Gulby s'est senti visée par mon précédent article. Je vais donc préciser un peu ma pensée sur le Japon.

Boule et Bill. Vous voyez Boule et Bill ? papa maman, un chien, un gamin avec une salopette, smiling happy people, tout ça. Qui peut croire que la France, c'est Boule et Bill ? Non, Boule et Bill c'est une image de la France, une parmi tant d'autres. Quiconque vivant en France pourrait dire : Boule et Bill ça se passe en France, mais cette BD ne reflette pas la France. Pas plus qu'Achille Talon, Tintin (sérieux m'emerdez pas avec la Belgique, je les inclus dans ma démonstration ^o^) ou n'importe quelle série se déroulant sous nos cieux. Pourquoi ? Parce que si toutes les BD ressemblaient à des oeuvres de Tito ou de Tardi, qu'est-ce qu'on se ferait chier ! Un peu de Tito ou de Tardi c'est très bien, mais on ne demande pas à la BD de n'être qu'un témoignage social, pitié, le Père Porcher nous en garde !
Les mangas, c'est exactement pareil. Tout manga, et je précise que par manga j'entend BD japonaise dessinée par un japonais, contient des bouts de Japon. Sans exception. Même un Manga de hard SF dans lequel il n'y a absolument aucun élément du Japon contient des éléments propre à la mentalité japonaise. Dans Red Eyes, par exemple, il y a une conception de la guerre toute Japonaise, bien que le manga semble se passer dans une pseudo Néo-Russie balkanisée.
Il y a une constante humaine à toute création, quoi que puisse en penser cette saucisse de Stendhal : ça ne peut pas être un reflet de la réalité. On peut prendre des exemples carricaturaux aux deux extrêmes, celui d'un Japon idéalisé et d'un Japon d'Apocalypse.
Le Japon Idéalisé à la Love Hina n'existe pas. Les gens qui foutent rien en rigolant joyeusement dans des pensions de famille, ça n'existe nulle part -au Japon-.
Le Japon cataclysmique de Ki-Itchi, avec ce petit garçon orphelin et autiste perdu coincé entre des psychopathes, des clodos oubliés de tous et une société d'adultes complètement cinglés et xenophobes à un trait extrêmement amplifié.

Il reste que Ki-Itchi s'appuie, je dois le souligner, sur une vraie analyse sociétale de ce qu'est le Japon. On comprend mal un tel manga (comme on comprend mal un Homunculus, par exemple) si on n'a pas un minimum conscience qu'il y a derrière le Japon de la BD un vrai pays (une civilisation, même), qui ne se limite pas à un ou deux quartiers branchés d'une ou deux grandes villes. Quelques points à nos weeaboos sur ce qu'est le Japon moderne, qu'on peut par ailleurs trouver passionant et avoir envie de visiter, je dis pas le contraire.

* C'est déjà un pays qui a traversé une double crise économique après 50 ans de prospérité. le Japon était un pays sans chomage et sans SDF, et cette "classe sociale" est brutalement apparue depuis une dizaine d'années, causant une véritable crise morale et de confiance.
* Ce pays avait une criminalité quasi nulle - c'est toujours une des plus faible du monde - ce qui se paye par un corps policier énorme (chaque rue à quasiment son flic dans une démarche d'hyperpolice de proximité), mais cepuis quelques temps, cette criminalité prend de plus en plus racine, et sur plusieurs points : prostitution galopante, aigmentation des morts violentes, délinquance économique... Tiens si on veut lire un bon manga ou un bon roman sur la question des violences noctures, il y a le très trash Ikebukuro West Gate Park, pas spécialement réaliste mais qui a bien le mérite de mettre la lumière sur ce nouveau panel de criminalité. Tiens au passage, le Japon est un pays qui traite affreusement mal ses prisonniers. Certes, il faut le faire pour aller en prison (pour beaucoup de crimes légers, s'applatir comme une merde devant un juge et s'humilier en public peut suffire), mais on oublie pas que le Japon continue d'exécuter, et ce dans des conditions assez terribles (plusieurs mangas parlent d'exécutions capitales. Détenu 42, par exemple.) Des auteurs mondialement connus comme Mansamune Shirow défendent farouchement la peine capitale.. Tiens, la lecture de Rainbow est assez utile aussi, pour saisir la mentalité Japonaise vis a vis de la justice.
* Ce pays a un rapport complètement détraqué au relationnel, écartelé entre la tradition et les excès de la société de consommation moderne. Le Japon c'est un million de reclus qui ne mettent plus jamais un pied hors de leur chambre, c'est aussi les Ijime (martyrs) qui se suicident à tour de bras, et je passe sur l'industrie pornographique, qui dérive plus et depuis plus longtemps que ce que tous les détracteurs excités du Pr0n occidental peuvent imaginer.
* Ce pays a aussi un rapport assez particulier au monde extérieur. Je ne reviens pas sur la xénophobie intense qui a cours chez beaucoup de japonais, mais on peut par contre s'attarder sur l'attitude néocoloniale scandaleuse du pays. Les Japonais organisent depuis des années un pillage en règle de l'Asie du Sud Est, déboisant à tour de bras, et se comportant comme des connards finis dans les bordels de Thaïlande. Ken le Transporteur montre bien ce côté "Japonais arrogant", et si on veut plus taper dans la fantasy, on se reportera à 3X3 eyes, du moins les tomes se passant en Malaisie.
* Le rapport à l'Histoire est aussi assez effarant. Imaginez qu'en France, chaque année, le président aille rendre hommage à Laval, honorer la mémoire de la Légion Charlemagne et de la LVF. Bon, eh bien c'est plus ou moins ce que fait dans la joie et la bonne humeur le Premier Ministre Japonais chaque année, en se rendant dans un sanctuaire où sont enterrés les pires criminels de guerre du pays. Imaginez encore que ce pays, (au passage copiant-collant tout ce que décide la Maison Blanche) nie le génocide de Nankin, nie l'existance de l'unité 731, nie l'existance des Femmes de Réconfort. C'est comme si les allemands niaient Guernica, l'existence du Docteur Petiot et la Polonisation, et que le fait de ne pas le reconnaitre et même de le foutre dans les manuels scolaires était une doctrine d'Etat. Je précise bien entendu qu'il s'ahit la d'une opinion que ne partagent pas tous les Japonais.
* Le Japon est une société extraordinnairement vieillissante, qui refuse obstinément de faire appel à l'imigration pour renflouer sa pyramide des âges (parmi les bases les plus faibles du monde). C'est un des pays les plus épargnants et les plus endettés du monde, totalement dépendant de l'économie internationale. Le jour ou les USA s'écroulent, ou que la Chine réévalue le Yuan, le Japon connaitra un effondrement monstrueux de son économie, et ne sera plus qu'un océan de chaos avec des îlots de vieillards assis sur des sacs d'or. Au passage, ça implique une extrême précarité des conditions de travail  -la pauvreté va avec- pour ceux qui n'ont pas la chance de faire carrière dans une bonne boîte. De plus en plus de gens, japonais comme immigrants (essentiellement coréens) sont condamnés à ne plus exercer que d'éreintants "Baitos" en principe résrevés aux étudiants.
* Sans vouloir, enfin, détruire les illusions des émigrants vers le Japon, surtout les dessineux, il me souvient un interchapitre de Yuyu Hakusho, ou l'auteur (qui a souvent prétendu être mort pour arrêter une série sans être lynché et qui ressemble incroyablement à un de mes oncles) calculait son temps de travail. Il aboutissait, je crois, à 96H par semaine. Soit quasiment trois fois la durée du temps de travail français. Ca représente 14H de travail 7 jours du 7, et ce la très très grande partie de l'année. Pour, dans la plupart des cas, absolument aucune reconnaissance : pour quelques stars qui émergent dans le manga, des centaines de titres restent totalement inconnus, ne sont jamais édités en volume reliés, voire sont brutalement tués dans l'oeuf faute de succès.

Qu'est-ce que je veux dire (d'ailleurs j'en oublie certainement) par là ? Que le Japon n'est un pays ni bien ni mal. Aucun pays n'est bien ou mal, un pays est juste un pays, avec ses traditions, ses points forts, ses défauts. Mais le Japon est une société extrêmement différente de la notre, un pays très fermé sur lui même et en pleine recomposition sociale. Le Japon adore les touristes autant qu'il hait les étrangers (tout en paradoxalement, copiant la culture étrangère pour l'adapter à sa sauce). La xénophobie est assez sous-entendue dans un manga -excellent par ailleurs- comme Beck, ou tous les étrangers sont au demeurant des assassins, des violeurs potentiels, des gens violent/violeurs ou des alcoolos. Et l'image que sa fiction donne de ce pays n'est qu'une image. Ca implique qu'on ne peut pas prétendre que le Japon est un pays formidable juste parce qu'on est fan de Nana.
Enfin, si, mais alors on est un parasi un Weeaboo.

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