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Année 4051, Ere de la Source, An 2 Ap.Kaulas

 

Le Ki-Zok est généralement considéré, et à juste titre, comme le pays le plus mystérieux du monde. Connu aussi sous le nom de « Pays des Sorciers », il est couvert à 95% d’une jungle dense, une forêt vierge gigantesque de la taille d’un petit continent. Un désert littoral, au nord, le Sahar’ de l’Ancien Monde, le sépare du continent d’Erpos.

Ce pays a un régime oligarchique et ploutocratique où le droit de diriger s’acquiert avec l’âge et la fortune qui découle des indemnités du Conseil des Gérontes. Chaque année, de très vieux sorciers entrent au Conseil et élisent un nouveau recteur principal qui possédera le pouvoir exécutif, ce qui ne va pas sans causer une forte instabilité gouvernementale. Le Ki-Zok a ainsi un système politique en place depuis des siècles auquel sont attachés les quelques trois millions d’habitants de première classe officiellement recensés (plus d’un million dans le district de Tarna, la ville principale). Les citoyens de deuxième classe (non citoyens car hors du cens), de troisième classe (tribus hors charte des citoyens) et de quatrième classe (esclaves et étrangers) ne sont que rarement recensés. J’estime leur nombre entre vingt et trente millions.

Les valeurs auquel ce pays est attaché sont principalement la préservation de la nature, le culte des ancêtres et la pratique de la magie. Néanmoins ils n’ont pas le conservatisme des mages des autres nations, et le Ki-Zok produit les plus brillants chercheurs du monde, dans la physique magique, mais également dans la mécanique, l’armement et tous les domaines de la science fondamentale.

L’armée du Ki-Zok est la plus puissante de tout le continent d’Afric. Ses armements ont la puissance de feu des armes de l’Ancien Monde. Le Ki-Zok possède de puissants canons, sait usiner des fusils et des véhicules mus par la vapeur.  Le pays a toujours ainsi été à l’abri des incursions des autres peuples d’Afric (Nomades et pirates Zataki, Trolls, Hommes Corbeaux et Lutins Bleus principalement, mais aussi les Cités-Etat de Tréllie et autres empires locaux…). Leur hégémonie est incontestable et incontestée, tant qu’ils restent dans le cadre de leurs frontières. En effet, l’intervention de la marine et des machines de guerre terrestres dans la Guerre de Sécession d’Agnarie prolongea le conflit durant des années et les armes des sorciers causèrent de nombreux morts inutiles. Lors des négociations de paix à la Conférence de Château Ambre, le Ki-Zok fut accusé par les autres belligérants d’avoir volontairement retardé les efforts de paix à leur seul profit. Toutes les concessions demandées leurs furent refusées, et le Wistallah veilla à ce que la marine du Ki-Zok se retire de l’Archipel de Riuchu et des côtes sud de l’Agnarie. Aussi, le Pays des Sorcier est-il depuis trois ans toujours respecté et reconnu, mais prié de ne plus dépasser le cadre de ses frontières.

Si le Ki-Zok a obtempéré aux injonctions Wistaliennes, c’est que sur le plan strictement militaire, ce conflit fut un désastre complet pour le Ki-Zok. Parvenu aux portes de Château-Ambre, leurs machines de guerre furent mise en déroute par les unités auxiliaires de l’armée Wistalienne, elle-même venue s’accaparer les richesses du nord de l’Agnarie. Suite à cette humiliation, les Gérontes décrétèrent une fermeture de toute relation du pays avec l’extérieur pour une période de dix ans reconductible. Si une seule centaine d’hommes furent perdus dans l’attaque, la défaite fut néanmoins ressentie comme une humiliation sans précédent par la population aristocratique de Tarna qui ne voulut plus voir le Ki-Zok se mêler de quoi que ce fut hors de ses frontières.

Aussi, du point de vue officiel, plus personne n’est rentré au Ki-Zok dans les trois années ayant suivi la défaite de Château Ambre. Néanmoins, la totalité des frontières (sauf bien entendu les frontières maritimes) du pays étant composée d’une jungle impénétrable, il fut évidemment impossible d’empêcher des groupes de quelques individus d’entrer sur le territoire national.

Aussi, il fut facile pour un vétéran de l’armée tel que moi, présumé mort dans l’attaque, de revenir au pays et de m’installer au plus profond de la jungle en compagnie de cette jeune fille à laquelle j’étais censé apprendre la notion de bien et de mal… Telle était la dernière volonté de mon ancien supérieur, le capitaine Lin’Grund. Pourtant, il serait fâcheux que le gouvernement découvre la jeune fille en question, car elle est entièrement responsable de notre défaite. Je suis Haj’Maar le tuteur de Miyu Makalo, héroïne nationale Wistallienne »

 

« Que faites-vous, maître ? » demanda Miyu en se penchant sur la feuille que griffonnait le sorcier.

Le sorcier leva sa tête et toisa son élève avec surprise. Il gratta sa barbiche blonde.

« Eh bien, je projette d’écrire un ouvrage sur ma vie, mais ce n’est pas très concluant. Je n’ai pas ce qu’on pourrait appeler la patte littéraire.

« Votre vie ? Pourquoi donc ?

_C’est une coutume du Ki-Zok, un sorcier doit écrire l’œuvre de sa vie pour pouvoir prétendre à la sagesse.

_ C’est idiot, fit Miyu en levant ses yeux au ciel. Et puis vous êtes censé être mort ! »

Haj’Maar se retourna vers Miyu et se cramponna à sa tunique en réalisant que son élève avait quitté ses exercices.

« Dis moi plutôt, Miyu, pourquoi n’es tu plus en train de t’entraîner ?

_ J’ai fini mes deux mille pompes, et j’ai un coup de mou. »

Le sorcier soupira. Il avait uniquement donné cet exercice à Miyu afin d’être en paix toute la matinée, et voilà qu’à peine deux heures lui avaient suffi. Elle avait des capacités physique et une puissance magique qui dépassait de très loin les forces de Haj’Maar, et il le savait très bien. Non pas qu’au plan magique, il n’eut rien à apprendre à Miyu, loin de là. Il connaissait des centaines de sorts divers et variés. Néanmoins, chaque fois qu’il apprenait un sort à Miyu, il ne fallait pas trois heures à la jeune fille pour dépasser son propre niveau.

Ce que Haj’Maar avait à apprendre à Miyu était plus psychologique que physique. Il devait lui apprendre à agir avec discernement, modération et raison. Il devait dompter son caractère sauvage et lui apprendre la sagesse. Miyu avait pu à elle seule détruire le corps expéditionnaire du Ki-Zok, en utilisant des sortilèges oubliés et interdits. Il lui fallait un tuteur pour maîtriser un pouvoir inné si incommensurable.

Pour cela, il avait fallu trouver un endroit totalement coupé de la civilisation et de ses travers. Or, rien ne l’était plus à la connaissance du sorcier que cette monumentale forêt vierge. Miyu et Haj’Maar vivait donc seuls depuis trois longues années, ce qui commençait de plus en plus à rebuter la jeune fille.

 

Le sorcier regarda son élève. Elle avait vraiment grandi depuis leur rencontre mouvementée. Sa peau mate s’était encore assombrie au soleil du Ki-Zok. Ses longues boucles noires lui tombaient jusqu’au milieu du dos, et ses yeux verts avaient gagnés en intensité. Sa silhouette générale était gracieuse et harmonieuse, même si ses formes n’étaient pas particulièrement attirantes (elle se plaignait souvent de son manque de poitrine, ce à quoi le sorcier répondait que cela la gênerait quand elle devrait combattre), elle était devenue une femme à part entière. Une belle femme.

Haj’Maar n’était pas attiré par les femmes, aussi il n’avait jamais rien tenté vis à vis de Miyu. Néanmoins, il se demandait souvent si un autre que lui eut eu une attitude si correcte.

Miyu s’assit sur la chaise en bambou qu’elle avait construite de ses mains, puis jeta un regard ennuyé à son tuteur.

« Dites… J’ai envie de voir des gens.

_ Tu sais très bien que cela n’est pas possible, soupira Haj’Maar. Bientôt, peut-être… Quand ta formation sera achevée

_ Bah… Vous, vous ne pouvez pas comprendre. J’ai dix-huit ans demain, et cela fait trois ans que je n’ai rencontré personne d’autre que des animaux. Je n’ai même jamais pu dire au revoir à ma tribu. »

Haj’Maar repoussa sa chaise et se leva pour regarder par la fenêtre.

_ Tu aurais aimé aller sur la tombe de ton père ? »

Elle baissa les yeux.

« Non. Dans ma tribu, cela serait revenu à accepter l’Hommage. Et à prendre sa place. Ca, je ne le voulais pas. Mais j’aurais bien aimé avoir le temps de l’expliquer aux autres.

_ Je comprends. Et un jour viendra où tu pourras voyager à ta guise. Mais, Miyu, tu n’es pas une jeune fille normale. Tu as détruit une armée en quelques gestes et quelques mots. Tu as calciné tout un champ de bataille. Tu le sais, non ? Mon ancien supérieur que je respectais plus que tout m’a dit de te prendre en charge. Sa dernière volonté. Aussi, tu ne dépends que de moi jusqu’à ce que je décide que tu sois assez mure pour maîtriser tes pouvoirs et affronter le monde. »

Miyu baissa la tête. Elle savait pertinemment ce qu’elle avait fait, et le regrettait amèrement. Il est vrai qu’à cette époque, elle ne se rendait pas vraiment compte de la notion même de vie ou de mort. Certes, la guerre faisait rage, mais elle avait tué le sourire aux lèvres des milliers d’orcs mercenaire et une centaine de sorciers. A cette époque, Miyu était une machine de guerre. Elle devait redevenir une simple fille. Cela faisait aussi parti de la tâche d’Haj’Maar. Le fait que l’humanité commençait à lui manquer était un bon signe. Aussi, le vétéran décida de faire un geste pour elle.

« Bon, écoute-moi Miyu. Le mois prochain, nous nous rendrons au village d’Azegom au Nord. Il est peuplé de dragoms sauvages qui commercent souvent avec des Humains et des Elfes. Tu pourras rencontrer des gens. Des dragoms dans le village, mais d’autres gens dans leur comptoir également. Considère cela comme un cadeau d’anniversaire.

Un grand sourire fendit le sourire de Miyu et elle sauta au cou de son maître.

« Maître ! Merci !

_ Du calme ! dit-il en la repoussant doucement. Bon, nous avons encore une longue journée devant nous. Aujourd’hui, nous allons méditer sur la notion d’équité. Je me baserais sur les écrits de…

_ Ohé ! fit soudain une voix au dehors de leur cabane. Il y a quelqu’un ? »

Miyu et Haj’Maar sursautèrent. La première voix humaine depuis trois ans. Une voix assez grave, masculine.

 

Miyu passa la tête par la fenêtre. Devant la maison, se tenant à l’entrée de leur clairière, entre deux arbres tordus, il y avait un cavalier et sa monture. Il semblait sorti de la jungle comme une fleur, ne semblant souffrir ni de la chaleur, ni de la transpiration. C’était un grand homme entièrement vêtu d’un costume bleu auquel était attaché une cape rouge. Il avait des gants blancs sur lesquels des trèfles étaient brodés. Son visage était barré par une cicatrice blanche qui semblait couper son visage en deux. Il avait un air grave et fatigué. En apercevant Miyu, il repoussa ses cheveux blonds en arrière et lui lança un sourire charmeur.

« Bonjour ! » Il utilisait un Wistallien simple, mais correct. Utilisant spontanément le langage international, il devait être un voyageur aguerri. « Comment allez-vous ? Parlez-vous Wistallien ?

_ C’est… C’est ma langue natale, répondit Miyu, toujours sous le choc. Je viens du Pazol, dans la zone tribale. »

Haj’Maar, qui était sorti de la maison, alla à la rencontre du visiteur et lui tendit sa main. Le cavalier mit pied à terre et lui rendit son salut d’une poigne de fer.

« Bonjour monsieur, fit le sorcier en Wistallien parfait. J’ai du mal à croire que vous vous soyez égaré pour aboutir dans notre retraite.

_ Ma présence ici n’est en effet pas le fruit d’un hasard complet. Mais laissez-moi me présenter. Mon nom est Zarbel Zarbel, mais tout le monde me nomme Zarbel le Double.

_ Je me nomme Haj’Maar et voici mon élève, Miyu.

_ Miyu, Miyu… Ce nom sonne comme celui d’une célébrité disparue, observa le cavalier.

_ Simple homonyme, dit brutalement Haj’Maar. Je suis maître de magie, et Miyu est mon élève.

Miyu fit une mine boudeuse. Zarbel gratta alors sa barbe naissante.

« Bah, peu importe. J’ai pour ordre de faire évacuer tous les humanoïdes habitants dans ce secteur de la forêt.

_ Pardon ? » fit un Haj’Maar estomaqué, croyant à une plaisanterie.

Zarbel le Double sortit un parchemin signé de l’état Ki-Zokien tout ce qu’il y avait d’officiel ordonnant l’évacuation de toute une partie de la forêt. Haj’Maar haussa les épaules en voyant le sceau des Gérontes.

« C’est ridicule… Ici ce domaine appartenait à mon père, ce secteur de la forêt est vierge de toute construction et de toute ressource et ce depuis des générations. Les Gérontes n’y ont jamais porté le moindre soupçon d’intérêt. Pourquoi devrais-je brutalement partir ?

_ Je ne fais qu’exécuter les ordres. Pour tout vous dire, je ne sais même pas dans quel but ce secteur est réquisitionné. »

Haj’Maar relut le parchemin. Il finit par prendre une moue dubitative et par hausser les épaules.

« Bon… Je veux bien m’entretenir avec vous et essayer de trouver une solution, mais je n’ai aucune intention de partir. Miyu ? Va nous chercher de l’eau et nous cueillir du basty. Nous allons faire une décoction pour monsieur Zarbel. D’accord ? »

Miyu hocha la tête et s’éloigna vers les profondeurs de la forêt. Elle se retourna vers Zarbel

« Je n’en ai pas pour longtemps ! Vous aimez le basty ? C’est une plante aromatique.

_ Ca me va parfaitement. Prenez tout votre temps.

_ Entrons, dit Haj’Maar. Nous serons bien plus à l’aise pour parler.

_ Volontiers. »

 

Miyu marcha en chantonnant vers le chemin qui menait au petit ruisseau qui les alimentait en eau potable. Elle était rayonnante : et d’une, son maître aller l’emmener dans un village peuplé de vrais gens civilisés. Et de deux, ils avaient un visiteur, un homme charmant et bien par-dessus le marché. Bon, il apportait avec lui des nouvelles étranges, mais tout allait s’arranger ! Haj’Maar était diplomate, et cet avis d’expulsion n’était sûrement pas très sérieux. Au pire, ils devraient s’acquitter d’une taxe. Les Gérontes étaient sensibles au son de l’argent.

Elle arriva au ruisseau et entendit un petit couinement derrière elle. Elle se retourna et vit un petit animal à l’aspect d’un tout petit renard à la fourrure jaune poussin. Ses oreilles étaient proéminentes, presque plus grosses que sa tête. Elle ouvrit ses paumes, et il s’y précipita. Il n’était pas plus gros qu’un rat.

« Hikki ! Ca faisait longtemps ! »

Ce petit renard était le seul véritable ami de Miyu dans la jungle. Ce n’était pas réellement Miyu qui l’avait adopté, mais plutôt l’animal qui semblait s’être attaché de lui-même à la jeune fille, qui l’avait nourri et cajolé dès leurs premiers mois dans la jungle. L’animal, Miyu avait pu à de nombreuses reprises le constater, semblait être excessivement sensible à la magie.

Hikki grimpa en piaillant sur le bras de Miyu et se nicha dans son cou. La jeune fille se mit à rire.

« Arrête Hikki, ça chatouille !

_ Piou ? »

Ses deux grandes pupilles noires plongèrent dans le regard de la jeune fille. Il se faisait assez facilement comprendre d’elle.

« Ah, tu ne sais pas ? On a un visiteur aujourd’hui ! C’est pour ça que je vais au ruisseau ! »

Le petit renard sautilla sur l’épaule de la jeune fille, comme s’il était content pour elle. Ils ne se comprenaient pas au sens littéral du texte, mais arrivaient très bien à communiquer. Haj’Maar disait ces animaux doués d’une grande intelligence, et Hikki en était la preuve incontestable.

Ils marchèrent jusqu’au ruisseau. Comme Miyu continuait de chantonnait, le petit animal se mit à piailler sur le même rythme. Quand ils arrivèrent au petit cours d’eau, elle eut une idée. Elle prit Hikki sur le dos de sa main et lui fit un sourire.

« Hikki, tu saurais cueillir du basty ? ( elle traça la forme de la plante avec sa main et répéta en articulant « Ba-sty »)

_ Piou !

_ Tu peux m’en ramener trois feuilles ? Tu comprends, trois ?

_ Piou ! »

Hikki partit en courant, enthousiaste. Miyu sortit sa gourde et commença à la remplir. Puis elle resta à rêver en regardant l’eau suivre son fil. Elle se dit qu’au fond, cette vie était relativement agréable. Elle plongea sa main gracieuse dans l’eau et regarda l’eau la contourner puis l’engloutir. Un poisson la frôla.

Enfin, elle vit un petit bosquet s’écarter, et Hikki revenir en traînant trois feuilles de basty derrière lui. Il avait l’air fier. Il les posa devant Miyu et se mit à battre de la queue. Miyu l’applaudit.

« Bravo, Hikki ! Tu as mérité un salaire ! »

Elle sortit un petit bout de lard de la bourse qui pendait à sa ceinture faite de lianes et le lança à son petit compagnon qui l’attrapa au vol et le mâchonna rapidement.

« Bon, allez, je te ramène à la maison ! Tu manges avec nous ce soir !

_ Pia ! » s’enthousiasma Hikki, content d’avoir une amie si généreuse.

L’animal se nicha dans le creux du cou de Miyu qui se releva. Elle pointa la direction de la maison.

« En avant !

_ Piou ! »

Une explosion assourdissante retentit alors dans cette même direction. De nombreux animaux s’enfuirent dans la direction opposée, et le petit renard se mit à trembler.

« Bon sang ! cria Miyu. Maître ! Monsieur Zarbel ! »

Elle se mit à courir le plus vite qu’elle le pouvait, ne prenant pas garde aux branches qui l’écorchaient. Elle vit bientôt les volutes de fumée qui montait vers le ciel et s’élargissaient, signe d’une terrible incendie. Une odeur âcre commença à emplir l’air. Elle arriva bientôt dans la petite clairière. Au milieu, il y avait leur cabane, proie de flammes bleues et d’où s’écoulait du une matière rougeâtre ressemblant à de la lave. Un sort de feu de très haut niveau.

« Maître ! cria Miyu. Maître Haj’Maar ! »

Elle incanta rapidement un sort de glace et éteint l’incendie d’un coup, laissant libre cours à ses incroyables talents naturels. La fumée noire devint blanche avant de disparaître peu à peu. L’odeur de brûlé se mêla à une acidité de l’air provoquée par l’agitation des particules magiques. Miyu eut un haut le cœur, mais, tenant bon, elle se rua vers la cabane et appela son maître. Elle vit que l’intérieur de la bâtisse était encore une véritable fournaise. Des flammes s’échappaient de la chambre du magicien. Une vision d’horreur s’imposa soudain aux yeux de la jeune fille.

Une main gantée de blanc sortit des flammes, tenant la tête carbonisée d’Haj’Maar.

« C’est lui que tu cherches ? demanda la voix calme de Zarbel.

_ Maître ! cria Miyu. Vous l’avez massacré, salaud ! »

Elle prit Hikki et le lança hors de la maison afin qu’il soit en sécurité. Se laissant emporter par la fureur, elle laissa déborder le pouvoir qui l’entourait. Les particules de l’air semblèrent se figer, et finalement, la magie en suspension fut brutalement repoussée vers l’extérieur, ce qui fit voler les parois de la maison en éclat. Zarbel recula dans les vapeurs noires.

Après cet excès de colère, Miyu se sentit vidée et se laissa envahir par un sentiment de vide. Elle tomba à genoux au milieu des gravats et des fumées nauséabondes.

« Maître… Maître…. »

Hikki revint vers elle en trottant se frotta à elle pour la consoler. Puis, dans toute la clairière, la fumée commença à tourner et à monter, comme aspirée vers le haut. Zarbel apparut, intact, près des arbres qui bordaient l’arrière de la maison. Il avait un grand sourire sur le visage. Et pas la moindre égratignure.

« Désolé mais je suis encore là. » Elle leva les yeux vers lui avec horreur.  « Dis-moi, jeune fille, ton maître était ce qu’on appelle un obstiné ! Il refusait avec obstination de partir, alors nous avons du en venir aux mains… D’autant qu’il posait beaucoup, beaucoup trop de questions. »

Miyu remarqua alors les violents impacts magiques qui semblaient avoir frappé le sol et les arbres décapités de part et d’autre de la maison, signe qu’un combat terrible avait eu lieu. Zarbel était incroyablement fort.

« Il a fallu plusieurs minutes de duel avant qu’il s’avoue vaincu…

_ Non ! Tu n’as pas pu tuer mon maître comme ça ! Ce n’est pas possible ! cria Miyu en pleurs.

_ Pars d’ici, fillette, dit le mercenaire d’une voix ferme. Je ne veux pas te faire subir le même traitement. »

Hikki se précipita alors vers l’assassin pour le mordre. Zarbel l’envoya au loin d’un coup de pied. Miyu hurla.

« Infâme salopard ! »

Elle se précipita sur lui, prête à le tuer, folle de rage. Elle lança son poing vers lui, mais ne brassa que du vide. Zarbel empoigna ses longs cheveux au passage et la fit tomber d’un croc-en-jambe.

« Mon poing fort, c’est la force de mes poignets, jeune fille. »

Il la releva et l’envoya de toutes ses forces vers un grand arbre. Miyu vit Zarbel se retourner, puis elle percuta l’arbre et tout devint noir. Le début de l’été était tragique pour cette jeune fille qui devait avoir dix-huit ans le lendemain.