaine de la scolarité parisienne : Tania Chang. Métisse du froid vif et magnifique des plaines de Russie et du raffinement doucereux et impénétrable de la Chine. La parfaite beauté intouchable, trop belle, trop intelligente, trop bonne (dixit les neueus agglutinés cités précédemment), elle savait jouer avec les sentiments de ses sbires sans jamais franchir le pas et aller trop loin.

Oh, et bien entendu, Tania était méchante.

Certains étaient lucides. C'est toujours le cas. Par exemple, mis à part les quelques footballeurs de cro-magnon qui constituaient son cercle d'amis, tout le monde considérait Kevin comme un imbécile fini.

Dans le cas de Tania, à l'exception des quelques godiches qui constituaient sa petite cour privée, toutes les filles savaient sans le moindre doute que Tania était l'archétype de la sale garce prétentieuse.

Ezop écarta la garde prétorienne dense autour de ce mannequin des cours de lycée et tituba vers elle. Tout le monde buvait les paroles qui sortaient de ses lèvres fines. Elle portait une robe chinoise parfaitement fendue, et affichait un air hautain souligné par ses cheveux attachés en chignon oriental. Quand elle vit s'approcher Ezop, elle le regarda à peu près comme un T-Rex aurait considéré un demi-lombric s'il était passé par hasard devant sa pupille.

Très doué avec les femmes, notre héros commença son approche.

“S... S... SS...

_ Tiens, alors comme ça c'est la journée des bègues ? Tu veux que je fasse une donation ?”

Tania déclanche des ricanements serviles dans l'assistance.

“SS... Sors avec moi, Tania Chang, terminale F3, Dix-huit ans et demie, finit-il par s'écrier dans la plus passionnée des déclarations d'amour dont il était capable.”

Devant la rupture du cours logique du déroulement des évènements, il y eut d'abord un blanc d'incompréhension de la part de l'assistance. Puis quelques uns finirent par réaliser, et à laisser échapper des ricannements, puis des rires francs, et enfin il y eut une hillarité générale qui s'abattit comme un couperet sur les espoirs du jeune geek. Quelqu'un donné une pichenette sur l'arrière du crâne d'Ezop, qui se voyait déjà en train de finir sa vie en se suicidant avec des yahourts périmés. Tania, qui était restée de marbre, prit finalement la parole en surmontant le brouhaha des rires gras.

“Ezop, c'est ça ?”

Elle avait une mémoire prodigieuse des trombinoscopes.

“Oui... marmotta l'intéressé.

_ D'accord, on sort ensemble.”

Quelque part, une galaxie entière explosa de surprise dans un grand rot d'incompréhension.


*


  Le Madol au fromage ralentissait. Au loin, on voyait une minuscule planète bleu-mer/gis-pollution. L'Ancienne Demeure.


EMGOLEXICON III

Le dico pour les idiots !


Dating Sim : On en a déjà parlé, j'en suis quasiment certain.

Hall of Fame : “Entrée de la célébrité”. Quoi ?

Omake : Les snobs ne font pas de prouts, ils lâchent des vents. Les geeks ne regardent pas les bonus d'une oeuvre mais ses omake.

RPG : Role Playing Game. Jeu de rôle. Absence de vie au programme !

SECAM : Personne ne veut se souvenir du SECAM.

Troll : Sorte de créature nordique, le Troll est aussi une êrsonne qui arpente les communautés internet en essayant de mettre le bordel et de causer des disputes, par exemple en disant que Sarkozi est un nazi, que les communistes sont des nazis, ou que Hitler = SS. Il vaut mieux ne pas répondre, car un troll non nourri est un troll qui s'exile.

Wallpapers : méthode geek pour désigner un arrière plan. Le truc probablement horrible sur lequel se superpose vos icones.



1Le Lycée Puma VII était nettoyé par des robots, néanmoins les dessous d'escaliers de lycée ont toujours généré et généreront toujours des serpillères humides.

2Mine de rien il n'y a pas tant de candidats que ça, c'est un travail fatiguant et ingrat.

3En l'occurence “Ami Pampa Huzzah, j'ai fait le rêve prophétique que votre vaisseau serait au final tout englué par de la confiture de fraise à un moment donné de l'opération, ceci dit il s'avère que la plupart du temps mes prédictions sont, et j'en suis fort marri, totalement fausses. Maintenant si vous voulez bien me jeter quelques boulettes de mie de pain, ça serait fort aimable à vous, j'ai envie de me précipiter vers de la nourriture en battant des ailes de manière ridicule.”

4Le problème des limitations de vitesse était considéré comme secondaire depuis que tout le monde utilisait des engins volants. Le ciel saturé d'engins supersonique de Paris était à l'origine de la création de nombreux CHU le long des lignes de transports en commun.

5Oubliez pas ce que je vous ai signalé sur les ressources naturelles...

6Il pourra ainsi dire “Je le savais” et booster son ego à la nitroglycerin-plot.